Le souvenir de cette moue la submerge. L'émotion d'autrefois se superpose sur un autre visage lisse, inconnu, lui offrant la même moue. L'artiste se met à pleurer chaudement, sans rien pouvoir contrôler. Elle cligne un peu des yeux, elle essaie de balayer ce monde qui a surgi en elle, elle veut revenir, refermer la sensation de sa grand-mère, congédier le souvenir de sa douceur. Peut-être que c'était une illusion, croire que la femme du public lui ressemble à ce moment-là, une illusion, produite par la fatigue, l'appréhension, la douleur. Peut-être que sa mémoire a forcé la ressemblance, que ce choc furtif était une échappatoire. Son esprit qui voulait résister à toute dissociation, son esprit qui l'a rappelée. Avec le souvenir de la chaleur sur sa peau, et puis les mains froissées de sa grand-mère. Elle aurait juré pourtant.
Marie Petitcuénot, Heures sauvages, Héloïse d'Ormesson, 2026.

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