8.8.09

Identité XX

Qu'est-ce qu'une femme ?
La question a tout l'air d'un piège. C'en est un.

Si on me l'avait posée avant, je m'en serais tirée tant bien que mal.
Par une description anatomique un jour de visite médicale, par exemple : une femme, c'est des seins, une vulve, un vagin. Des sautes d'humeur et de la douleur une fois par mois, lorsque le sang lui coule entre les cuisses.

Par une ode à la féminité triomphante un jour de lyrisme : une femme, c'est une gamme serpentine de courbes, une fugue improvisée de pleins et de déliés. Des seins-mandoline, des hanches-violoncelle et, parfois, un cul-rock'n roll. Et quelle que soit sa coiffure, une femme, c'est un accroche-cœur.

Par une critique aussi lapidaire que cynique un jour de mauvaise humeur : une femme, c'est une chieuse. Elle affirme le contraire ? C'est une chieuse qui s'ignore. Parce qu'une femme, c'est une casse-couilles douée pour vous les briser menu en coupant les cheveux en quatre.

Par la rhétorique un jour de pinaillage linguistique : une femme, c'est un substantif précédé d'un article indéfini, ayant pour contraire "un homme".
Je me serais rappelé
du même coup un ennuyeux matin de classe où mon voisin, ayant levé un doigt résolu lui accordant voix au chapitre, avait claironné :
- M'dame... Mulier, mulieris, ligne 3, ça veut dire femme... Mais c'est de quel genre, siouplaît ?
La professeure, une maîtresse-femme que je vénérais, en avait cassé net sa craie sur le tableau noir avant de se retourner d'une pièce :
- Mulier, mulieris... Femme... Quelle honte, une question pareille !!! C'est de quel genre, À TON AVIS ?
Tassé sur sa chaise devant une indignation et une colère qu'il ne comprenait pas, mon cancre de voisin avait bafouillé, penaud, pendant que je rigolais sous cape :
- Euh... féminin, M'dame ?
On avait onze ans. On suait sur la version d'une langue difficile et point toujours si logique. Et Madame Rochard, d'habitude si pédagogue, avait soudain perdu son latin et sa patience, faisant fi de la règle numéro un de l'enseignement : il n'y a pas de sottes questions... hormis celle-ci, peut-être.
Parce que la parole donne vie à ce que l'on nomme. Parce que dire, c'est faire exister. Et que, donc, p
ar la chair du verbe, une femme, c'est féminin.
Évidemment.

Avant, oui, à la question "qu'est-ce qu'une femme ?", je m'en serais tirée grâce à toutes ces pirouettes. Oubliant - ou feignant d'oublier - l'essence même de la féminité, notre différence fondamentale avec ce sexe qu'on prétend fort : notre capacité à porter des enfants, qu'on en veuille ou non.
Depuis
cela, je ne peux plus l'ignorer.
Cette fouille m'a brutalement (re)mise face à moi-même, face au temps qui passe à mon insu, face à mes choix.
L'intrusion dans mes viscères m'a du même coup confrontée au plus viscéral : à mon désir ambigu, inavoué d'enfant et aussi, forcément, à la mort de ma mère. À ce maillage brutalement interrompu, à cette boucle que je ne bouclerai peut-être jamais.
Avant ma mère, il y eut ma grand-mère. Avant ma grand-mère, une arrière-grand-mère que je n'ai pas connue. Et avant elle encore, une ancêtre dont j'ignore le prénom.
De cette boucle infinie je suis l'
héritière jusque dans ma chair.
L'héritière, oui, mais peut-être à la fois
le point final d'une lignée qui, ayant pris corps avec moi, mourra dans le mien.
Là, la bonne élève du cours de latin qui se marrait en douce ne rigole plus du tout, elle se remémore.

Elle se
remémore ce soir où son feu son amour avait appelé de son ailleurs et murmuré d'une voix blanche :
- Ma vie, c'est du vide. Ma vie, c'est rien. Je passe à côté et je n'ai rien fait. Rien fait de ce que je voulais en faire.
Elle se remémore l'avoir questionné, ébahie :
-
Comme ?
Elle se remémore qu'il avait répondu :
- Avoir un enfant.

Elle se remémore ses mots qui le rassuraient d'avoir le temps, celui qui passe si différemment pour les hommes, pensant à part elle "Et que devrais-je dire, moi ?".
Elle se
remémore s'être surprise à penser trop vite, hors de propos, à ce que serait leur enfant s'ils en avaient un. À se demander s'il aurait sa chevelure sombre à lui ou sa blondeur à elle, des yeux d'Indonésie ou de Pologne.

