30.3.09

Devoir à la maison

Je me répète sans cesse ces deux phrases de William Saroyan, veilles de soixante-dix ans et dont le sens n'est pas certain pour moi : « Invite la vertu au cœur de quiconque aura été plongé dans la détresse et le silence par la honte et la terreur du monde. Ignore l’évidence, car elle est indigne de l’œil clairvoyant et du bon cœur. » Peut-être y a-t-il derrière ces deux phrases une clé ouvrant vers d’autres contrées de l’esprit ? Ou alors est-ce seulement cette manie qui est la mienne, celle qui consiste à doter ce que je ne comprends pas d’une aura de magie et de fascination ? Quoi qu’il en soit je ne peux empêcher leur récitation intérieure, ce qui suggère bientôt qu’elle forment pour moi une conduite à prendre. Que je le veuille ou non, je dois chercher autour de moi les traces de détresse, surmonter l’obstacle de la facilité et me montrer de bon conseil. Je pourrais jeter mon dévolu sur ce jeune homme, que je vois tous les jours assis au même arrêt de bus. Je l’observe de temps en temps depuis la fenêtre de ma cuisine. Il a tout le temps l’air ailleurs, insouciant. Ou plutôt inderdit. N’est-ce pas là la détresse et le silence dont parle le dramaturge ? Tout semble faire croire que ce jeune homme est là, parmi nous, alors qu’il n’est pas là. Il me fait penser à ces militants permanents, prêts à n’importe quoi pour ne pas ressembler aux autres gens. Contre la vie, contre le monde. Faire d’eux des suicidaires, ou même des nihilistes, serait trop réducteur – et revoilà le vice de l’évidence. Ce jeune homme refuse de prendre le risque suprême, celui d’avouer qu’il a peur d’exister, peur que son existence soit douloureuse pour lui et ceux qui l’entourent. Mais cela tombe bien car ma tarte est enfournée et dans le quartier ma réputation n’est plus à faire : je vais aller voir ce jeune homme, lui parler doucement, lui prodiguer un doux baiser et lui murmurer « Tout va bien se passer ; même si tu meurs. Rien ne mourra. ».

24.3.09

Et si nous tenions là le plus bel intertitre romanesque ?


Tout est la faute
de Caroline Yessayan


Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, {page 51}, Flammarion, 1998.

13.3.09

Reclining dude


One cannot evade knowing what shortly awaits one.

(...)

It's not the sex that's the corruption -it's the rest. Sex isn't just friction and shallow fun. Sex is also a revenge on death. Don't forget death. Don't ever forget it. Yes, sex too is limited in its power. I know very well how limited. But tell me, what power is greater?


Philip Roth, The Dying Animal, Random House, 2001.

6.3.09

Portable soul


"Arriver en fin de vie et être obligés d'avoir peur, je trouve que c'est pas valable."


Soir 3, édition du 4 mars 2009, sujet traitant des antennes-relai du Vaucluse.

3.3.09

Late night walk

Pour mes dernières heures de liberté, avant que les affres des répétitions accaparent mon esprit, avant qu'ils me précipitent dans un état d'irritation permanente, j'ai décidé, en dépit de la fatigue qui plombe l'usage de mes muscles, de profiter de l'obscurité de la nuit et de m'offrir, sans attendre, une promenade dans les environs de la ville. Il y a toujours un moment, au milieu d'une nuit d'insomnie, quand la fièvre se répand dans l'organisme, où la superficie d'une chambre se divise par deux, où les murs se rapprochent les uns des autres, où le plafond entame une lente descente vers le sol ; un moment où le regard, inutilement alerte, comblé de sollicitations, flotte en permanence au-dessus des choses, tourne autour d'elles, puis tombe sans jamais pouvoir les fixer ; un moment où le craquement des meubles, si discret pendant la journée, si raisonnable, devient perceptible, de plus en plus audible, bruyant au point d'éclipser le sifflement de ma propre respiration.

Oliver Rohe, Un peuple en petit, Gallimard, 2009