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20.10.16

L'idiot sur la langue


Tu sais, vieux Max, maintenant que je suis un idiot sur une langue de sable, tout me manque, la Révolution, Paris, les galops à l'aveugle, les nuits d'une heure, et même ton air de curé, tes bésicles avec le reflet terrible et finalement touchant de Saint-Just dans tes verres, le temps qui nous perd, la poussière de nos lois. Je suis las, Robespierre, et j'ai très faim et très soif dans mes habits de terre. Fais un effort, faux frère, vis encore un peu, viens dans mon île boire un verre de malbec ou de thé noir : je t'attends, crapule, j'ai confiance. 

Thierry Froger, Sauve qui peut (la révolution), Actes Sud, 2016.

21.7.12

Auto-disprezzo



Conclusion pratique : peut-on le publier ? Oui, certainement, on peut très bien le faire paraître, voire dans une édition de luxe, avec une ou deux lithographies de quelque bon peintre et il peut obtenir, après une propagande opportune dans le milieu littéraire, ce qu'on appelle d'ordinaire un succès d'estime, susciter quelques articles allant jusqu'à l'éloge, à l'enthousiasme même selon  les rapports d'intérêt et d'amitié des critiques avec l'auteur. Mais le livre n'a pas de valeur. Je soulignai cette dernière phrase dans laquelle j'avais condensé tout ce que je pensais de mon récit.


Alberto Moravia, L'Amour conjugal, 1949.

3.9.11

Dialogue quaternaire




Le Supérieur s'approche de Frère Francisco. Celui-ci lève les yeux sous son capuchon de bure : "Ils sont repartis ?" questionne-t-il. Le Supérieur fait un geste affirmatif de la tête. Francisco ajoute : "Ma folie était légère ; le passé est mort ; j'ai retrouvé la sérénité." Et il s'éloigne vers le fond du jardin en zigzaguant comme au plus fort de sa crise la plus forte.


Freddy Buache [à propos de Él], Luis Buñuel, Premier plan, 1964.

10.4.10

Les signes parmi nous



si un homme
si
un homme
traversait
le paradis
en songe

qu'il reçût une fleur
comme preuve
de son passage
et qu'à son réveil
il trouvât
cette fleur
dans ses mains

que dire
alors
j'étais
cet homme


Jean-Luc Godard (citant Borges), Histoire(s) du cinéma, Gallimard-Gaumont, 1998.

3.4.08

Dialogue lunaire


Le gouvernement était mené par une bande de trous du cul, dont l'inénarrable André Malraux. Ses écrits sur l'art sont ridicules. Vous dites que Godard est fasciné par Malraux ? On est toujours étonné par le comportement des Suisses.



Claude Chabrol, interview accordée aux "Cahiers du cinéma" n° 633 (propos recueillis par Emmanuel Burdeau et Cyril Neyrat), avril 2008.


13.12.07

Dialogue ordinaire




- Tu connais William Faulkner ?

- Non, qui est-ce ? Tu as couché avec lui ?


Patricia (Jean Seberg) et Michel (Jean-Paul Belmondo) dans À bout de souffle, Jean-Luc Godard, 1960.