31.7.10

Dans la mémoire de mon téléphone - douzième


Huit mises en contexte de ce qui s'est passé ailleurs et qui modifie tout :









24.7.10

Quand les habitants de la planète seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain.




Cette région est pleine de petites filles. Il en sort de tous les arbres fruitiers. Il ne faut pas dire qu'elles sont moches. Elles sont moches, mais ce sont des Lorraines et ce mot est si gentil qu'il faut leur sourire.
Moi, je ne leur souris pas. J'ai ri une minute parce que deux hussards se disputaient pour inviter Germaine, la servante du café, qui est une grande fille veule et belle, mais on doit dire qu'elle est laide, à cause de son prénom. Quelle imagination pour trouver des raisons de se battre !
Je comprendrais encore s'il s'agissait d'une actrice célèbre ou de la reine Marie-Antoinette. Ces divinités agitent la plupart des hommes : il est agréable, il est urgent de tromper l'humanité avec Marlène Dietrich. Mais cette petite servante ! Quand les habitants de la planète seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant, je préfère rester fasciste, bien que ce soir baroque et fatigant.

Roger Nimier, Le Hussard Bleu, Gallimard, 1950

21.7.10

Artaud, baby

Nous avons moins besoin d'adeptes actifs que d'adeptes bouleversés

Antonin Artaud, La Révolution Surréaliste numéro 3, in Œuvres Complètes 1-2, éditions Gallimard, 1965

18.7.10

Par exemple

Mon petit garçon.

Je contemple ces trois mots, ça me submerge, un peu comme les toiles monochromes noires peintes par Rothko à la fin de sa vie ? Ou alors ce bleu de Klein ? Et puis je n'aime pas ce que j'ai vu et je me dis que je ne suis qu'un con et je vois à la place un tableau de Chagall ! Des anges des mariés une chèvre un rabbin un violoniste ! Vert rouge jaune blanc ! Pas de noir ! Je pense que je ne vais pas tenir le coup jusqu'à ce qu'il ait dix-neuf ans, par exemple. Ça me ronge et m'affole. Je me sens cloué où je suis et je n'ai pas voulu y être, écarté du destin de mon petit garçon.


Richard Morgiève, Mon petit garçon, Editions Joëlle Losfeld, 2002.

12.7.10

Happiness where are you I do not have a clue



On s'accroche donc à cette unique chose qui donne cet oubli total de soi-même qu'on appelle le bonheur. Mais lorsqu'on s'y accroche, il se change à son tour en cauchemar, parce qu'on veut alors s'en libérer. On ne veut pas en devenir esclave.


Krishnamurti, De l'amour et de la solitude, cité par Denis Robert en épigraphe de son roman
Le bonheur, Les Arènes, 2000.

10.7.10

Le post-yoknapatawphisme en une leçon, cette leçon


Un doux dingue américain qui "n'arrivait pas à oublier le 11-Septembre", écrit "Le Figaro" (17/6), a été arrêté, la semaine dernière, dans la zone frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, où il était "parti à la chasse à Oussama Ben Laden". Outre un pistolet, un sabre et un poignard, Gary Brooks Faulkner était équipé d'un livre de prières (chrétiennes) et d'un peu de haschich. C'est bête, en Afghanistan, il aurait pu carrément faire le plein d'héroïne.


"Le Canard enchaîné", 23 juin 2010.

13.6.10

"Le XXIème siècle sera louche ou ne sera pas" (Jean-Daniel Dugommier)


Plus près de la mort que de mon premier jour, et malgré que mon existence ait été une bonne cuvée, grâce à travail et joies simples, saines, je quitterai, je crois, cette Terre sans trop de regrets, en évitant d'avoir pensée pour mes semblables dont tellement crèvent de faim, de manque de libertés, de respect, résultats d'une politique mondiale où la plupart des dirigeants, à l'esprit tortueux, machiavélique, sont plus enclins au mal qu'au bien, et profite à outrance, à gogo, des gogos de la bêtise humaine.


Revue louche (objet sous-réaliste) n°3, Dossier Gaëtan Barthélémy, Epilogue "Fermons le Ban!", novembre 2005.

6.6.10

Sic semper tyrannis !



