3.1.19
Dont acte
La vie professionnelle n'est qu'un lent et progressif enlisement, c'est même sans doute pour cette raison que les amitiés de jeunesse, celles qu'on noue pendant ses années d'étudiant et qui sont au fond les seules amitiés véritables, ne survivent jamais à l'entrée dans la vie adulte, on évite de revoir ses amis de jeunesse pour éviter d'être confronté aux témoins de ses espérances déçues, à l'évidence de son propre écrasement.
Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019.
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12.9.16
Contre le Pacifique, contre la vie
Oui j'ai fait des cabanes. Mais j'étais assez mauvais en cabanes. Je faisais des barrages, j'avais un excellent niveau en barrages.
Michel Houellebecq, entretien avec Yan Céh, Palais, le magazine du Palais de Tokyo, n°23, juin 2016.
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16.1.15
En fait
Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière.
Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.
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15.1.15
Des hirondelles légèrement inquiètes
Je me promenai pendant un quart d'heure sous les arcades de poutrelles métalliques, un peu surpris par ma propre nostalgie, sans cesser d'être conscient que l'environnement était vraiment très moche, ces bâtiments hideux avaient été construits durant la pire période du modernisme, mais la nostalgie n'a rien d'un sentiment esthétique, elle n'est même pas liée non plus au souvenir d'un bonheur, on est nostalgique d'un endroit simplement parce qu'on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau, et le futur aussi d'ailleurs, il n'y a que le présent qui fasse mal, qu'on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible.
Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.
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7.5.14
Frapper là où ça compte
Et tu n'étais pas là. Je t'aime, Véronique.
(...)
Les jours de la vie sont pareils
À des limonades éventées
Jours de la vie sous le soleil,
Jours de la vie en plein été.
(...)
J'ai connu vers onze heures quelques minutes de bonne entente avec la nature.
(...)
Je n'ai plus d'intérieur,
De passion, de chaleur ;
Bientôt je me résume
À mon propre volume.
(...)
Il y aura la mort tu le sais mon amour
Il y aura le malheur et les tous derniers jours
(...)
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11.1.13
il est temps de bifurquer
Il n'y a que le sens du devoir qui puisse réellement nous maintenir en vie. Concrètement, si l'on souhaite se doter d'un devoir pratique, on doit faire en sorte que le bonheur d'un autre dépende de votre existence ; on peut par exemple essayer d'élever un enfant jeune, ou à défaut d'acheter un caniche.
(...)
En tout cas, tant que nous resterons dans une vision mécaniste et individualiste du monde, nous mourrons. Il ne me paraît pas judicieux de demeurer plus longtemps dans la souffrance et dans le mal. Cela fait cinq siècles que l'idée du moi occupe le terrain ; il est temps de bifurquer.
Michel Houellebecq, entretien avec Christophe Duchatelet et Jean-Yves Jouannais, artpress n° 199, février 1995, Les grands entretiens d'artpress. Michel Houellebecq, IMEC éditeur, 2012.
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23.9.10
Comment se faire inviter en Belgique (Louvain get ready)
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24.3.09
Et si nous tenions là le plus bel intertitre romanesque ?
Tout est la faute
de Caroline Yessayan
Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, {page 51}, Flammarion, 1998.
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26.2.09
Ouvrez la parenthèse
Je comprends les raisons de sécurité, les impératifs techniques ; je comprends les raisons qui conduiront progressivement à une gestation in vitro ; je me permets juste, à ce sujet, une légère manifestation de nostalgie. Auront-ils, mes petits chéris nés si loins d'elle, auront-ils encore le goût de la chatte ? Je l'espère pour eux, je l'espère de tout mon coeur. Il y a beaucoup de joies dans ce monde, mais il y a peu de plaisirs - et si peu qui ne fassent aucun mal.
Fin de la parenthèse humaniste.
Michel Houellebecq, "Consolation technique", Lanzarote et autres textes, Librio, 2002 ; repris dans Interventions 2, traces, Flammarion, 2009.
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10.3.08
Considérant les événements présents de notre vie, nous oscillons sans cesse entre la croyance au hasard et l'évidence du déterminisme.
Michel Houellebecq, Les Particules Elémentaires, Flammarion, 1998
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2.1.08
Dialogue séculaire
- Pendant la première partie de sa vie, on ne se rend compte de son bonheur qu'après l'avoir perdu. Puis vient un âge, un âge second, où l'on sait déjà, au moment où l'on commence à vivre un bonheur, que l'on va, au bout du compte, le perdre. Lorsque je rencontrai Belle, je compris que je venais d'entrer dans cet âge second. Je compris également que je n'avais pas atteint l'âge tiers, celui de la vieillesse véritable, où l'anticipation de la perte du bonheur empêche même de le vivre.
(Michel Houellebecq, La possibilité d'une île, 2005)
- Que pouvait-il dire à son fils, quel message avait-il à lui transmettre ? Rien. Il n'y avait rien. Il savait que sa vie était finie, mais il ne comprenait pas la fin.
(Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, 1998)
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12.7.07
"Je traversais la cour, poulet décapité."
Le décrochage est semblable à un petit ressort qui se brise, quelque part à l’intérieur de soi, et qui vous laisse identique, anéanti pourtant, conscient obscurément d’être entré dans un espace différent, cotonneux et pré-létal, dont on pourrait sortir - mais dont on sait déjà qu’on ne sortira plus, ou bien (et c’est déjà une grave sottise de formuler cette hypothèse) dont on ne sortira que de manière temporaire, accidentelle.