Elle se remémore
ce soir où elle avait appelé dans son ailleurs et murmuré d'une voix exsangue :
- Le scanner n'est pas bon, je dois être opérée. Peut-être que le chirurgien devra... enlever.
Elle se remémore qu'il avait répondu :
- Tu seras peut-être privée de l'accessoire, mais pas de l'essentiel : la possibilité de porter un enfant et de le mettre au monde.

Elle se remémore ses mots qui la rassuraient, ses mots qui parlaient de solution médicale et de chemin à deux.
Un chemin que, croyait-elle, il était prêt à faire un jour à son côté, puisqu'il en parlait.


À la clinique elle s'est remémoré qu'elle n'était plus la petite fille du cours de latin, mais une femme enduite de Bétadine que le chirurgien allait couper en deux.

Mais avant la clinique ce fut une longue traversée. Une pente abrupte de cailloux où la petite fille réintégra son corps de femme en suppliant d'être une autre, tant il est vrai que le malheur n'arrive qu'aux autres.
Au fond, la petite fille savait bien que le "elle" était devenu un "je".
Un "je" qui se regardait en pied sans se reconnaître et massait son ventre stérile sans ressentir aucune douleur.
- Aucune, vraiment ? s'était étonné le chirurgien.
- Non, aucune.
Promis, juré, ni la petite fille ni la femme ne lui mentaient.

En vérité, femme ou petite fille, je ne ressentais rien et mon corps lui-même n'avait pas changé d'un pouce, du moins dans le miroir.
Mais à mes yeux, il s'était métamorphosé, parce que je savais.
Là se tenait toute la différence entre l'avant et l'après : je savais, et cette connaissance était en soi un fardeau.
À cause d'elle, du jour au lendemain, mon vieux complice de corps s'était changé en ennemi, en traître que je palpais, triturais, trifouillais sans relâche.
- Avoue que tu en chies, saloperie ! grondais-je en enfonçant mes doigts dans mon ventre.

- Avoue que tu souffres, mon petit... pleurnichais-je en le caressant à défaut de le guérir.
Peine perdue. Menace ou supplication, mon corps restait sourd.
Insidieusement, il était devenu une excroissance, un corps étranger que, loin de reconnaître, j'aurais expulsé, lacéré, fauché sur pied.

À grand peine je me contraignais à sa toilette. Le lavais
comme on se débarrasse à la va-vite d'une corvée plus tôt commencée, plus tôt finie.
Le vêtir - me vêtir - me causait un énorme souci. Plantée devant la glace, je voulais disparaître, noyer ce félon de vêtements informes mais me faisais violence.
- Non, je ne cèderai pas à ton chantage. Une jupe, des bas, c'est ainsi que les femmes s'habillent, pas vrai... ? Alors c'est ainsi que tu seras aujourd'hui habillé.
Je piochais au hasard dans ma penderie et m'en allais, claudiquant, avec ma jupe et mes bas de carnaval.
J'étais déguisée en femme mais derrière mon déguisement, je n'étais rien.
Rien, et surtout pas une femme digne d'un quelconque amour, incapable que j'étais d'enfanter.

La rupture avec cet homme est arrivée à ce moment-là, au pire moment s'il existe une échelle sur celle du pire.
En un mail il me confirma ce que je soupçonnais : lui ne m'aimait pas.
Et derrière cette négation, j'entendis la négation de ce que j'étais, moi.
Une fille qui l'aimait, femme de part sa naissance, foi du sang qui lui coule dans la douleur
une fois par mois entre les cuisses.
Une femme ?
Non, en vérité. Une chose sans sexe au ventre ravagé, juste bonne à donner aux chiens s'ils acceptent de s'en satisfaire.
Une petite chose triste à qui l'on a jeté un os à ronger car, ainsi qu'il me le dit
à des milliers de kilomètres en toute innocence - ou plutôt en toute cruauté :
-
Si je t'ai parlé de solution médicale et de chemin à deux, c'était en me le reprochant... Je te sentais si mal que, moi, je me sentais obligé... même si je ne le pensais pas.
Erreur, grossière erreur.
Il ne faut mentir ni aux petites filles ni aux femmes, parce que les unes comme les autres croient à ce qu'on leur raconte.
C'est sûrement pour cela que j'ai eu aussi mal.
C'est sûrement pour cela que
je suis incapable de lui pardonner. Et que j'ai chialé comme la môme que j'étais en écrivant cet article.

Identité XX, tiré du blog de Chut!, Sous le Signe du Lien
Et si le net était le nouvel enjeu de l'écriture ? Depuis quand ai-je lu un texte aussi fort ?



25.7.09

Répons de Normand


La scène où toute scène prend origine dans l'invisible sans langage est une actualité sans cesse active.


Pascal Quignard, Les Ombres errantes, Grasset, 2002.

21.7.09

Ah, paraître !


Tandis que les deux hommes se relevaient pour souffler, je leur fis part de cette bizarrerie, celle d'une automobile en panne retradée par d'autres en bon état de marche.
Ah, les bagnoles, dit l'un de deux gars.

