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28.10.18

R.I.P.


En featuring dans le premier album studio de Joji, être apatride au sein du son et de l'image, Trippie Redd entonne trois mots — "die for you" — avec un timbre qui singe en hommage celui du rappeur disparu au mois de juin à l'âge de vingt ans, XXXTentacion. Ces mots et leur écho vibrant renvoient soudain un reflet inversé des paroles que répétait plus tôt dans l'année la talentueuse 070 Shake dans son single "Glitter" : "before I even existed".
Loin du folklore morbide d'un Biggie ("Ready To Die"), de la désinvolture bravache d'un Mickey Avalon ("Waiting To Die") ou encore de la pose chromée d'une Lana Del Rey ("Born To Die"), la démarche de Joji et son compère sonne comme une mise à terre de la mort, la volonté de lui parler à hauteur d'homme (« Ne crois pas que si je veux mourir pour toi, cela signifie que tu as plus de valeur que moi. »). Ce genre d'énoncé délicieusement oiseux était présent dans le court album "Ye" commis par celui qui se fait désormais appeler ainsi : « Aujourd'hui j'ai pensé à me suicider et je m'aime bien plus que je t'aime, alors... ».
Quel que soit le nom qu'on donne ici-bas au trépas, quelle que soit la forme qu'il prend avant d'être — maladie, abandon, solitude, déchéance, disgrâce, chagrin, vanité —, sa venue gagne toujours à descendre d'un piédestal vermoulu. C'est ce qu'on peut appeler une saine méfiance. Joji aura 27 ans l'année prochaine, alors s'il faut lui dire une seule chose, la voici : « Pas bienvenue au club ! ».

29.3.18

·



Ainsi des mobilisations féminines contemporaines : d'un côté, les luttes s'articulent dans les termes d'une "libération de la parole", s'égrènent sur les réseaux sociaux en des milliers de témoignages formulés à la première personne, font redescendre l'abstraction de la domination masculine dans le cru d'instants humiliants ou intenables, violences redoublées d'être restées silencieuses ; de l'autre côté, ces mêmes combats soulignent combien le français est une langue genrée, exigent de l'écriture qu'elle soit inclusive, que l'on apprenne à composer au clavier et d'une main preste le point médian typographique pour ne plus mettre le féminin entre parenthèses. L'auriculaire sur Maj et le pouce sur Alt, l'index sur F, cela vous fait une main bénisseuse d'icône byzantine ou de rappeur signant son gang ; on prend vite le coup, ce n'est pas compliqué.


Mathieu Potte-Bonneville, Recommencer, Verdier, 2018.

26.8.16

Jeezy Redux


Les productions futuristes et oppressantes de Young Jeezy avaient quelque chose de wagnérien dans leurs déferlantes grandioses – pas le Wagner des opéras, le Wagner des hélicoptères – qui donnait aux sermons en deux dimensions de Jeezy une improbable profondeur.


Pierre Evil & Fred Hanak, "Gangsta Rap : un post-sciptum", revue Audimat n°5, mai 2016.



10.5.16

Braquage et braconnage



On se suicide pas
On préfère le braquage

PNL, "Obligés de prendre", Que la famille, 2015.



Je ne pense, depuis quelque temps, qu'à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier.
Mon moral, d'habitude d'acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau !


Siné, dernière "mini-zone", sinemensuel.com, 4 mai 2016.


30.12.15

Magnolia shit


For the music was strange indeed. Cavalry charges of drums were set against spectral stabs of melody and a jaunty little string theme, rising and falling, than ran through the piece like memory: mysterious, nagging, with flashes of pagan joy and an incurable melancholy at heart, much like New Orleans itself.


Nik Cohn, Triksta. Life and Death and New Orleans Rap, Harvill Secker, 2005.

23.9.15

Ghost-rapper


Désormais, alors que les Noirs de South Central ne rêvent que de cognac et de maisons victoriennes aux blanches colonnades, les Blancs du Midwest s'appellent Nigga entre eux, fantasment sur le fait d'être des Négros en prison et prétendent être atteints "d'une maladie rare de la peau qui les fait apparaître comme blancs, alors qu'en fait à l'intérieur ils sont Noirs".


Pierre Evil, Gangsta-rap, Flammarion, coll. Pop culture, 2005.

27.8.15

Clarity Bob


Avec le cinéma, Los Angeles avait donné à la culture populaire l'image ; en instituant le studio comme un instrument à part entière, Phil Spector lui donna le son.


Pierre Evil, Gangsta-rap, Flammarion, coll. Pop culture, 2005.

2.6.10

Hopscotch



What you figure?
That this chalky outline on the ground is a father figure?


Cannibal Ox (Vast Aire line), "Iron Galaxy" on The Cold Vein, Def Jux, 2001.

