28.4.10

À rebours


La Bièvre représente aujourd'hui le plus parfait symbole de la misère féminine exploitée par une grande ville.
Née dans l'étang de Saint-Quentin, près de Trappes, elle court, fluette, dans la vallée qui porte son nom, et mythologiquement, on se la figure, incarnée en une fillette à peine pubère, en une naïade toute petite, jouant encore à la poupée, sous des saules.

(...)


Symbole de la misérable condition des femmes attirées dans le guet-apens des villes, la Bièvre n'est-elle pas aussi l'emblématique image de ces races abbatiales, de ces vieilles familles, de ces castes de dignitaires qui sont peu à peu tombées et qui ont fini, de chutes en chutes, par s'interner dans l'inavouable boue d'un fructueux commerce ?


Joris-Karl Huysmans, "La Bièvre" in
La Bièvre et Saint-Séverin, Stock, 1898.

18.4.10

16.4.10

I told em to trust me / And they tried to deceive me



Dans la langue anglaise "to deceive" signifie "tromper", "induire en erreur".
Celui qui se plaint d'avoir été déçu se sent en fait trahi.


J.-B. Pontalis, En marge des nuits, Gallimard, 2010.

10.4.10

Les signes parmi nous



si un homme
si
un homme
traversait
le paradis
en songe

qu'il reçût une fleur
comme preuve
de son passage
et qu'à son réveil
il trouvât
cette fleur
dans ses mains

que dire
alors
j'étais
cet homme


Jean-Luc Godard (citant Borges), Histoire(s) du cinéma, Gallimard-Gaumont, 1998.

6.4.10

Ma petite maman


Et maintenant, que faire ? Le diable m'emporte encore une fois. Je n'avais jamais dessiné de ma vie d'après modèle vivant, sauf deux personnes : mon père et le barbier qui venait chez nous. Comment tout cela allait-il finir ? hein, ma petite maman ? - demandai-je de loin à ma mère.

- Tant pis, - me dis-je, - et trois fois tant pis. La vie est orageuse, il faudra bien en passer par là aussi.


Milán Füst, L'Histoire d'une solitude (1956), traduit du hongrois par Sophie Aude, Cambourakis, 2007.