(...)

Dans la rue en face de nous, deux hommes tiraient un chariot à bras rempli de vieilleries et de petit mobilier.
Si c'est pas malheureux, disait l'un des hommes.
Y'a toute une histoire là-dedans, disait le premier.
Et pffuitt, enchaînait le deuxième. Au clou. Si au moins on savait ce que ça va devenir, tout ce tintouin.


Antoine Choplin, Apnées, La fosse aux ours, à paraître.

8.7.09

5.7.09

Ysabel's Table Dance

Des castagnettes, une contrebasse entétante, la voix rauque et sensuelle de Lonnie Elder, le climat est étouffant : nous sommes dans un bar à strip tease de Tijuana. Jamais la tension / détente du jazz ne fut si délibérement érotique, indécente.


"Ysabel’s Table Dance sums up all we could buy in Tijuana. It includes the farout strip tease – spots in the music played by the piano represent the scantily clad woman spinning from table to table, reaching her hand out for tips, bills, or what-have-you. This composition, I believe, contains the fire, the pulse, and all that I felt as I heard the tune in my head with the movement of her body. It’s the last piece ; then I return to my true self and it’s all over but the music. "
Charles Mingus

Ysabel's Table Dance

Charles Mingus (contrebasse), Lonnie Elder (voix), Ysabel Morel (castagnettes), Clarence Shaw (trompette), Jimmy Knepper (trombone), Curtis Porter (saxophone alto), Bill Triglia (piano), Dannie Richmond (batterie), Frank Dunlop (percussions)
Tijuana Moods - RCA/Victor - 1962

2.7.09

Dozo



Tout se passera dans un lieu étranger, une ville peuplée uniquement de gens, de morts, de blattes et d'Untermenschen.

(...)

Cette mort sera pour vous le début d'une longue existence sans issue. Sans perspective et sans issue.



Antoine Volodine, Dondog, Seuil, 2004.

16.6.09

La soupe à la grimace


— Mais on ne peut pas s'y fier. Les femmes sont bêtes, même celles qui paraissent intelligentes.
— Ne dis pas cela, je fais mon possible pour ne pas songer au pire.


Junichirô Tanizaki, Le Goût des orties, Gallimard, coll. "L'Imaginaire", 1928 (1959 pour la traduction française).

11.6.09

Un chat passant parmi les livres


Aussi mobile sur l'océan

la maison de Charlot et de Big Jim

bientôt celle de Georgia

messieurs éternels émigrants

sont-ils sur un Titanic ?

du moins une ville flottante

île à hélice, Ellis Island

les vents en copropriété

les ouvertures, les dangers

les mobiliers vissés au sol

"sans lesquels je ne peux pas vivre".


Jacques Jouet, "Les maisons de Charlot dans La ruée vers l'or", Pagaille, Geste (revue éditée par l'association Gestuelles 2004) n°05, Automne 2008.

6.6.09

Ses quinquets sont en biais

Le travail pour lui c'est la chose

La plus sacrée : il y touche pas.

Fréhel, "Tel qu'il est", 1936.

2.6.09

Le saviez-vous ?


Personne ne peut se sentir soulagé quand un enfant meurt, allègue Remigio. Si demain je me pends à l'avocatier, tu seras soulagé ? Si les gendarmes viennent me chercher, tu seras content ? Lucio se met à rire. On dirait que tu lis des romans américains, dit-il, tu parles comme leurs personnages. Depuis que Folsom est mort, les Américains écrivent des mélodrames sur des parents égoïstes, vicieux ou pleins de manies et sur des enfants qui en souffrent les conséquences. Toute une génération d'écrivains employée à dénigrer ses parents.

(...)

Savez-vous que, sur vingt-huit pages publiées, on n'en lit qu'une ? Car il y a les livres qu'on offre à des gens qui ne lisent pas, d'autres échouent dans une bibliothèque sans lecteurs, on en achète pour remplir des étagères, certains sont offerts pour l'achat d'un autre produit, le lecteur se lasse dès le premier chapitre, ils ne sortent jamais de l'entrepôt de l'imprimeur, ou bien les livres sont achetés sur un coup de tête.

(...)

Une femme ne s'intéresse pas à un homme pour le sauver. Comme employé peut-être, conclut-elle, mais quand il s'agit d'aimer un homme, qu'il soit une bonne âme, c'est secondaire.


David Toscana, El último lector, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo, Zulma, 2009.

