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19.2.11

Sylvia


Une fois je me suis retrouvé à la morgue, Sylvia étendue devant moi, un drap blanc remonté jusqu'au menton. Comme au bon vieux temps, nous deux dans une petite pièce, Sylvia en train de dormir, moi en train de me morfondre. Je me mettais à pleurer, je la suppliais, ne faisais aucune concession à la réalité. La réalité se résumait à mon besoin, plus réel que la mort. Sylvia devait arrêter cette comédie. Il fallait qu'elle ouvre les yeux, qu'elle se lève. Alors elle se levait. Je la prenais dans mes bras et lui demandais si elle voulait aller au cinéma. Elle répondait que oui, mais est-ce qu'on ne pourrait pas manger quelque chose avant ? Je lui disais qu'on ferait ce qu'elle voudrait, et nous partions à la recherche d'un restaurant, désespérément heureux.


Leonard Michaels, Sylvia, 1990, éd. Christian Bourgois pour la trad. française de Céline Leroy.

12.12.10

Deborah Zeller



Cavanaugh rit. L'expression de chacun s'aiguisa, vorace, on s'esclaffa avec lui de même que si nous avions profité d'une permission inattendue.

(...)

Les choses n'ont de sens dans le monde humain que dans la mesure où elles n'en ont pas.

(...)

Elle avait vidé son cendrier par terre, histoire de mettre un peu de désordre dans le monde pour qu'il ne soit pas différent d'elle.

(...)

Quand elle est là, je n'ai pas besoin d'essayer de vivre.



Leonard Michaels, The Men's Club, 1978 (dans la traduction de Céline Leroy, Le Club, éditions Christian Bourgois, 2010).