31.10.08

Le p'tit Lion


Je passe la journée à tracer dans le champ. Les filles se sont barrées on ne sait pas où, Johannes pète des câbles et moi je m'en fous. Moi j'enchaîne les tours de champ. Mes lunettes de soleil. Moi j'écoute du rap. Mais le rock'n'roll me va si bien. Je suis le Jura. Mais je suis la classe mondiale. Et vous vous moquez de moi et je vous comprends.


Pierric Bailly, Polichinelle, P.O.L, 2008.

1.7.08

From Hollygrove to Hollywood

You watch me / Cause I be / Weezy / Merci / TV / C-3 / Thats me


Lil Wayne, "3 Peat", Tha Carter III, Cash Money Records, 2008.

1.4.08

Jazzy Girl


Issu de sa dernière production, Addicted To Sorrow, disponible en téléchargement libre sur son site, Xololanxinxo.com, Daniel Rodriguez aka Xololanxinxo, nous rappelle les liens étroits entre scat et rap.

Jazzy Girl

17.8.07

Dirt Nasty

- Sup Bitch ?
- Looking for a good time ?
- My dick is looking for a good time, how much for a blowjob ?
- 40 bucks
- You take cash ?
- No, food stamps, stupid



Dirt Nasty & Mickey Avalon "Too Sexy"

http://www.myspace.com/dirtnasty

25.7.07

Liquide Argent Jeune Argent

Un cri de joie.
Un grain.
Un tramway nommé désir sur monorail.
Un vieux carré de chocolat.
Un écran de verres fumés.
Un désordre climatique.
Un phénix asphyxié.
Un phrasé d'histoire à faire peur.
Un faux-air de plainte.
Un faisceau de quarante secondes en salle de bain.
Un organe malfaisant.
Un métal en fusion.

Le flow de Lil Wayne
(Dwayne Michael Carter, Jr.)

26.5.07

Skitzo Crunk Punk Slump

Existereo, c'est un peu le rappeur parfait. Techniquement habile (léger euphémisme), ouvert et sans oeillères, surproductif et entouré de gens très talentueux (de Mickey Avalon à Daddy Kev, en passant par dDamage, Bigg Jus et la troupe Oldominion), le californien est devenu en quelques années seulement une des valeurs sûres de l'underground westcoast.

Pourtant, si son premier vrai album solo Dirty Deeds And Dead Flowers et le Livin La Vida Boo Hoo réalisé avec Barfly et Factor sous l'égide Candy's.22 étaient plus que recommandables, Exist se révèle encore plus à son aise sur des projets bâtards ; ces street-cds qui ne sont pas de vrais albums et qui fourmillent de cover-tracks et de freestyles. C'était flagrant sur le tour-cd génial de Candy's.22 (On The Roadkill Again) et ça se confirme avec Mixed Drinks vol.1 auquel le label russe 2-99 vient d'offrir une seconde vie.
Originellement gravées sur un vulgaire CD-R, ces quarante-cinq minutes de freestyles frénétiques entrecoupés de dialogues de films et de messages de boîte vocale, se retrouvent dans un nouvel écrin luxueux (digipack et nouvel artwork grande classe). Reprenant à son compte des prods. servies à Clipse, TTC, Dizzee Rascal ou Busdriver, le sieur Courtney enchaîne les punchlines, les séquences de double-times et les gimmicks punk en compagnie des copains Andre Legacy (alias Metfly), Dirt Nasty et Mickey Avalon.

Extrait : California Boomin/Hollywood Dopers

21.5.07

Just a dude


Si Devin The Dude n'est pas le premier nom qui vient à l'esprit quand on évoque la scène rap de Houston - particulièrement sous les projecteurs depuis les succès commerciaux de Chamillionaire, Paul Wall et les autres - il n'en est pas moins l'un de ses représentants les plus actifs et les plus intéressants, l'une de ses valeurs les plus sûres.

Alors que son quatrième album studio "Waitin To Inhale" vient d'être parachuté par l'inénarrable maison Rap-A-Lot, le texan semble être enfin sur le point d'abattre la cloison qui le sépare du mainstream. Une promotion amplement méritée pour cette référence underground si l'on se penche de plus près sur sa discographie solo (4 albums très personneles et presque irréprochables), ses prestations au sein des formations Coughee Brothas, Face Mob et Odd Squad et ses apparitions ponctuelles aux cotés de Dr Dre, Snoop Dogg, UGK, Scarface ou Too Short. Avec un casting presque parfait (Snoop Dogg, Lil Wayne, Andre 3000, Bun B...), des hits laid back à la pelle et une dose suffisante de singles FM, "Waitin To Inhale" est certainement le meilleur album de Devin depuis son premier opus éponyme de 1998.

Collection de sérénades enfumées et de digressions sur ses thèmes de prédilection (women, wine and weed), portées par une vraie science du refrain, un timbre de voix très personnel et un humour caractéristique, le successeur de l'inconstant "To Tha Xtreme" devrait asseoir la réputation de Devin Copeland et lui permettre de s'imposer auprès du grand public. Enfin.


Article publié dans le numéro 25 de Clark Magazine, en kiosques.