U. Pourquoi mourir dans un théâtre où vous n'alliez jamais ?
V. Pourquoi l'acteur crève-t-il dans une grange à bestiaux ?
W. Vous expirez. La mort vous confère l'immortalité.
X. Un balle tirée par les soldats en rage frappe l'acteur sudiste.
La Confédération meurt avec lui.
Y. Vous vous apprêtez à sortir authéâtre. Votre femme aimerait mieux rester dîner avec vous, en famille, "ou alors allons plutôt voir une pièce sérieuse, chéri. - Non, j'ai envie de rire ce soir", lui répondez-vous.
Z. Tu as de la chance, John Wilkes Booth, tu n'es pas mort au bout d'une corde, comme les infâmes.


Thomas Clerc, "L'homme qui tua le président des Etats-Unis" in L'homme qui tua Roland Barthes, L'Arbalète-Gallimard, 2010.

2.6.10

Hopscotch



What you figure?
That this chalky outline on the ground is a father figure?


Cannibal Ox (Vast Aire line), "Iron Galaxy" on The Cold Vein, Def Jux, 2001.

16.5.10

Foe

4. Pire que l'architecte, il y a l'urbaniste. L'architecte ne sévit qu'à l'échelle d'un immeuble. Mais l'urbaniste nuit à la ville entière.
5. Le résultat de siècles d'architecture et d'urbanisme : des citadins réduits par la routine au rôle d'usagers. Des villes d'aliénés.


Robinson

1. Robinson : un bricoleur. Un débrouillard. Un aliéné qui, pressé par les circonstances, s'émancipe.

2. Une ville de Robinsons : assurément mieux qu'une ville d'aliénés. Pourtant Robinson s'arrête en chemin. Examinons un instant son île, une fois civilisée. A quoi ressemble-t-elle ? A n'importe quelle autre île civilisée. Robinson a rebâti l'ordre ancien, à l'identique. Il s'est comporté en architecte.



Sylvain Prudhomme, L'affaire Furtif, Burozoïque, coll. Le répertoire des îles, 2010.

13.5.10

149


Mes pas dans cette rue
Résonnent
Dans un autre rue
J'entends mes pas
Passer dans cette rue
Il n'y a rien d'autre que la brume.


Octavio Paz, cité par Julio Cortázar in Marelle, Gallimard-L'Imaginaire, 1963.

6.5.10

***


Nous n'étions pas amoureux, nous faisions l'amour avec virtuosité, détachement et esprit critique, mais après nous tombions dans des silences terribles et l'écume de la bière dans nos verres devenait de l'étoupe, tiédissait et rétrécissait, et nous nous regardions en sentant que c'était cela le temps.

(...)


Pendant des semaines ou des mois (le compte des jours [lui] échappait, heureux donc sans futur), ils marchèrent inlassablement à travers Paris, regardant les choses, laissant arriver ce qui devait arriver, s'aimant et se disputant, le tout en marge des événements, des obligations familiales et de toute contrainte fiscale et morale.


Julio Cortázar, Marelle, Gallimard-L'Imaginaire, 1963.

28.4.10

À rebours

La Bièvre représente aujourd'hui le plus parfait symbole de la misère féminine exploitée par une grande ville. Née dans l'étang de Saint-Quentin, près de Trappes, elle court, fluette, dans la vallée qui porte son nom, et mythologiquement, on se la figure, incarnée en une fillette à peine pubère, en une naïade toute petite, jouant encore à la poupée, sous des saules.

(...)


Symbole de la misérable condition des femmes attirées dans le guet-apens des villes, la Bièvre n'est-elle pas aussi l'emblématique image de ces races abbatiales, de ces vieilles familles, de ces castes de dignitaires qui sont peu à peu tombées et qui ont fini, de chutes en chutes, par s'interner dans l'inavouable boue d'un fructueux commerce ?


Joris-Karl Huysmans, "La Bièvre" in
La Bièvre et Saint-Séverin, Stock, 1898.

18.4.10

Dans la mémoire de mon téléphone - dixième

Huit façons de considérer qu'arrêter de fumer prend du temps :











16.4.10

I told em to trust me / And they tried to deceive me

Dans la langue anglaise "to deceive" signifie "tromper", "induire en erreur".

Celui qui se plaint d'avoir été déçu se sent en fait trahi.


J.-B. Pontalis, En marge des nuits, Gallimard, 2010.

