15.2.14
Ce vase mais jamais de fleurs
Est-ce qu'une porte, fût-elle une merveille d'artisanat en chêne tricentenaire éminemment respectable, peut protéger un monde qui a déjà trop vécu ?
(...)
Les bavards meurent-ils en silence ?
(...)
L'homme démuni de tout se méfie des certitudes : l’expérience lui a appris qu'il en est toujours exclu.
(...)
Et personne pour faire remarquer que les chefs d'oeuvre d'enfants, ces nains à demi fous, relèvent de la psychiatrie.
(...)
Pour la petite histoire, notons que ces télégrammes figurent tous trois aujourd'hui à la place d'honneur du musée de l'Antiracisme, dans les nouveaux bâtiments de l'ONU, à Hanoi, comme les derniers témoignages d'une haine désormais punie.
(...)
Autant s'y abreuver soi-même...
(...)
La vraie Droite n'est pas sérieuse. C'est pourquoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir.
(...)
Lorsqu'on prend des attitudes, il faut saisir l'occasion de les servir. Faute de quoi l'on est pas un homme.
(...)
L'Occident, c'était cela aussi, une certaine forme de pensée précieuse, une connivence d'esthètes, une conspiration de caste, une indifférence aimable au vulgaire.
(...)
La chute de Constantinople est un malheur personnel qui nous est arrivé la semaine dernière.
Jean Raspail, Le Camp des Saints, Robert Laffont, 1973.
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20.12.13
Dernier mot
Je ferai tout pour survivre aux gens que j'aime.
(...)
La mort n'est que la vie ralentie.
(...)
Parler toutes les langues ne protège pas du pire.
(...)
La douleur est une langue commune. Chaque rage de dents, chaque mal aux pieds, chaque souffrance fait écho à la douleur de naître.
(...)
Shanghai est le chemin le plus court entre hier et demain.
(...)
Je vis en Chine la vie du dernier des Mohicans. La fin de l'art. L'avènement du folklore. La France me manque. La Chine me manque encore plus.
(...)
Le plus lointain des voyages est une prière pour les morts.
Philippe Rahmy, Béton armé, La Table Ronde, 2013.
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6.12.13
Seul à Vigo
Cette attitude était bien typique de notre monde familier : plus on était mort, plus on vous aimait.
(...)
Quand quelqu'un est mort, on dit de lui qu'il est enfin tranquille.
Fritz Zorn, Mars, Gallimard, 1977.
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18.10.13
La Croix du Sud
Aujourd'hui j'ai souvent l'impression de pourrir sur place. Je me raisonne. Au bout d'un moment cette impression se dissipe et il ne reste qu'un détachement, une sensation de calme.
(...)
Tout finit par se confondre. Les images du passé s'enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle et prend la forme d'un ballon irisé, prêt à éclater. Je me réveille en sursaut, le cœur battant. Le silence augmente mon angoisse.
Patrick Modiano, Dimanches d'août, Gallimard, 1986.
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24.9.13
Un poil dans la tête
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9.9.13
Un mot
On eût pu, à ce film sous-tiré du regretté Feydeau par les voies les plus naturelles, donner pour sous titre Au flanc du vase, à la manière de Samain, ou bien, parodiant Pirandello, Cinq personnages en quête d'odeur. L'odeur, pardon, l'auteur sacrifie tout de même un peu trop à la mode du marron. Il épuise son sujet, si j'ose ainsi parler. On souffrira que je ne m'étende pas sur cette matière, car ce vase, pour notre déveine, d'un coup d'éventail fut privé. Un mot, revenu de la morne plaine, résumerait cette nauséabonde petite histoire, la bienséance et mes convictions politiques m'interdisent de l'employer à un maréchal d'Empire*.
Richard-Pierre Bodin à propos d'On purge bébé de Jean Renoir, article paru dans Le Figaro du 19 juillet 1931.
