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11.6.19

Jacques tout petit qui crie à travers le trou dans le ventre



C'est l'art qui est fou, jamais la guerre. Vous ne comprenez pas que les Allemands n'ont jamais voulu la guerre. Je l'ai dit au Führer en 39, je n'en voulais pas, de cette guerre, mais il a bien fallu se forcer. Nous la faisons pour le bien de l'Europe. Il faut aryaniser, c'est un fait. Cette toile de Matisse, elle aurait lynchée si elle n'avait pas croisé ma route. 


Josselin Guillois, Louvre, Seuil, 2019. 

30.5.18

Three Grands


Pete se rendit au Beverly Hills Hotel. Avec, devant les yeux, un GRAND TABLEAU DÉGUEULASSE : Quelqu'un avait cafté sur le numéro Kennedy.
Il se gara et courut près de la piscine. Il vit une foule importante devant le bungalow Hughes.
Ils reluquaient tous par la fenêtre de la chambre du Grand Howard. 
On aurait dit des putains de vampires sur les lieux d'un accident.
Il courut jusque-là et se fraya un chemin au premier rang.
Billy Eckstine lui fila un coup de coude :
— Hé, vise-moi un peu ça.
La fenêtre était ouverte. Deux hommes faisaient sa fête à M. Hughes, lui offrant en duo le GRAND BARATIN VACHARD.
Robert Kennedy et Joseph P. Kennedy Sr.


James Ellroy, American Tabloid, Rivages, 1995 (trad. Freddy Michalski).

27.5.18

Les disgrâces de l'homme


Le contraire d'un peuple chrétien, c'est un peuple triste, un peuple de vieux.

(...) 

Un maître peut toujours se confier à son supérieur, tandis qu'ici... 
« Souffrir par les âmes », je me suis répété toute la nuit cette phrase consolante. Mais l'Ange n'est pas revenu.


Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne, Plon, 1936.

6.2.18

Brooklyn-sur-Seine


C'était le genre d'échange, même si échange n'est pas le terme approprié, qui m'était devenu familier, un nouveau vocabulaire biopolitique pour exprimer le malaise de classe et de race : au lieu d'affirmer que les Noirs et les Hispaniques étaient inférieurs biologiquement, on prétendait que – pour des raisons qui suscitaient la compassion, qui n'étaient pas vraiment leur faute – leur nourriture et leurs boissons les contaminaient ; tous ces colorants artificiels les avaient assombris de l'intérieur. Votre enfant à vous, qui n'avait jamais ne serait-ce que trempé les lèvres dans un soda gazéifié riche en fructose, en acide phosphorique et en E150d, était un organisme plus sensible : plus pur, plus intelligent, sans aucune violence. Cette façon de voir les choses permettait de redéployer les champs lexicaux  du militantisme des années 1960 – conscience écologique, activisme anticorporatiste, etc. – pour justifier la reproduction des inégalités sociales. Cela permettait de faire passer le soin que vous apportiez à votre propre patrimoine génétique – donner à Lucas le fin du fin des laits de soja coagulé – pour de l'altruisme : non seulement c'est bon pour Lucas, mais c'est aussi positif pour la planète.
Quant à ceux qui, par ignorance ou par désespoir, ont permis que les systèmes digestifs de leurs rejetons connaissent la friture de poulet industriel, ceux qui se trouvent être en immense majorité, à Brooklyn, Noirs et Latinos – de ceux-là, Lucas devait être protégé par tous les moyens.


Ben Lerner, 10 : 04, Éditions de l'Olivier, 2016 (trad. Jakuta Alikavazovic).