10.4.10

Les signes parmi nous



si un homme
si
un homme
traversait
le paradis
en songe

qu'il reçût une fleur
comme preuve
de son passage
et qu'à son réveil
il trouvât
cette fleur
dans ses mains

que dire
alors
j'étais
cet homme


Jean-Luc Godard (citant Borges), Histoire(s) du cinéma, Gallimard-Gaumont, 1998.

6.4.10

Ma petite maman


Et maintenant, que faire ? Le diable m'emporte encore une fois. Je n'avais jamais dessiné de ma vie d'après modèle vivant, sauf deux personnes : mon père et le barbier qui venait chez nous. Comment tout cela allait-il finir ? hein, ma petite maman ? - demandai-je de loin à ma mère.

- Tant pis, - me dis-je, - et trois fois tant pis. La vie est orageuse, il faudra bien en passer par là aussi.


Milán Füst, L'Histoire d'une solitude (1956), traduit du hongrois par Sophie Aude, Cambourakis, 2007.

31.3.10

"En deux mots"


(...) il n'oubliait jamais le nom des rues et les numéros des immeubles. C'était sa manière à lui de lutter contre l'indifférence et l'anonymat des grandes villes, et peut-être aussi contre les incertitudes de la vie.


Patrick Modiano, L'Horizon, Gallimard, 2010.

17.3.10

Point d'exclamation


Cent vingt ans, des décennies sans nombre à parcourir la selve infinie qui avait recouvert le globe, qui s'était emparée de tous les continents à la fois, de l'Arabie à Kolombo, de Tchikagow à Lissabonne !

Une interminable progression ! De Petrograd à Petrograd !

(...)

Pour les comploteurs armés - la sévérité impitoyable du plomb !

Pour les polémistes - la mansuétude loyale de l'encre !

Pour les sorciers de petite envergure - le mépris de ceux qui veillent !


Antoine Volodine, Un Navire de nulle part, Denoël, coll. Présence du futur, 1986.

5.3.10

East of Eden



Aucun personnage important de La Comédie humaine n'habite l'est de Paris. S['il] est souvent cité, c'est de manière métaphorique.


Eric Hazan, L'invention de Paris. Il n'y a pas de pas perdus, Seuil, 2002.

27.2.10

ça d'âme


- Aviez-vous pour habitude de voyager en limousine ?
- Je préfère laisser ça à l'Histoire

La Chute, Saddam Hussein - Interrogatoires par le FBI, éditions Inculte, 2010

24.2.10

Caer



Combien nous affligent et nous navrent ces nouvelles générations d'incapables ! Au moins autant que les anciennes, celles de nos pères et aïeux - que nos fosses d'aisance s'ouvrent pour leur offrir une digne sépulture ! Nous n'avons pas le culte de nos ancêtres à Choir. Plus exactement, nous les haïssons.

Nous haïssons ces nomades - d'où venus ? par quelles gluantes filières ? qui crurent bon de fixer leur camp sur cette île à peu près inculte - et si tel fut leur choix, obéissant à de bien perverses dilections, à de très puérils augures, au moins eussent-ils pu ne pas nous l'imposer et s'abstenir de procréer, de se propager ainsi, de proliférer comme des rats incontinents, des rats chieurs de rats, et de peupler Choir. Quelle rage les animait, sans ennemis à combattre ni idoles à abattre, qu'ils dirigèrent contre leur descendance vouant leur progéniture et les enfants de leurs enfants à l'ennui irrémissible de Choir ? Nous les insultons, nous crachons tant et si bien sur leur mémoire que la pluie n'a plus de traces à effacer. Quand quelque charrue met au jour une de leurs poteries dérisoires - tous potiers, ces antiques ! -, nous les broyons, nous rendons au vent cette poignée de poussière qu'il n'aurait jamais dû leur céder, qu'il aurait dû plutôt chasser devant eux pour les empêcher de la modeler de leurs mains avides d'y manger et d'y boire.


Eric Chevillard, Choir, Minuit, 2010.

18.2.10

On fusilla des hommes sans armes sous prétexte que leurs mains sentaient la poudre



Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid de ses nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts
Charles Baudelaire, "La Cloche fêlée", Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, LXXIV.

15.2.10

La fille de Paris


Puis l'amour mort entra dans sa bouche et me dit : L'Etoile de Paris ne sera jamais ta femme.

(...)