(*) : Cambronne, dont Jean Yanne disait qu'il "ne mâchait pas ses mots. Heureusement pour lui.", ne fut en réalité que général d'Empire.
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30.6.13
Mines dormance
(...) une floraison exceptionnelle de l'objet grand objet : d'un côté les parkings du degré zéro de l'architecture et de l'autre les prouesses du grand art au service des maîtres du monde.
Jamais peut-être l'écart entre le réel du bâti à fonction sociale et l'architecture oeuvre d'art n'avait été si grand, tout se passant comme si deux mondes cohabitaient sans se voir, l'un regardant peut-être l'autre de temps en temps, le soir à la télévision, à l'heure de paillettes.
Jean-Christophe Bailly, "Pour une architecture réintégrée", La Phrase urbaine, Seuil, coll. Fictions & Cie, 2013.
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12.6.13
décret sur l'immortalité
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28.5.13
Altius
Le degré de vertu auquel un homme peut atteindre un jour est aussi inconcevable pour nous que celui auquel la force du génie peut être portée.
Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Fragment sur l'Atlantide [posthume, 1804], Paris, Garnier-Flammarion (rééd. Alain Pons), 1988.
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17.5.13
Dear Mickey Mouse...
Walt Disney ressemble irrésistiblement à son héros. Il y a en Mickey le même raffinement, une liberté du geste, de l'élégance.
(...)
La poétique épique de Chaplin - c'est le "Paradis perdu" ; la poétique de Disney - c'est le "Paradis retrouvé".
(...)
Que sont à Dingo les jeux des nuages et des nuées dans le ciel, ou la vapeur verdâtre des fantômes infiniment changeante dans la maison déserte ?
(...)
Bambi c'est un tournant vers l'extase, sérieuse, éternelle : c'est le cycle de la vie - les cycles répétitifs des vies.
Serguei Eisenstein, Walt Disney, 1941-42, texte établi par Naum Kleiman et traduit du russe par André Cabaret, Circé éd., coll. Poche, 2013.
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15.5.13
Arrière des trains courts
Iago Piret-karll n'en vint pas d'emblée au principe de l'Onirisme Horloger – ou OH. Ce fut long et, à vrai dire, tortueux. S'explique ainsi l'âpre débat épistémologique et les querelles d'historiographes qui s’en suivirent, dont l'écho parvient encore à nos oreilles. Tous les OH-séants, quoi qu'il en soit, s'accordent aujourd'hui sur un point : l'extrême prédestination biographique qu'était la sienne à devenir le théoricien que l'on sait. Sa vie, en quelque sorte, fut le terreau idéal pour fixer les connecteurs qui manquaient à nos songes. « Nous n'osions en rêver » est à cet égard le mot d'ordre le plus fréquemment cité par nos instances. PkI (nous le nommerons dorénavant selon cette acception désuète mais efficace, qui, et on peut s'en étonner, apparaît dénuée de toute portée péjorative) a mis un point d'honneur à ne jamais noter le récit de ses rêves. En retour son existence fut, chaque jour un peu plus, l'horizon projectif de songes rendus précis par l'expérience. OH (dont nous supprimons le point d'exclamation final, en vertu des minutes du troisième colloque fondamental) prit son envol dans l'atmosphère de ce que, en termes d'industrie du divertissement vingtièmiste, on nommait une saga. Est-ce un paradoxe si la joie est au final ce qui caractérise OH ? Nous devrons chercher à le savoir, quand bien même une vie de rêve n'y suffirait pas.
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4.5.13
Coquille pleine
Avant de disposer de cinq semaines de vacances, le monde du travail est passé d'une forme d'oisiveté forcée à une surcharge de travail. On travaillait moins avant la révolution industrielle, la moyenne des durées journalières de travail excédait à peine quatre heures, selon les historiens. Les fêtes religieuses, les pèlerinages et le rythmes de la vie agricole faisaient qu'on travaillait moins au Moyen Âge.