15.1.18

Room trois-cent-treize



Plus tard, elle trouva compromettantes ces photographies d'elle, à onze ans, en justaucorps de danse, aussi les détruisit-elle. Sur un coup de tête, sans conscience de contribuer à l'épuisement de ses ressources biographiques. Elle n'avait pas une seule fois pensé que celles-ci puissent être limitées, avait agi comme tout système œuvrant sans le savoir à sa propre disparition. Pourtant jamais de photos d'elle enfant ne seraient prises. Cette extinction, elle y avait en personne contribué. Si le règne de l'image se maintenait, et elle ne voyait pas de signes ni de raisons du contraire, il serait bientôt difficile de convaincre quiconque de son existence.


Jakuta Alikavazovic, L'Avancée de la nuit, Éditions de l'Olivier, 2017.

22.11.17

Ombre au Pablo



Il cendre trois fois sans avoir tiré sur sa clope. Je réfléchis un instant, je rallume mon joint. Et c'est quoi son livre le plus connu je demande, il me répond que ça s'appelle Voyage au bout de la nuit, et je répète le titre à voix basse. 
    Derrière, j'entends Ixe crier les gars, Pablo.


David Lopez, Fief, Seuil, 2017


6.9.17

Mantra Zéro


(...) Natacha (...) grelottait d'angoisse et de solitude.

C'était une gamine très fière de sentir en elle les métamorphoses se produire, mais le brusque contact avec la violence d'adultes l'avait ramenée à la case départ, à l'enfance, à la prison ambiguë de l'enfance, toute en bruits terribles et en chuchotements qu'on doit proférer soi-même si on les veut consolateurs.


Lutz Bassmann, Black Village, Verdier, 2017.

27.6.17

lutte de deux grandeurs d'âme


– J'ai été amoureux à la folie de madame votre mère, du temps où elle était encore fiancée, fiancée à mon ami. Le prince a remarqué, il a été frappé. Il vient me voir un matin, sur les sept heures, il me réveille. Très surpris, je m'habille ; silence de part et d'autre ; je comprends tout. Il sort de sa poche deux pistolets. Au mouchoir. Sans témoins. À quoi bon les témoins si, d'ici cinq minutes, nous nous envoyons l'un l'autre dans l'éternité ? On charge, on déplie le mouchoir, on se lève, on pose le pistolet contre le cœur de l'autre et on se regarde droit dans les yeux. Soudain, tous les deux en même temps, un torrent de larmes se répand de nos yeux, nos mains qui se mettent à trembler. Tous les deux, tous les deux, en même temps ! Bon, là, naturellement, étreintes, lutte de deux grandeurs d'âme. Le prince qui crie : Elle est à toi, et moi : Non, à toi ! Bref... bref... vous... venez vivre chez nous ?


Fédor Dostoïevski, L'Idiot, livre 1, chapitre VIII [trad. André Markowicz], 1868.

18.11.16

Avant qu'ils ne s'assoient pour mieux nous reconnaître

Il arrive aux pères de formuler des compliments de base, du type : Bravo ! Vas-y, continue ou bien : Oui, c'est ça, allez ! Les pères sont capables de dispenser leur sagesse paternelle, alors même qu'ils sont dans un état semi-conscient, voire inconscient. Les pères donnent des conseils qu'ils ont eux-mêmes négligés.


Rick Moody, À la recherche du voile noir, L'Olivier, 2004 (The Black Veil, 2002, trad. Emmanuelle Ertel).


20.10.16

L'idiot sur la langue


Tu sais, vieux Max, maintenant que je suis un idiot sur une langue de sable, tout me manque, la Révolution, Paris, les galops à l'aveugle, les nuits d'une heure, et même ton air de curé, tes bésicles avec le reflet terrible et finalement touchant de Saint-Just dans tes verres, le temps qui nous perd, la poussière de nos lois. Je suis las, Robespierre, et j'ai très faim et très soif dans mes habits de terre. Fais un effort, faux frère, vis encore un peu, viens dans mon île boire un verre de malbec ou de thé noir : je t'attends, crapule, j'ai confiance. 

Thierry Froger, Sauve qui peut (la révolution), Actes Sud, 2016.

