Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles

26.6.19

Le chapitre interrompu la veille




Et nous tournons les pages de nos jours sans en apprécier la saveur unique. Ces petits trésors nous échapppent avant que nous ayons eu le temps de dire ouf. À peine avons-nous survolé ces pages que nous voulons connaître la suite. Insatiables, nous passons au chapitre suivant, titré « hiver » ou bien « été », « printemps », « automne » et voici déjà la partie suivante : « l'année nouvelle ». Pages, chapitres avalés au rythme de valses et de mazurkas, ou bien d'un prélude annonciateur de rebondissements... Ces mélodies nous divertissent comme l'orchestre du Titanic a distrait les passagers jusqu'au bout. Il faut bien se changer les idées en attendant la marche funèbre.


Éric Faye, La Télégraphiste de Chopin, Seuil, 2019.



26.8.16

Jeezy Redux


Les productions futuristes et oppressantes de Young Jeezy avaient quelque chose de wagnérien dans leurs déferlantes grandioses – pas le Wagner des opéras, le Wagner des hélicoptères – qui donnait aux sermons en deux dimensions de Jeezy une improbable profondeur.


Pierre Evil & Fred Hanak, "Gangsta Rap : un post-sciptum", revue Audimat n°5, mai 2016.



13.6.16

Awopbopaloobop Alopbamboom



Une danse si forte qu'il faudrait une civilisation pour l'oublier. Et dix secondes pour s'en souvenir.


Butch Hancock, chanteur de rockabilly, à propos de la première apparition d'Elvis Presley à la télévision (dans le Ed Sullivan Show du 9 septembre 1956), apparition à laquelle Bruce Springsteen assista au seuil de l'âge de (dé)raison, pour y placer ensuite en toute connaissance de cause l'origine de son cœur


10.5.16

Braquage et braconnage



On se suicide pas
On préfère le braquage

PNL, "Obligés de prendre", Que la famille, 2015.



Je ne pense, depuis quelque temps, qu'à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier.
Mon moral, d'habitude d'acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau !


Siné, dernière "mini-zone", sinemensuel.com, 4 mai 2016.


29.4.16

Long Time Coming


In a world of doubt and fear
Wake at night and reach to find you near


Bruce Springsteen, Happy (1991).

12.12.11

#lundiconfession


Il est des associations musico-littéraires qui ont l'évidence de la trace indélébile, qu'elles soient étonnantes (The RZA-Guillaume Apollinaire), confluentes (Godspeed You Black Emperor!-Lutz Bassmann) ou davantage gênantes (ABBA-JM Coetzee).

7.1.11

Black is the colour of my true love's hair


Encore trop jeune pour qu'on me traite de sale renoi
Je me sens proche de Négros plus noirs que moi.


Booba, "Foetus", Autopsie vol. 3, Les inédits, 2009.

13.9.10

Fluctuat Nec Mergitur


L'infime Delanoë sans honte et sans remords

Ses projets infamants son sourire de pendu

Son existence même qui sans cesse déshonore

De la simple raison les derniers détritus



Philippe Muray, chanson "Sans moi", Minimum respect, Les Belles lettres, 2003

2.6.10

Hopscotch



What you figure?
That this chalky outline on the ground is a father figure?


Cannibal Ox (Vast Aire line), "Iron Galaxy" on The Cold Vein, Def Jux, 2001.

4.9.09

Bitter crop



for the rain to gather

for the wind to suck

for the sun to rot

for the tree to drop


Abel Meeropol (aka Lewis Allan), Strange Fruit, The New York Teacher, 1936.

5.7.09

Ysabel's Table Dance

Des castagnettes, une contrebasse entétante, la voix rauque et sensuelle de Lonnie Elder, le climat est étouffant : nous sommes dans un bar à strip tease de Tijuana. Jamais la tension / détente du jazz ne fut si délibérement érotique, indécente.


"Ysabel’s Table Dance sums up all we could buy in Tijuana. It includes the farout strip tease – spots in the music played by the piano represent the scantily clad woman spinning from table to table, reaching her hand out for tips, bills, or what-have-you. This composition, I believe, contains the fire, the pulse, and all that I felt as I heard the tune in my head with the movement of her body. It’s the last piece ; then I return to my true self and it’s all over but the music. "
Charles Mingus

Ysabel's Table Dance

Charles Mingus (contrebasse), Lonnie Elder (voix), Ysabel Morel (castagnettes), Clarence Shaw (trompette), Jimmy Knepper (trombone), Curtis Porter (saxophone alto), Bill Triglia (piano), Dannie Richmond (batterie), Frank Dunlop (percussions)
Tijuana Moods - RCA/Victor - 1962

18.5.09

Qui bene amat bene castigat


Il pleure pour rien
En se gavant de pommes de pin
Il se cogne à tous les coins
Qui aime bien châtie bien


Bertrand Betsch, "Le grand embarras" {http://www.virginmega.fr/musique/titre/bertrand-betsch-le-grand-embarras-102731367,page1.htm}, La Soupe à la grimace, Labels-Lithium, 1997.