Rachid Amirou, L'Imaginaire touristique, PUF, 1995.
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26.4.13
Cité d'émeraude
« Robespierre ! Robespierre !... ah , si vous aviez vu ses yeux verts, vous l'auriez condamné comme moi. »
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19.4.13
Heureux est l’homme qui a connu la grâce
Andreï Tarkovski, "Discours sur l’Apocalypse", Londres, 1984 (paru dans Iskusstvo kino, 1989, n°2).
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3.4.13
Paysage pré-posthume
Les torts que [la race présumée raciste] subit ne sont qu'une chose : la preuve des torts qu'elle inflige.
Renaud Camus, discours prononcé le 4 novembre 2012, Le Grand Remplacement, Chez l'auteur.
| Droits : Renaud Camus (CC BY 2.0) |
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12.3.13
Collector
Jean Baudrillard, Pour une critique de l'économie politique du signe, Gallimard, 1972.
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17.2.13
Le bel Animal
"Si les bivouacs d'hiver étaient des bals parés où l'ombre des parfums exquis répand une atmosphère échauffée par le souffle de cent beautés, une délicieuse chaleur, je te demande quel mérite y aurait-il à faire la guerre ?"
Le général Jean-Baptiste Annibal Aubert-Dubayet, dit le "bel Annibal", au général Jean-Baptiste Kléber (vers 1792), cité par Jean-René Suratteau et Alain Bischoff dans Jean-François Reubell. L'Alsacien de la Révolution française, éditions du Rhin, 1995.
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28.1.13
les petits affairements d'un travail quotidien
Jean-Christophe Bailly, Description d'Olonne, Christian Bourgois éditeur, 1992.
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14.1.13
L'archipelle à tarte
On pourrait également s'attarder sur le choix du mot "totalitaire" comme disqualificateur universel, pur produit de la pensée BHL, devenue pensée des médias, qui n'a jamais eu d'autre ressource intellectuelle sous la main que de renvoyer la critique (la vraie) au totalitarisme (variante : à l'antisémitisme) - puisqu'il est bien connu que, de la critique du capitalisme au goulag, le chemin est en droite ligne.
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11.1.13
il est temps de bifurquer
Il n'y a que le sens du devoir qui puisse réellement nous maintenir en vie. Concrètement, si l'on souhaite se doter d'un devoir pratique, on doit faire en sorte que le bonheur d'un autre dépende de votre existence ; on peut par exemple essayer d'élever un enfant jeune, ou à défaut d'acheter un caniche.
(...)
En tout cas, tant que nous resterons dans une vision mécaniste et individualiste du monde, nous mourrons. Il ne me paraît pas judicieux de demeurer plus longtemps dans la souffrance et dans le mal. Cela fait cinq siècles que l'idée du moi occupe le terrain ; il est temps de bifurquer.
Michel Houellebecq, entretien avec Christophe Duchatelet et Jean-Yves Jouannais, artpress n° 199, février 1995, Les grands entretiens d'artpress. Michel Houellebecq, IMEC éditeur, 2012.
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29.12.12
Langue au chat
Tout ce qui sort des mains de l'homme, toutes espèces de choses qu'il faut pour le nourrir, pour le vêtir, pour le loger, pour l'amuser, pour l'attraper, depuis les meules de moulins, les pièces de toile, jusqu'aux bagues de verre portant au chaton un rat, vous l'y trouviez à profusion, à monceaux, à faisceaux ou en piles, dans les grands magasins voûtés, sous les arceaux des halles, dans les navires du port, ou bien dans les baraques innombrables du pré. C'était comme nous dirions, mais avec un côté plus populaire et grouillant de vie, c'était là tous les ans, au soleil de juillet, l'exposition universelle de l'industrie du Midi.
Frédéric Mistral à propos de la foire de Beaucaire, Mémoires et récits, 1906.