5.4.16

L'Artillerie de l'amour


Il y avait deux lettres de petit format avec des en-têtes et des tampons officiels, couvertes de quelques lignes d'une fine écriture, comme officielle elle aussi, laconique, comme des ordres ou des communiqués militaires, et trois ou quatre de ces cartes postales que les amoureux ou les maris des domestiques ont coutume d'envoyer. Une fois elle laissa tomber l'une d'elle que le garçon ramassa. Elle représentait en sépia sur fond marron un canon de 75 en position de tir auprès duquel se trouvait un soldat coiffé d'un képi, une bande rouge courant le long de sa culotte, un genou à terre, une main en visière, l'autre tendue, l'index en avant, dans la direction où le canon était lui-même pointé. Dans le coin gauche et un peu en arrière du canon, apparaissait dans un halo clair le visage souriant d'une femme blonde au-dessus d'un bouquet de roses. Calligraphiés en grandes lettres blanches dans la partie supérieure de la carte, on pouvait lire les mots ON LES AURA suivis d'un point d'exclamation.


Claude Simon, L'Acacia, Minuit, 1989.

8.3.16

One way to live cheaply and without tears?


Je me souviens, dit Austerlitz, qu'Alphonso nous fit un jour cette remarque, à son petit-neveu et moi, que sous nos yeux tout pâlissait, que les plus belles couleurs avaient déjà presque toutes disparu ou qu'on ne les trouvait plus que là où personne ne les voyait, dans les jardins aquatiques, à des dizaines de brasses sous la surface de la mer.

(...)

Quand ils sont trop à l'étroit, les morts, à l'instar des vivants, s'exilent vers des contrées moins surpeuplées où ils peuvent trouver leur repos à distance raisonnable les uns des autres.

(...)

Je ne lisais pas de journaux, de crainte, je le sais aujourd'hui, de tomber sur des révélations inopportunes, je n'allumais la radio qu'à certaines heures, j'affinais au fil du temps mes réactions de défense et me créais une sorte de système de confinement et d'immunisation qui me protégeait contre tout ce qui, de près ou de loin, se rattachait aux antécédents historiques d'une personnalité, la mienne, cantonnée dans un espace de plus en plus restreint.


W. G. Sebald, Austerlitz, Actes Sud, 2001.

21.1.16

La manteau piégeux


« Moi, je n'en ai plus pour longtemps, la mort n'oublie personne, dit-il. Tous les jours, je l'entends arriver au coin de la rue, mais, chaque fois, c'est juste la vache du voisin ou un chien ou l'ombre d'une des âmes qui rôdent par là ! »


Robert Seethaler, Une vie entière, Sabine Wespieser éd., 2015.

16.1.15

En fait


Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière.


Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.

15.1.15

Des hirondelles légèrement inquiètes


Je me promenai pendant un quart d'heure sous les arcades de poutrelles métalliques, un peu surpris par ma propre nostalgie, sans cesser d'être conscient que l'environnement était vraiment très moche, ces bâtiments hideux avaient été construits durant la pire période du modernisme, mais la nostalgie n'a rien d'un sentiment esthétique, elle n'est même pas liée non plus au souvenir d'un bonheur, on est nostalgique d'un endroit simplement parce qu'on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau, et le futur aussi d'ailleurs, il n'y a que le présent qui fasse mal, qu'on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible.


Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.

29.9.12

pas une vie que de ne pas bouger


Les dernières phrases dans le délire, la grande scansion des dents d'éléphant comme tambour de brousse. Avant l'amputation, [Rimbaud] avait écrit à sa  sœur Isabelle : « Pourquoi au collège n'apprend-on pas de la médecine le peu qu'il faudrait pour ne pas faire de pareilles bêtises ? »

Patrick Deville, Peste & CholéraÉd. du Seuil, coll. Fiction & Cie, 2012.