Quand je me donnai pour la première fois à Paris, attiré par les gémissements de ma voisine du dessous, je gagnai une mesure de vie, afin de pouvoir mieux t'aimer.

(...)

Devenant une fois de plus la femme belle que j'avais aimée, elle éclata en sanglots, perdant ainsi son pouvoir de me faire du mal.


William T. Vollmann, Etoile de Paris (Paris 2004 - Sacramento 2006), poème traduit de l'américain par Claro, Actes Sud, 2010.

7.2.10

Red Paris


Blanqui en était à ce point de ne plus porter de chemise. Il avait sur le corps les mêmes habits depuis douze ans, ses habits de prison, des haillons, qu'il étalait avec un orgueil sombre dans son club. Il ne renouvelait que ses chaussures, et ses gants étaient toujours noirs... Il y avait dans cet homme un aristocrate brisé et foulé aux pieds par un démagogue... Un habileté profonde ; nulle hypocrisie. Le même dans l'intimité et en public.

Âpre, dur, sérieux, ne riant jamais, payant le respect par l'ironie, l'admiration par le sarcasme, l'amour par le dédain, et inspirant des dévouements extraordinaires. Figure sinistre... A de certains moments, ce n'était plus un homme, c'était un sorte d'apparition lugubre dans laquelle semblaient s'être incarnées toutes les haines nées de toutes les misères.





Victor Hugo, Choses vues, 1848,

(c'est nous qui soulignons).

1.2.10

L'axe Barcelone-Oviedo-Guéret

Pierre Michon est, au bon sens du terme, étrange. L'Asturien Ricardo Menéndez Salmon qui, dans l'interview où il parle de son admiration pour Michon, dit qu'il aimerait savoir pourquoi, bon an mal an, nous devons supporter de faux écrivains, l'est aussi, et avec un talent évident. Sur ce point, l'auteur de L'Offense et de Crier se montre intransigeant : "Pourquoi être si intolérant ? Parce que je refuse, comme dirait Michon, de faire du miracle profession, du talent carrière littéraire. La littérature n'est pas un métier, c'est une maladie ; on n'écrit pas pour gagner de l'argent ou plaire aux gens, mais pour essayer de se soigner, parce qu'on est infecté, parce que le tristesse s'est emparée de nous"


Enrique Vila-Matas, Journal Volubile, Christian Bourgois, 2009

26.1.10

'Jour, Nal, je suis venu te garder.


Tout journal relate la lutte d’un homme seul contre tous. Il est par conséquent destiné à séduire, circonvenir ou intoxiquer l’ennemi.


Sa vie l’ennuie. Il en tient pourtant la chronique scrupuleuse dans son journal en se disant que peut-être elle l’intéressera davantage plus tard, à la relecture.


Eric Chevillard, "775" (dimanche 10 janvier 2010, saint Guillaume) & "787" (vendredi 22 janvier 2010), in L'autofictif {http://l-autofictif.over-blog.com/}

14.1.10

Ca déchire


- Il y a vingt-deux ans que je suis libraire, et je n'ai jamais vu ça. Nous avons un système vidéo et vos exactions ont été filmées. Pouvez-vous m'expliquer ? Pourquoi détruire des livres ? Et il semble que vous ne vous attaquiez pas à n'importe quel auteur ! Vous avez quelque chose contre la littérature ?
- Pardonnez-moi. J'ai trop bu ce soir. Je ne sais pas ce qui m'a pris. C'est venu comme ça. Je n'ai pas fait exprès de choisir ces auteurs, c'est juste qu'ils se trouvaient là, sur la table. Je n'ai rien contre la littérature, au contraire et bien évidemment je vais vous dédommager des pertes subies. Vous pouvez même m'infliger une amende...
- Je pourrais aussi appeler la police et déposer plainte.
- Pour un Bolaño ?
- Pourquoi Bolaño, en particulier ?
- Avez-vous lu Etoile distante ?
- Bien sûr...
- Et vous trouvez normal qu'à la fin du livre Carlos Wieder se perde dans les brumes, grâce à l'insigne lâcheté de l'auteur ? Nul le saura jamais si le détective Romero l'a tué ou non. Comment survivre à cette énigme ?