28.4.09

Codes Postaux


92 kilogrammes dans l'zen /

9,3 centilitres d'alcool dans l'sang


Booba, "Ouest Side" (2006) /
Sefyu, "La Légende" (2006).

19.10.08

Sex (& Love?) - Mood Organ Playlist, 2nd session

Deuxième Playlist imaginée dans le cadre du Mood Organ Playlist, une tentative saugrenue et illusoire de programmer des émotions musicales lancée par G.T. du blog Art-Rock.

Dédions cette liste à la météo, à l'été indien, au retour de l'automne, et aux femmes.

* Un titre ne passe pas sur la playlist. Le voici : Why Worry (Sugar Minott)

12.7.08

Booker Little - Man of Words



"Les auditeurs peu habitués à cette musique disent du jazz que c'est un martèlement continu, et je dois dire que je le pense un peu aussi. Il y a tellement d'émotions qui ne passent pas de cette façon... Beaucoup de sensations auraient sans doute pu être mieux exprimées sans cette pulsation. À l'heure actuelle, si tu veux exprimer la tristesse ou la mauvaise humeur, tu joues du blues. Mais on peut le faire autrement."

Booker Little (1938 - 1961)
D'après l'interview pour "Metronome" réalisé par Robert Levin au printemps 1961.


Man of Words
Booker Little (trumpet), Julian Priester (trombone), Eric Dolphy (alto sax), Don Friedman (piano), Art Davis (bass), Max Roach (drums)

Extrait de l'album Out Front, publié chez Candid en mars 1961, sept mois avant de succomber à une crise d'urémie à l'age de 23 ans.

1.7.08

From Hollygrove to Hollywood

You watch me / Cause I be / Weezy / Merci / TV / C-3 / Thats me


Lil Wayne, "3 Peat", Tha Carter III, Cash Money Records, 2008.

8.6.08

Métaphysique du cuivre

Johnny a abandonné le langage hot parce que ce langage violemmenr érotique était trop passif pour lui. Chez lui, le désir s'oppose au plaisir et l'en frustre parce que le désir le force à aller de l'avant et l'empêche de considérer comme des audaces les trouvailles du jazz traditionnel. C'est pour cela, je crois, que Johnny n'aime pas beaucoup les blues ou le masochisme et les nostalgies... Mais j'ai parlé de tout cela dans mon livre, et j'ai montré comment le renoncement à la satisfaction immédiate avait amené Johnny à élaborer un nouveau langage qu'il poussait aujourd'hui, avec d'autres musiciens, jusque dans ses derniers retranchements. C'est un jazz qui rejette tout érotisme facile, tout wagnérisme si je puis dire, et qui se situe sur un plan désincarné où la musique se meut enfin en toute liberté comme la peinture délivrée du représentatif peut enfin n'être que peinture. Mais une fois maître de cette musique qui ne facilite ni l'orgasme ni la nostalgie, cette musique que j'aimerais pouvoir appeler métaphysique, Johnny semble vouloir l'utiliser pour s'explorer lui-même, pour mordre à la réalité qui lui échappe un peu plus chaque jour. C'est en cela que réside le haut paradoxe de ston style, son agressive efficacité. Incapable de se satisfaire, il est un éperon perpétuel, une construction infinie qui ne trouve pas son plaisir dans l'achèvement mais dans l'exploration sans cesse reprise, l'emploi de facultés qui dédaignent ce qui est immédiatement humain sans rien perdre de leur humanité. Et quand Johnny se perd, comme ce soir, dans la création infiniment recommencée de sa musique, je sais très bien qu'il n'échappe à rien.
(...)