7.9.12

Le Sermon sur la Chute de Rome, par Jérôme Ferrari


Si Le Sermon sur la chute de Rome est le premier livre que vous lisez de Jérôme Ferrari, vous ignorez tout de sa syntaxe impeccable, son goût pour les rives, sa justesse qui pourrait être orgueilleuse. Et un monde rugissant, en lutte avec ses propres croyances, va s'ouvrir à vous pour vous happer corps et bien. Mais n'ayez crainte car, pour reprendre l’antiphrase mystique de son précédent roman, murmurée au milieu du chaos, « tout s'oublie si vite, tout est si léger ».

La chute de Rome, telle que la voit saint Augustin, est le centre autour duquel pivote ce nouveau livre. Tour à tour revanche des médiocres et promesse de renouveau, ce moment de l'Histoire est un prisme changeant, que l'on manipule au long des chapitres à mesure que les personnages se succèdent et en livrent d'une certaine manière leur version ; leur vérité pirandellienne. Autant qu'il est délicat de débusquer le moindre écart dans la composition de son texte, il est sans doute aisé de blâmer Ferrari pour son lyrisme, qui est une tendance fréquente à l'élégie, et qui peut former le prétexte de s'en éloigner. De même, un auteur à la plume si ample pourra surprendre par le point d'honneur qu'il met  à s'ancrer dans le quotidien, dans le trivial de situations malaimables voire graveleuses.

Mais les destins dont traitent en détail les romans de Ferrari, les vies qu’il déroule devant nos yeux sont à la fois l’obsession de son œuvre, les personnages se parlant d’un livre à l’autre, précisant, par d’incessantes trajectoires entre ceux-ci, la tragédie qui les anime, à la fois son obsession donc et tout autre chose. Un motif, une fausse intrigue à la chair élastique, aux noms presque interchangeables tant le propos se sert du séculier pour viser à la transcendance. Le Sermon sur la chute de Rome ne déroge pas à la règle, venant même accentuer le mouvement général auquel on peut légitimement penser que Ferrari ne finira pas de si tôt de s’atteler, porteur qu’il est d’une si grande maîtrise.

L’alternance entre les périodes passées et présentes, procédé qui convient au plus haut point à son écriture, ne fonctionne pas uniquement par un jeu de contraste à la manière de l’évocation indirecte utilisée par Faulkner (Les Palmiers sauvages) ou Coetzee (Terres de crépuscule). Chaque segment vient éclairer le précédent d’une lumière nouvelle, certes, mais contribue également à faire vaciller les perceptions du lecteur, si bien que nous ne savons plus bien sur quel pied danser, à qui se vouer, si le narrateur s’en remet à nous, aux personnages ou à une instance non déterminée. Ce vertige, cette sensation du sol qui se dérobe sous la narration, c’est en définitive le matériau brut qu’aime à travailler Ferrari, sans relâche et dans le sens d’une épure, vers une révélation du verbe.



Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la Chute de Rome, Actes Sud, 2012.


Extrait

Elle ne se plaignait de rien, son acquiescement était total car chaque monde est comme un homme, il forme un tout dans lequel il est impossible de puiser à sa guise, et c'est comme un tout qu'il faut le rejeter ou l'accepter, les feuilles et le fruit, la paille et le blé, la bassesse et la grâce. Dans un écrin de poussière et de crasse reposait le grand ciel de la baie, la basilique d'Augustin, et le joyau d'une inépuisable générosité dont l'éclat rejaillissait sur la poussière et la crasse.