La libraire ne put s'empêcher de sourire en haussant les sourcils. Elle alluma une cigarette en me regardant attentivement.
- Et c'est cette raison qui vous a poussé à détruire son oeuvre ?
- J'ai agi par idéalisme littéraire !
- Et que reprochez-vous à Vila-Matas ?
- La fin terrible du Voyage vertical.
- Je ne me souviens plus très bien comment Mayol s'en tire...
- Il s'en tire, comme vous dites justement, par une pirouette des plus déplaisantes... Une ligne de dialogue : "Finalement, murmura Mayol."
- Plutôt génial pour le mot de la fin...
- Je crains que nous ne puissions nous entendre.
- Et Fresan ?
- Là, c'est une insulte générale à l'art du romancier.
- Qu'entendez-vous par là ?
- Mais son personnage est une ville !

Antoni Casas Ros, Enigma, Gallimard, 2010

12.1.10

Nerd rules

L'adolescent, bon élève, aurait tenté de s'introduire dans le système de gestion des notes pour amélorer ses résultats, selon la gendarmerie.
Furieux d'avoir échoué, il aurait envoyé 40.000 mails à partir du système informatique du collège qui s'est retrouvé bloqué pendant quatre jours à partir du 30 septembre.


Liberation.fr, 12 janvier 2010
(http://www.libelille.fr/saberan/2010/01/il-pirate-le-syst%C3%A8me-informatique-du-coll%C3%A8ge-pour-modifier-ses-notes.html)

11.1.10

And the winners are


Inglorious Basterds, Quentin Tarantino
Los Abrazos rotos, Pedro Almodóvar
Still Walking, Kore-Eda Hirokazu
Antichrist, Lars Von Trier
Public Enemies, Michael Mann
35 rhums, Claire Denis
Gran Torino, Clint Eastwood
Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Løve
Ponyo
, Hayao Miyazaki
J'ai tué ma mère, Xavier Dolan


5.1.10

Air et Tic

A FRANCOIS MAURIAC

Le 14 [janvier 1933.]


Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu'il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.
Que je vous exprime d'abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.
Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher ; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d'autres gens, vous entendez d'autres voix. Pour moi, simplet, Dieu, c'est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.
Voyez combien je suis argileux et vulgaire !
Je suis écrasé par la vie, je veux qu'on le sache avant d'en crever, le reste je m'en fous, je n'ai que l'ambition d'une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c'est du yoyo.
Bien sincèrement je vous prie.

Destouches Céline

27.12.09

Femmes


Elle avait un cou de cygne, des yeux de chatte, un regard d'aigle, une taille de guêpe, des jambes de gazelle, un tempérament de lion, un caractère de chien. Pourtant, ce n'était qu'une femme.

Louis Calaferte, Choses dites, Entretiens et choix de textes, le Cherche Midi, 1997.
Photo de Mona Kuhn - http://www.monakuhn.com/

20.12.09

Et les nominés sont


Pour la catégorie "Meilleur roman francophone 2009" :

Les Onze, Pierre Michon (Verdier)
L'Enigme du retour, Dany Laferrière (Grasset)
Un dieu un animal, Jérôme Ferrari (Actes Sud)
Un homme louche, François Beaune (Verticales)
La Promesse, Hubert Mingarelli (Seuil)
BW, Lydie Salvayre (Seuil)
Warax, Pavel Hak (Seuil)
Apnées, Antoine Choplin (La Fosse aux Ours)
Un peuple en petit, Oliver Rohe (Gallimard)
Bella Ciao, Eric Holder (Seuil)

8.12.09

Titi de Montrouge


C'est dans ces habitations éloignées du mouvement central que se cachent les hommes ruinés, les misanthropes, les alchimistes, les maniaques, les rentiers bornés, et aussi quelques sages studieux, qui cherchent réellement la solitude et qui veulent vivre absolument ignorés et séparés des quartiers bruyants des spectacles.


Louis Sébastien Mercier, Tableau de Paris, 1781.

3.12.09

Black Dahlia


DÉDICACE

Il n'y a de lecteur que le lecteur pensif.
C'est à lui que je dédie mes oeuvres.
Qui que tu sois, si tu es pensif en lisant, c'est à toi que je dédie mes oeuvres.



Victor Hugo, Notes préparatoires à la rédaction de l'Homme qui Rit (1869), édition de Roger Borderie, Gallimard, coll. Folio Classique, 2002.