27.5.09

Dans la mémoire de mon téléphone - sixième

Huit propositions qui fixent le temps, puisque le moderne est une future vieillerie :



23.5.09

"L'imperfection propre à tout ce qui vit"



Elle se lève. Très haut dans le ciel une petite croix d'argent brille et fait en avançant un bruit de velours qu'on déchire. Il la regarde marcher le long de l'eau, tourner, revenir vers lui - ce corps menu, contractile ; dissimulant (derrière le poli, le doré de la peau, l'innocence des petites mains ouvertes) le désordre organique, le repoussant tumulte - bruissement de sang, précaires battements de coeur -, l'imperfection propre à tout ce qui vit ; fier semble-t-il, ou en tout cas satisfait, debout sur la table, près de l'eau, dans le soleil, de son angoissante et menteuse harmonie. Elle s'approche, une mèche de cheveux noirs sur l'épaule gauche, souriante, les sourcils légèrement haussés comme pour lui demander de cesser le jeu - et lui, la gorge lourde, regarde ce corps menu, candide, cette pitoyable beauté, vers laquelle le porte cette impulsion tout aussi pitoyable, ce désir de se cacher, de ne plus se voir, de se perdre, qu'on appelle l'amour, ou encore le désir, ou encore la haine - selon les preuves qu'on en donne - et même la Foi.

Jean-René Huguenin, La côte sauvage, Seuil, 1960

18.5.09

Qui bene amat bene castigat


Il pleure pour rien
En se gavant de pommes de pin
Il se cogne à tous les coins
Qui aime bien châtie bien


Bertrand Betsch, "Le grand embarras" {http://www.virginmega.fr/musique/titre/bertrand-betsch-le-grand-embarras-102731367,page1.htm}, La Soupe à la grimace, Labels-Lithium, 1997.



12.5.09

Elles sortaient toujours de relations dont les imperfections morales et la frénésie sexuelle avaient réveillé en elles le besoin de compenser avec lui


Il faisait nuit quand il rentra chez lui pour apprendre, par son petit boîtier de reconnaissance des numéros, qu'il n'avait pas eu d'appels, pas un seul, et tout en essayant de prendre une décision à propos de la fête, il plaça de nouveau le téléphone dans sa position d'attente. Dix minutes plus tard - il développait une longue et complexe analogie entre la fête et le pitoyable premier congrès des sociaux-démocrates russes à Stockholm en 1898 - il ressentit une explosion à proximité de ses testicules. Il le savait ! Quand on attendait encore et encore - comme les révolutionnaires avaient patiemment attendu - on était récompensés dans cette vie.

" Moufka ?"

C'était Sacha. Oh oui, c'était elle. Et son coeur s'emplit de larmes.


(...)


"T'es où ? a-t-elle demandé.

- J'arrive à York, patrie de la plaque d'acier de vingt kilos.

- En Pennsylvannie ?

- Oui. Ça roule beaucoup mieux sur la 78 que sur la 95.

- Au milieu de la nuit ?

- Ecoute, c'est comme ça qu'on fonctionne.

- Pourquoi t'as pas appelé ton oncle ?

- Parce que je l'ai pas appelé. Et je l'appelerai pas. Il n'a pas voté à la dernière élection. Il s'est abstenu.

- Il a fait ça ?

- Ouais. Il a dit que ça faisait pas de différence qui était Président.

- Il a dit ça ? " Arielle est restée muette un instant. " Bon, a-t-elle repris, on se vengera en faisant chez lui des choses terribles qu'il désapprouverait.

- Il vient d'Union Soviétique, Arielle. C'étaient des athées. Il ne désapprouve rien en dehors de l'argent.

- On commandera des repas hors de prix.

- À Washington Heights ?

- On jettera de l'argent dans la cheminée.

- Je l'appelerai pas.

- Arf ", a fait Arielle.

Sa façon de le prononcer m' a plu. " Refais-le, ai-je dit. Refais ce bruit.

- Non ", a dit Arielle, puis elle m'a rendu à la route et à moi-même.


(...)


La thèse de Mark, tout compte fait, portait sur Ronan Sidorovitch, "le comique menchevik". Lénine l'avait surnommé ainsi, menchevitskiy khakhmach, en 1911. Sidorovitch s'en amusa. "Je préfère être un menchevitskiy khakhmach, avait-il dit (à des amis), plutôt qu'un bolchevitskiy palach." Je préfère être un comique menchevik qu'un boureau bolchevik. Oups.


Keith Gessen, La Fabrique des jeunes gens tristes, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Stéphane Roques, II, "Mark : Parfois comme Liebknecht" et " Keith : Oncle Micha", III, "Mark : Phénoménologie de l'esprit", L'Olivier, 2009.

10.5.09

On livre inculte


Mais la langue pour moi est tout sauf un caniche,
Car la mort nous attend au bout de l'hémistiche.


Claro, note de traduction du roman de Vikram Seth Golden Gate, Grasset, 2009.