Alors Johnny est arrivé et il nous a promené sa musique sur la figure un quart d'heure durant. Je comprends que l'idée que l'on publie Amorous puisse le mettre en fureur, les imperfections sont visibles à l'oeil nu, le halètement qui accompagne certaines fins de phrases est parfaitement audible et surtout le terrible couac final, cette note sourde, et brève qui m'a fait penser à un coeur qui éclate, à un couteau qui rentre dand un pain (...). Mais ce que Johnny ne percevrait pas et qui est insoutenablement beau, c'est cette angoisse qui cherche une issue dans cetet improvisation qui fuit de tous les côtés, qui interroge, qui gesticule désespérément. Jonny ne peut pas comprendre : ce qui lui paraît être un échec est pour nous une voie ou tout au moins l'amorce d'une voie. Amorous restera un des grands moments du jazz. L'artiste qui est en Johnny sera fou de rage chaque fois qu'il entendra cette caricature de son désir, de tout ce qu'il a voulu dire pendant qu'il luttait, chancelait, pendant que la salive lui échappait de la bouche en même temps que la musique, plus seul que jamais face à ce qu'il poursuit, à ce qui le fuit à mesure qu'il le traque. C'est curieux, il m'a fallu écouter Amorous pour comprendre, bien qu'il y ait déjà eu d'autres indices, que Johnny n'est pas une victime, n'est pas un pauvre pérsécuté, comme tout le monde le croit. Je sais maintenant que ce n'est pas vrai. Johnny n'est pas le poursuivi mais le poursuivant, tout ce qui lui arrive dans la vie sont des malchances de chasseur et non d'animal traqué. Personne ne peut savoir ce que poursuit Johnny mais c'est ainsi, c'est là, dans Amorous, dans la marijuana, dans ses discours absurdes, dans ses rechutes, dans le petit livre de Dylan Thomas, dans cette façon d'être un pauvre diable qui élève Johnny au-dessus de lui-même et en fait une absurdité vivante, un chasseur sans jambes et sans bras, un lièvre qui court derrière un tigre endormi.

Julio Cortazar, L'Homme à l'affût, in Les Armes Secrètes, 1959

5.6.08

Dialogue de Jean qui rit et Jean qui pleure



Nous sommes encore au tout début du siècle qui vient. Certains disent : du millénaire. En novembre, Michel Jonasz fait paraître un disque dont la pochette le présente enfant, souriant, au milieu d’un décor urbain en effet très urbain : Michel et son petit tambour, la sœur de Michel et son ours en peluche, l’ensemble en apparence colorisé comme les vieux films et derrière eux le sépia des années cinquante, fauteuils en osier et voitures dont les marques sont vos amies. En décembre de la même année, soit sept semaines plus tard, Alain Bashung sort quant à lui un album à la couverture on ne peut plus sobre. Pas de texte, seule une photographie en noir et blanc où il figure debout, majestueux et grave, au milieu d’un sous-bois.

Pour différents qu’ils paraissent, ces deux disques ne cessent pourtant de s’entremêler dans l’esprit de qui les écoute, tout à tour, à distance, de temps en temps. « L’irréel », destination suspendue vers laquelle Bashung se promet d’aller en répétant la question « Y seras-tu ? », lorgne un temps sur la bande-son d’un surprenant film muet, puis, avant de laisser place à un poème énervé de Robert Desnos, donne sur une passerelle menant aux doux accords du « Modern Hôtel », ballade dans laquelle Jonasz se montre autant écrivain des notes que des larmes : « Le Modern Hôtel / Une parenthèse dans nos mémoires / Presque irréelle / Tu t’en rappelles ». Cela a beau être irréel, nous ne sommes pas moins passés de l’un à l’autre. Du rire aux larmes.

Et ce rire et ces larmes, cette larme écrasée sous les rires, ces mouvements d’humeurs ne sont pas nécessairement distribués comme on pourrait s’y attendre. Contrairement à ce que laissaient présager les pochettes, par exemple, celui qui rit (certes de manière sardonique) est bien Bashung et celui qui pleure, Jonasz. L’opus de Alain-Jean-qui-rit, « L’imprudence », est une exhortation à la révolte intérieure, une ouverture à fond les ballons des valves vitales. L’oeuvre de Michel-Jean-qui pleure, « Où vont les rêves », elle, est un gros chagrin devant la beauté amoindrie d’une nostalgie pratique. « Désormais je me dore / à la crypte des monastères / je me dore à l’ordinaire / à tombeau ouvert / à la chaleur humaine » dit le rieur dans un cri de hyène ; « J’arrive à huit heures précises / Au bureau de l’entreprise / Et la vie qui m’paralyse / Comme pour tout le monde » lui répond le pleureur de la porte de Vanves.