28.11.09

Now Redux


Quand il ne bouge plus du tout, tu t'agenouilles à ses côtés et tu lui parles encore en le caressant, tes mains sont pleines du sang et de l'ablution et tu lui révèles que certaines choses infimes ne meurent pas et sont comme des blocs d'éternité enfouies dans la fugacité des mondes et, là où le temps continue de passer, deux ou trois mois se sont peut-être écoulés et ont maintenant fait surgir un nouveau printemps.


Jérôme Ferrari, Un dieu un animal, Actes Sud, 2009.

24.11.09

Les Pas perdus ? Mais il n'y en a pas.


... à gauche le café de Paris et à droite Tortoni dont le perron, auquel on accédait par trois marches, fut l'un des lieux les plus célèbres du monde pendant cinquante ans.


Eric Hazan, L'Invention de Paris. Il n'y a pas de pas perdus, Seuil, 2002.

16.11.09

Loosh Life


J'ai toujours détesté le djembé. Même avant de naître. La frange de population qui joue de cet instrument m'est totalement alien.
(...)
Passer deux heures dans trois mètres cubes à chanter du Brassens me sidère au sens médical du terme. Je compte bien en temps et en heure organiser des championnats de solitude.

François Beaune, Un homme louche, Verticales Phase deux, 2009.{http://loucheactu.blogspot.com/}

4.11.09

Gonk!


La voix de ma mère nous accueille dès que nous tournons dans la rue, sa voix de grelot portée par l'air tiède, frémissant.

Maman, que de problèmes,
Certains connaissent des choses,
Je ne connais rien
Que de problèmes, maman !


Marie NDiaye, Mon coeur à l'étroit, Gallimard, 2007.

29.10.09

Souvent homme varie


Souvent les hommes se méprennent sur ce point précis : ils croient que les femmes qui ont de beaux yeux les regardent amoureusement.

Eric Chevillard, "707" (jeudi 29 octobre 2009), in L'autofictif {http://l-autofictif.over-blog.com/}

24.10.09

Pure perte

Esme connaissait tout de la perte, Anton en était convaincu. Par exemple la facilité avec laquelle elle oubliait les choses, comme si c'était une seconde nature - véritablement, elle faisait de l'oubli l'un des beaux-arts. La façon dont les choses dissolvaient dans son esprit, les tableaux qu'elle avait vus, les films, même leurs conversations - c'était de toute beauté. Anton avait peur, s'il restait trop longtemps en dehors de son champ de vision, qu'elle l'efface totalement. Tant elle semblait comprendre ce mouvement des choses qui allaient à leur perte. Mais si cela devait arriver, il ne disparaîtrait pas pour autant de son côté.
Esme vivait dans une démocratie absolue du visible et de l'invisible. Elle ne voulait rien du passé - le passé n'existait pas. L'absence était son art ; elle seule, à la rigueur, pouvait être perceptible. Les présences trop appuyées l'incommodaient. Elle était à l'aise dans les lacunes et les ombres. Ses livres étaient tout entier de noir et de blanc - ses livres étaient comme la plupart des livres, mais elle (pensait Anton) était loin d'être comme la plupart des gens.

Jakuta Alikavazovic, Le Londres-Louxor, L'Olivier, Janvier 2010

21.10.09

Abre los ojos


 Je suis désespéré par la contemplation du monde. J'en arrive à regretter ce qu'on appelle la sauvagerie. Il me paraîtrait plus naturel de revenir au cannibalisme, à l'arc, à l'épée, plutôt que de cautionner par mon silence la guerre d'aujourd'hui qui se veut propre. La guerre n'est pas un bilan positif sur un compte en banque. Ma révolte est inépuisable. Parfois je me dis qu'il m'aurait suffi d'avoir un visage comme tout le monde pour jouir du monde avec insouciance. Après tout, de quoi me plaindre ?

Antoni Casas Ros, Le Théorème d'Almodóvar, Gallimard, 2008.

11.10.09

Mucho Maas




Elle contemplait maintenant, suspendu en l'air au-dessus du lit, le portrait bien connu de l'oncle Sam que l'on peut voir dans tous nos bureaux de poste, avec sa lueur inquiétante dans le regard, ses joues creuses et parcheminées soudain empourprées, l'index pointé. J'ai besoin de vous - I want you. Pour quoi faire, elle n'avait jamais osé le demander (...)


Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49, Points Seuil, 1966 (trad. 1987).