2.5.09

Une ordure

Le bon truc, c'est de donner une fois à la nouvelle nana tout ce qu'elle peut désirer, de sorte que sachant que tu en es capable, elle va passer son temps à se maudire intérieurement de ne pas réussir à réactiver ta passion pour elle.
Les meilleurs amants savent bien qu'il suffit d'être une fois un bon amant.
Assure le coup la première fois, et aprés, tu pourras quasiment en faire ce que tu veux.
Elles finiront par picoler en declarant que tu n'es qu'un sale con d'égoïste, cela généralement aprés des années d'auto analyse infructueuses, mais d'ici là, tu en auras eu ta dose et tu seras déjà en train d'en tringler une autre.

Irvine Welsh - Une Ordure (Filth) - Traduction Alain Defossé - Points - 1988

28.4.09

Codes Postaux


92 kilogrammes dans l'zen /

9,3 centilitres d'alcool dans l'sang


Booba, "Ouest Side" (2006) /
Sefyu, "La Légende" (2006).

23.4.09

Dialogue ternaire



L'écrivain doit être maudit, il arpente les rues, relève les mots collés sur les réverbères.


Jean Echenoz, cité par François Bon dans Comment nous avons inventé Pierre Michon et pourquoi, Publie.net, 2009{http://calameo.com/books/0000060417139e0daac28}.

20.4.09

Cosa fatal


Marie Darrieussecq a présenté ses excuses aux éditions Verticales pour le papier ravageur des Inrocks sur François Bégaudeau. "Ces propos n'engagent ni les lecteurs, ni les auteurs-chouchous du journal", a-t-elle indiqué.


La Vipère, "Miscellanées, suite" (lundi 20 avril 2009), in Le blog de La Vipère littéraire {
http://vipere-litteraire.over-blog.com/}

14.4.09

Dialogue précaire


Mais je n’emporterais aucun livre sur l’île déserte ! Enfin un monde sans concurrence !


Eric Chevillard, "536" (lundi 13 avril 2009), in L'autofictif {http://l-autofictif.over-blog.com/}

6.4.09

That sea

En traversant les petites ruelles qui mènent au casino, je suis passé devant chez Oum-Sami, la couturière dont le mari avait filé avec une femme de chambre égyptienne. Elle était occupée à planter des épingles dans la robe blanche d'une jeune fille qui se marierait dans une chapelle exiguë, au son d'un enregistrement de cloches électroniques de mauvaise qualité qui grésillerait sans doute comme un vieux disque des années 1930 ; le père avait accepté pour gendre un ingénieur canadien entre deux âges, la mère s'affairait à pétrir de la pâte, à rassembler des chaises et à hacher le persil en vue du grand jour, le frère s'apprêtait à tirer des coups de fusil en l'air pour célébrer le dépucelage officiel de sa petite soeur et le cousin, dans sa longue voiture rutilante, allait la conduire à l'autel puis jusqu'à un navire sur la Méditerranée. Cette mer emplie de larmes de pharaons, d'épaves de vaisseaux pirates, d'ossements d'escalves, où se déversaient des rivières d'eau usées charriant des tampons hygiéniques français.



Rawi Hage, De Niro's Game, traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot, Denoël, 2008.

30.3.09

Devoir à la maison

Je me répète sans cesse ces deux phrases de William Saroyan, veilles de soixante-dix ans et dont le sens n'est pas certain pour moi : « Invite la vertu au cœur de quiconque aura été plongé dans la détresse et le silence par la honte et la terreur du monde. Ignore l’évidence, car elle est indigne de l’œil clairvoyant et du bon cœur. » Peut-être y a-t-il derrière ces deux phrases une clé ouvrant vers d’autres contrées de l’esprit ? Ou alors est-ce seulement cette manie qui est la mienne, celle qui consiste à doter ce que je ne comprends pas d’une aura de magie et de fascination ? Quoi qu’il en soit je ne peux empêcher leur récitation intérieure, ce qui suggère bientôt qu’elle forment pour moi une conduite à prendre. Que je le veuille ou non, je dois chercher autour de moi les traces de détresse, surmonter l’obstacle de la facilité et me montrer de bon conseil. Je pourrais jeter mon dévolu sur ce jeune homme, que je vois tous les jours assis au même arrêt de bus. Je l’observe de temps en temps depuis la fenêtre de ma cuisine. Il a tout le temps l’air ailleurs, insouciant. Ou plutôt inderdit. N’est-ce pas là la détresse et le silence dont parle le dramaturge ? Tout semble faire croire que ce jeune homme est là, parmi nous, alors qu’il n’est pas là. Il me fait penser à ces militants permanents, prêts à n’importe quoi pour ne pas ressembler aux autres gens. Contre la vie, contre le monde. Faire d’eux des suicidaires, ou même des nihilistes, serait trop réducteur – et revoilà le vice de l’évidence. Ce jeune homme refuse de prendre le risque suprême, celui d’avouer qu’il a peur d’exister, peur que son existence soit douloureuse pour lui et ceux qui l’entourent. Mais cela tombe bien car ma tarte est enfournée et dans le quartier ma réputation n’est plus à faire : je vais aller voir ce jeune homme, lui parler doucement, lui prodiguer un doux baiser et lui murmurer « Tout va bien se passer ; même si tu meurs. Rien ne mourra. ».

