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20.8.24

Malgré eux



Après la guerre, très longtemps après, il y a un peu plus d'une dizaine d'années, seulement, lorsque tu étais malade, l'infirmière qui passait à la maison a vu ton groupe sanguin tatoué sous ton bras. Elle s'en est étonnée et a demandé ce que c'était. Mais comme elle n'avait sûrement pas toute la journée pour qu'on lui raconte ta vie, et qu'au fond elle s'en fichait sûrement, on ne s'est pas donné la peine de lui répondre. On est resté silencieux, et puis on a parlé d'autre chose.

Voilà le malheur de tous ceux qui ont vécu ton histoire.


Joël Egloff, Ces féroces soldats, Buchet-Chastel, 2024.


30.7.24

Fat Lace



c'est la guerre partout, ce sont des épouvantes partout, le spectacle permanent de la terreur, la contagion mondialisée des affects les plus sordides. En ce moment, c'est Verdun à Bakhmout, c'est Dresde à Gaza, des égorgeurs ivres de sang commettent des abominations sans nom et, hier matin, le lacet de mon soulier gauche s'est cassé net entre mes doigts. C'est dire combien, de tous les côtés, ça craque. De tous les côtés, ça s'enténèbre à toute allure. D'énormes nuages noirs crèvent le ciel et nulle amélioration en vue ! Où que porte le regard, tout court à sa ruine, suscite angoisse et sidération, s'avère d'une tristesse infinie. L'avenir n'a plus aucun avenir qui fasse envie 


Grégoire Bouillier, Le Syndrome de l'Orangerie, Flammarion, 2024.