Beaucoup d’écrivains, et pas des moindres, sont morts à 47 ans : Baudelaire, Nerval, Lovecraft, Camus, Kerouac... Il y en a probablement d’autres. Une liste impressionnante, déjà. Tous au-delà de leurs différences sont demeurés d’une manière obscure des écrivains jeunes ; tous ont refusé d’envisager la seconde partie de leur vie, de toute vie, de se confronter à la pente descendante, à l’obscurcissement, à la zone grise ; tous ont rechigné devant la seconde partie de leur travail, devant la laideur peut-être qui l’accompagnait, ou au contraire devant le calme qu’ils y pressentaient, un calme qui leur paraissait sans doute légèrement obscène.
Je rechigne, moi aussi ; je dépose un préavis de grève (et, si je me décide à publier cette fastidieuse entrée de blog ce sera déjà un bon signe, ou un mauvais si l’on veut, un signe en tout cas de retour d’une vitalité qui ne peut plus à ce stade qu’être amoindrie, rancunière, conditionnelle).
Il peut bien sûr apparaître irrationnel d’imaginer que les écrivains meurent de leur plein gré, à l’âge qu’ils ont choisi ; bien entendu ils meurent comme tout le monde de maladie, d’un accident parfois. Pourtant, pourtant, quelque chose nous souffle que l’hypothèse n’est pas entièrement absurde. Parce qu’il faut bien, quand même, mettre fin ; clore l’oeuvre, lui donner son apparence définitive et achevée, son tour final. Et quel autre moyen d’arrêter, pour un écrivain, que de mourir ? Rares, extrêmement rares pour le coup (et laissant une déplaisante impression de professionnalisme) sont ceux qui arrêtent effectivement de leur vivant, qui prennent le temps de profiter de leur retraite, qui parviennent bel à bien à s’interdire de griffonner (ne serait-ce que quelques lignes, ne serait-ce qu’une entrée de blog).
Cela, pourtant, cela même, cette activité toujours en danger de basculer de la création vers la pure et simple compulsion, cela n’a t’il pas eu la nature de l’apparition ? N’y a t’il pas eu une autre vie, antérieure ? Une vie au premier degré, une vie au sens simple ?
Probablement pas, en réalité ; ou bien par insuffisance, par défaut de moyens d’expression.
Et sur la fin, alors que ces moyens sont pourtant intacts, il n’y a plus rien qu’une lassitude, un dégoût même, une répugnance à l’idée de troubler le pesant, l’universel silence du monde. Une répugnance à l’idée de signaler son existence au monde. Invariablement la volonté s’effiloche, comme une lanière de caoutchouc usée. Invariablement le monde gagne la partie, par abandon de l’adversaire. Et le pire est sans doute que cet abandon ne soit jamais total.
"Je traversais la cour, poulet décapité."
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7.7.07
Le monde est de taille moyenne
Les romans impairs de Michel Houellebecq sont sexués. Ses romans pairs sont asexués et de plus grande portée.
La possibilité d’une île est davantage virtuose que Les particules élémentaires mais semble moins personnel : le sentimentalisme, par exemple, fait partie de son ambitieux projet d’objectivation, là où, dans Les particules élémentaires – qui semble être le brouillon théorique de La possibilité d’une île – ce même sentimentalisme pouvait encore affecter le récit, avec le personnage d’Annabelle essentiellement ; et lui conférer un aspect certes moins abouti, mais plus attachant, plus propice à l’identification.
Il est mal aujourd’hui – il semble falloir le comprendre ainsi – de faire la promotion massive d’un livre, fût-il bon. Car il devient alors un simple produit, ce qui est mal. Comme il est mal de contester aux journalistes le pouvoir de lire le livre avant tout le monde ; après tout c’est eux qui décident si le livre est bon.
Deux extraits :
"À chaque fois que le public riait (…), j'étais obligé de détourner le regard pour ne pas voir ces gueules, ces centaines de gueules animées de soubresauts, agitées par la haine"
"Le futur était vide ; il était la montagne. Mes rêves étaient peuplés de présences émotives."
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7.4.07
"Je me souviens de nos pistolets tchécoslovaques, achetés pour presque rien"
"Etablissement d'un ciel d'alternance", collaboration entre le compositeur Jean Jacques Birgé et l'auteur Michel Houellebecq a été enregistrée en 1996 à l'occasion du dixième anniversaire des Inrockuptibles, à la Fondation Cartier. Contrairement à "Présence Humaine", l'album réalisé par Houellebecq et Burgalat il y a quelques années, les textes mis en musique par Birgé sont issus de recueils déjà publiés, à savoir "Le sens du combat" (1996) et "La poursuite du bonheur" (2000).
Très bel objet agrémenté des textes de l'auteur et de photos, le disque est édité par GRRR et distribué par Orkhestra.
Quelques strophes :
Il y a eu des nuits où nous avions perdu
jusqu'au sens du combat
Nous frissonnions de peur, seuls dans la plaine immense,
nous avions mal aux bras
Il y a eu des nuits incertaines et très denses.
avant de s'écraser sur le sol du chemin
Tu titubais, disant des mots élémentaires,
avant de t'effondrer sur le sol de poussière :
je te prends la main
Nous devions décider d'un autre angle d'attaque,
décrocher vers le bien
Je me souviens de nos pistolets tchécoslovaques,
achetés pour presque rien
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