24.3.09

Et si nous tenions là le plus bel intertitre romanesque ?


Tout est la faute
de Caroline Yessayan


Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, {page 51}, Flammarion, 1998.

13.3.09

Reclining dude



One cannot evade knowing what shortly awaits one.

(...)

It's not the sex that's the corruption -it's the rest. Sex isn't just friction and shallow fun. Sex is also a revenge on death. Don't forget death. Don't ever forget it. Yes, sex too is limited in its power. I know very well how limited. But tell me, what power is greater?


Philip Roth, The Dying Animal, Random House, 2001.

6.3.09

Portable soul


"Arriver en fin de vie et être obligés d'avoir peur, je trouve que c'est pas valable."


Soir 3, édition du 4 mars 2009, sujet traitant des antennes-relai du Vaucluse.

3.3.09

Late night walk

Pour mes dernières heures de liberté, avant que les affres des répétitions accaparent mon esprit, avant qu'ils me précipitent dans un état d'irritation permanente, j'ai décidé, en dépit de la fatigue qui plombe l'usage de mes muscles, de profiter de l'obscurité de la nuit et de m'offrir, sans attendre, une promenade dans les environs de la ville. Il y a toujours un moment, au milieu d'une nuit d'insomnie, quand la fièvre se répand dans l'organisme, où la superficie d'une chambre se divise par deux, où les murs se rapprochent les uns des autres, où le plafond entame une lente descente vers le sol ; un moment où le regard, inutilement alerte, comblé de sollicitations, flotte en permanence au-dessus des choses, tourne autour d'elles, puis tombe sans jamais pouvoir les fixer ; un moment où le craquement des meubles, si discret pendant la journée, si raisonnable, devient perceptible, de plus en plus audible, bruyant au point d'éclipser le sifflement de ma propre respiration.

Oliver Rohe, Un peuple en petit, Gallimard, 2009

26.2.09

Ouvrez la parenthèse


Je comprends les raisons de sécurité, les impératifs techniques ; je comprends les raisons qui conduiront progressivement à une gestation in vitro ; je me permets juste, à ce sujet, une légère manifestation de nostalgie. Auront-ils, mes petits chéris nés si loins d'elle, auront-ils encore le goût de la chatte ? Je l'espère pour eux, je l'espère de tout mon coeur. Il y a beaucoup de joies dans ce monde, mais il y a peu de plaisirs - et si peu qui ne fassent aucun mal.
Fin de la parenthèse humaniste.


Michel Houellebecq, "Consolation technique", Lanzarote et autres textes, Librio, 2002 ; repris dans Interventions 2, traces, Flammarion, 2009.

18.2.09

12.2.09

Emmanuelle Béart nue naked sextape xxx


La beauté est une chose sévère et difficile qui ne se laisse point atteindre ainsi ; il faut attendre des heures, l'épier, la presser et l'enlacer étroitement pour la forcer à se rendre.
La forme est un Protée bien plus insaisissable et plus fertile en replis que le Protée de la fable ; ce n'est qu'après de longs combats qu'on peut la contraindre à se montrer sous son véritable aspect ; vous autres, vous vous contentez de la première apparence qu'elle vous livre, ou tout au plus de la seconde, ou de la troisième ; ce n'est pas ainsi qu'agissent les victorieux lutteurs ! Ces peintres invaincus ne se laissent pas tromper à tous ces faux-fuyants ; ils persévèrent jusqu'à ce que la nature en soit réduite à se montrer toute nue et dans son véritable esprit.

Honoré de Balzac, Le chef d'œuvre inconnu, 1831

Légende photo : Michel Piccoli et Emmanuelle Béart dans La Belle Noiseuse (Jacques Rivette, 1991)

5.2.09

Mon sovkhoze pour un peu de pemmican


Dès qu'ils furent de l'autre côté de la Porte Marachvili, le blanchoiement de toutes choses sous les rayons lunaires s'atténua. Les rues avaient rétéréci. L'éclairage urbain avait des défaillances. On devait parcourir des dizaines, et parfois des centaines de mètres dans l'ombre, au petit bonheur. Les trottoirs et la chaussée étaient jonchés d'épaves. Souvent on frôlait des drogués des deux sexes, affalés dans leur vomi et leurs rêves. Quand l'obscurité était profonde, des oiseaux la colonisaient : des mouettes obèses, gigantesques, des corneilles monstrueuses, des chouettes, des poules ; elles recouvraient de larges portions du sol, constituant des groupes compacts qui protestaient contre les intrusions et interdisaient le passae à coups de bec. On marchait au milieu de gloussements et des cris.