11.2.12

Kampuchéa, par Patrick Deville


Douch, Cambodgien connu pour avoir été à la tête du camp S-21 de sinistre mémoire, vient ces jours-ci d'être condamné à la prison à vie par décision d'un tribunal qu’a parrainé l'ONU. Le fil des actualités rattrape ainsi Kampuchéa, le dernier roman de Patrick Deville, dont Douch se trouve être au centre. Mais si l’écrivain évoque les comparutions de l’ancien Khmer rouge entre 2009 et 2011, abordant au passage le parcours d’autres acteurs de ce tragique épisode de l’histoire du Cambodge survenu durant la seconde moitié des années soixante-dix, il le fait à sa manière et y imprime sa patte faussement nonchalante. De même qu’il nous avait dans ses précédents livres, en Amérique centrale, dans les Caraïbes ou en Afrique, fait suivre le cours de ses pérégrinations à la recherche des restes insurrectionnels, il livre ici tout autant le résultat d’une enquête, d’un reportage sur le vif, que le fruit de ses réflexions. Et ce à quoi il pense, nourri des lectures habitées de Loti, de Malraux mais aussi de figures moins connues telle celle de l’entomologiste Henri Mouhot qui découvrit par hasard le temple d’Angkor, ce qu’il nous donne à voir est notre propre reflet à travers le destin des mouvements révolutionnaires. Le vertige utopique de la tabula rasa irrigue les pages de Kampuchéa, provoquant tout à la fois l’ivresse et la révulsion. Depuis le style martial et hypnotique des slogans de l’Angkar diffusés sur Radio Phnom Penh devenue La Voix du Kampuchéa démocratique jusqu’aux vers de Vigny que récite Douch pour toute défense face à ses jurés – lui qui fut formé en France à enseigner les Lettres –, la langue tourbillonnante de Patrick Deville nous permet de mieux appréhender la portée d’actes que l’on catalogue sans doute trop vite comme étant uniquement des atrocités, comme n’ayant pas plus de sens – ne pouvant être polysémiques. Son roman s’avère ainsi capable de produire une épiphanie de la plus sombre horreur.


Patrick Deville, Kampuchéa, Seuil, coll. Fiction & Cie, 2011.

2.11.10

Boire du genièvre jusqu'à défaillir

Nous étions six ou sept. Encore jeunes, et tristes, aimant les livres, les lapins, les orages, courir et dormir, nager dans les étangs proches, marcher la nuit et rentrer à l'aube les chaussures trempées, le front glacé, construire des machines sans aucun usage, de monstrueuses machines, boire du genièvre jusqu'à défaillir, vomir par la fenêtre, cracher, siffler, mourir pour rien, tourner les manivelles, tracer des plans, projeter des voyages, entreprendre, manger des fruits avec leur peau, dessiner sur les murs et les pavés de la ferme, faire du feu, détruire les portes, casser les tuiles, défoncer, tuer la volaille, ces oiseaux omniprésents, cette volaille au ras de terre, dans les trous, dans le foin, sous l'herbe, parmi la pourriture. Nous étions architectes, mécaniciens, oisifs. Surtout pas fermiers. Nous aurions fait de piètres cultivateurs, incapables de distinguer un épi d'orge d'un épi de blé, l'ivraie du froment, le bambou de la canne à sucre, la ciguë du persil, le vent du nord du vent du sud, l'automne du printemps. Éleveurs, nous aurions à coup sûr confondu tous les bestiaux, les femelles et les mâles, l'âne et le cheval, et nourri les vaches avec des pommes de terre, et les marchands nous auraient roulés et, trompés, nous ne nous serions même pas défendus, ignorant des coutumes et n'éprouvant aucun intérêt pour elles.

Eugène Savitzkaya, La traversée de l'Afrique, Minuit, 1979

7.8.10

Ta mémoire coule à l'extérieur de tes yeux



De nouveau, quelque chose explose à l'étage. Par une fenêtre s'envole une torsade torrentueuse, tantôt orange, tantôt très noire.
La Mémé Holgolde agite sa hache en tremblant de rage.
- Amenez-le moi, ce fils de pute, demande-t-elle.
Puis c'est le matin. Une aube infâme sur la rue Kordobane.
Tout a été réduit en cendres.


Manuela Draeger (Antoine Volodine), Onze rêves de suie, "La bolcho pride", L'Olivier, à paraître le 9 septembre 2010.