(...)
Et aussi, lorsque nous nous tenions près d'elle et sans forcément songer à l'exprimer, nous comprenions que quelque chose d'essentiel nous avait autrefois échappé, et nous nous sentions nostalgiques d'un ailleurs, comme si, au cours de notre existence faite de mauvais voyages et de mauvaises guerres, d'insurrections écrasées et d'atroces défaites, nous avions raté un aiguillage qui aurait pu nous conduire à elle sans douleur, sans cicatrices et sans avoir vieilli dans le naufrage.

(...)

Pour un spectateur non soupçonneux,c'était simplement un de ces jeunes êtres au sexe interchangeable, chômeurs ou non, qui émergent d'un chantier ou d'un ghetto, avec en tête de la musique, de la misère, et, parmi un fatras d'idées imprécises, la revendication qu'on en finisse au plus vite avec tout.

(...)

Il est exclu d'aller dormir. Il serait vain d'entamer un livre puisqu'on ne le finirait pas. Il est déconseillé de fatiguer de nouveau son corps dans un énième entraînement de close-combat. On a eu, d'autre part, la décence de ne pas organiser, avec ses collègues et camarades, une cérémonie d'adieu. Quant à s'agenouiller en face d'un mur pour méditer, on se l'interdit volontiers, tant il paraît ce soir imbécile de peiner pour apercevoir d'illusoires ténèbres, alors qu'avant la fin de la nuit on va être très efficacement et très concrètement jeté au coeur de l'espace noir.

(...)

Un demi-siècle, c'est des milliers de bifurcations possibles. Des bifurcations fondamentales. Et si l'enfant naît dans une famille de délinquants ? Et si, au lieu de suivre le parcours que les Organes ont prévu pour lui, il dévie complètement ?S'il rejoint des bandes de criminels ? S'il devient fou ?

(...)

Les murs et le sol frémissaient.
La chaudière grondait à l'étage inférieur.
Elle gronda ainsi jusqu'à ce que Mevlido s'assoupisse et, même alors, la vibration se prolongea, la musique des flammes ne se tut pas, cette mélodie de destruction et de voyage qui de toute façon est en nous, depuis toujours, et qu'au moment du sommeil chacun confond tantôt avec sa propre expérience, tantôt avec sa propre mort.

(...)
Un narrateur omniscient ou même une araignée depuis sa toile nous auraient sans doute jugés morts d'asphyxie ou de solitude duelle, ou évanouis après un excès de jouissance, encore emmêlés dans nos restes animaux, avec autour de nous les puanteurs stagnantes que nos corps avaient produites, avec sur nous des résidus d'excrétions, et, en nous, le souvenir noir d'ailes crissantes, de membranes écartelées, de muqueuses exhalant leurs dernières rosées avant la torpeur.
(...)
Au-dessus de ma tête le tube de néon papillonait un message en une langue morse laiteuse dont je ne possédais pas les clés. Comme il n'était pas question de confier à qui que ce fût le détail de mes aventures, j'inventais à voix basse des cauchemars que je racontais aux araignées, toujours présentes, et aux rats, quand ils étaient là. Mes histoires ne les intéressaient pas, je m'en rendais compte à la fixité de leur regard rougeâtre qui soudain devenait insultante. Bien vite il me semblait avoir épuisé l'essentiel de ma narration, et je me taisais.
(...)
Sur Terre, à présent, l'esclavage, les camps de survivants, le chaos, l'humiliation et le meurtre de masse n'ont plus cours. Les hominidés et leurs pratiques assassines, les hominidés et leurs discours cyniques ne sont plus qu'un souvenir. L'espèce dominante ne soulève jamais la question du bonheur ou du malheur, ce qui fait que, d'une certaine manière, elle est réglée.
(...)
Dans une foule, où que l'on soit, il y a toujours un homme seul ou une femme seule. C'est peut-être vous, et c'est souvent vous, mais, parfois, c'est quelqu'un d'autre. Cela dépend de l'humeur de la foule plus que de la vôtre.
(...)
Même quand une foule devient un organisme collectif qui ne pense plus qu'au combat ou à la parole, il y a toujours en elle une femme seule qui reste seule.



Antoine Volodine, Songes de Mevlido, Seuil, 2007.

2.2.09

Hyperballad


It is the driving on empty roads that does this to him, sends him to fantasy lands. Other people do it jogging or swimming or sitting on public transport; he does it drinving.

(...)

And he finds, weeks later, that he has developed another habit: he no longer follows the rythm of night and day, but sleeps when the urge takes him, catching a few hours at a time, here and there, be they light or dark.


Julia Leigh, The Hunter, Faber and Faber, 1999.

27.1.09

Effets indésirables

"Hallucinations, réaction maniaque (surexcitation générale), confusion mentale, agitation, anxiété, nervosité, troubles de la concentration et du cours de la pensée, attaques de panique (ces symptômes peuvent également faire partie de votre maladie)."

Il est intéressant de constater que la meilleure littérature du vingtième siècle se trouve résumée, de façon étonnamment concise, dans le mode d'emploi du Prozac à la rubrique "effets indésirables" : la prose de Kafka comme une extraordinaire attaque de panique à peine maîtrisée par la parole. L'anxiété hallucinatoire du détail chez Proust. Le trouble du cours de la pensée dans le phrasé aphasique de Beckett.

Giulio Minghini, Fake, Allia, 2009

23.1.09

Rêve barré


Le seul honnête enjeu - et le seul véritable - à part le rêve - de la littérature, c'est de se souvenir où, quand et qui frappa pour nous. Et fit du même coup que nous nous en crûmes dispensés.


Thomas Barré, Impératifs, Les Perséides, Collection "art bref", 2008.

18.1.09

L'Amour, visions désenchantées

«L’amour a la vertu de dénuder non pas deux amants l’un en face de l’autre, mais chacun des deux devant soi-même.»

«On ne se tue pas par amour pour une femme. On se tue parce qu'un amour, n'importe quel amour, nous révèle dans notre nudité, dans notre misère, dans notre état désarmé, dans notre néant.»

«Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours.»

Cesare Pavese - Le métier de vivre - 1952 (posthume)

14.1.09

Trois corps en avant


Faites comme nous l'expérience : en trois jours, visionnez successivement Vers le sud, Manderlay et Tartina City. Au centre de chacun des métrages vous verrez surgir un corps, qui, à sa manière, emporte tout sur son passage ; pas étonnant qu'une indication géographique se trouve dans les trois titres. Dans l'ordre, Legba, qui venait d'avoir dix-huit ans, fait commerce de ses charmes haïtiens jusqu'à créer autour de lui les élements d'une tragédie antique. Timothy, fraîchement affranchi, fait planer très longtemps le doute sur son origine ethnique précise, la nuance étant à la lettre près (munsi et mansi sont sur un bateau). Koulbou enfin, amateur de mort et de bulles de savon, pratique une culture physique qui dénote quelque peu avec ses exactions commises sur des prisonniers à qui son inventivité dans la torture fait regretter toute existence matérielle. Pour eux tous, la charge sexuelle est tantôt une marchandise, tantôt un malentendu, tantôt le fruit du pouvoir. Est-ce un signe si, à la fin, ces trois corps sont rudoyés (par le plomb, par le cuir, par l'eau) ? Pour diverses raisons, l'energie qu'ils dégagent ne peut pas être contenue par l'environnement qui les entoure. Et même si à leurs atours s'ajoute une clairvoyance et une ruse non négligeables, la façon qu'ils ont de tomber est d'aller trop loin, de prendre des risques : par faiblesse, par cupidité ou par perversion.

Figures mémorables, en tout cas, sous un soleil abrutissant : l'une envoûtante, l'autre troublante et la dernière terrifiante.






  • Vers le sud, de Laurent Cantet (2005), avec Ménothy César, Charlotte Rampling, Lys Ambroise, Karen Young.

  • Manderlay, de Lars Von Trier (2005), avec Isaach de Bankolé (notre photo), Bryce Dallas Howard, Willem Dafoe, Lauren Bacall.

  • Tartina City (N'Djamena City), d'Issa Serge Coelo (2008), avec Youssou Djaoro, Billy Joséphine, Felkissam Mahamat, Adama Rahama.

4.1.09

Dialogue warholien

Philip had some philosophical idea he had evidently ben developing in the course of the evening and now I was going to hear about it. 


He said, "I've figured out a whole philosophy on the idea of waste as evil and creation as good. So long as you are creating something it is good. The only sin is waste of your potentialitites."

That sounded pretty silly to me so I said, "Well of course i'm just a befuddled bartender, but what about Lifebuoy soap ads, they're creations all right."

And he said, "Yeah, but you see, that's what you call wasteful creation. It's all dichotomized. Then there's creatve waste, such as talking to you know."

So I said, "Yeah, but where are your criteria to tell waste from creation ? Anybody can say that he's doing a creation whereas what everybody else is doing waste. The thing is so general, i don't mean a thing."

Well, that seemed to hit him right between the eyes. I guess he hadn't been getting much opposition. At any rate he dropped the philosophy and I was glad to see it go because such ideas belong in the "I don't want to hear about it" department as far as I'm concerned.

William S. Burroughs & Jack Kerouac, And the hippos were boiled in their tanks, Penguin Books, 2008