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4.12.12
Joconde et Jacinthe
J'ai cherché dans mes dictionnaires tout ce qui a trait aux greffes.
Beaucoup de jolis mots : par exemple Enter : "ne se dit que d'une greffe en fente ou par scion". Cela s'applique à l'évidence aux plantes, car je ne vois rien sur ta cuisse qui s'apparente à une fente ou à quelque rameau. La suite est pleine de fantaisie : Marcotter - a-t-on marcotté tes os ? Écusson : a-t-on écussonné ta peau ? Bouture - a-t-on bouturé tes nerfs ? Couronne - a-t-on couronné ton crâne ? Approche - a-t-on approché ton âme ?
Marina Vlady, Le fol enfant, Fayard, 2009.
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12.11.12
Lys brisé
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6.11.12
Gide l'obscur
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18.10.12
Lang au chat
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29.9.12
pas une vie que de ne pas bouger
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13.9.12
Frapper juste
Il est remarquable qu'il n'existe pas de soldat perdu de l'extrême gauche, laquelle ne pouvait que conduire à l'Académie française (...), au grand patronat, au pouvoir politique, aux jurys littéraires, à la version cynique de l'insignifiance.
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7.9.12
Le Sermon sur la Chute de Rome, par Jérôme Ferrari
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1.9.12
noli me tangere
Seuls les insensés, les assassins et les amants suspendent un instant leur mouvement avant d'atteindre l'autre.
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde, Verdier, 2012.
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21.8.12
alors, on a bobo ?
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6.8.12
de noite
La dame voulut expliquer que sa vie était toujours comme cela, mais elle ne savait pas ce qu'elle entendait par "cela" ou par "sa vie", et elle ne répondit pas. Pris entre le soupçon et la discrétion l'homme insista sur sa question : que faisait-elle là ? Rien, rétorqua in petto la dame, prête maintenant à s'écrouler de fatigue. Mais elle ne répondit rien, le laissant penser qu'elle était folle. D'ailleurs elle ne donnait jamais d'explications. Elle se rendait compte que l'homme la prenait pour une cinglée - et qui pourrait affirmer qu'elle n'en était pas une ? N'était-elle pas la proie de cette chose que, pudiquement, elle appelait "cela" ?
Clarice Lispector, "A la recherche d'une dignité", in Où étais-tu pendant la nuit ?, des femmes, 1974.
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21.7.12
Auto-disprezzo
Conclusion pratique : peut-on le publier ? Oui, certainement, on peut très bien le faire paraître, voire dans une édition de luxe, avec une ou deux lithographies de quelque bon peintre et il peut obtenir, après une propagande opportune dans le milieu littéraire, ce qu'on appelle d'ordinaire un succès d'estime, susciter quelques articles allant jusqu'à l'éloge, à l'enthousiasme même selon les rapports d'intérêt et d'amitié des critiques avec l'auteur. Mais le livre n'a pas de valeur. Je soulignai cette dernière phrase dans laquelle j'avais condensé tout ce que je pensais de mon récit.
Alberto Moravia, L'Amour conjugal, 1949.
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14.7.12
Courrier conjugal
On dit hautement qu'on ne veut plus ni nobles, ni titres de seigneuries, ni châteaux, ni haut clergé, etc. On a cent fois raison, et je souscris volontiers à tous ces changements ; je suis même tout disposé à donner un bon coup d'épaule pour opérer celui qui doit renverser ma marmite ; les égoïstes me taxeront de folie, qu'importe.
Gracchus Babeuf, lettre datée du 23 juillet 1789 à sa femme Marie-Anne Langlet, citée par Jean-Marc Schiappa dans Gracchus Babeuf avec les Egaux, Les Editions Ouvrières, 1991.
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4.7.12
L'Eau à la bouche bée
La légende veut que Cupidon ait donné une rose à Harpocrates, le dieu du Silence, pour lui demander de ne pas trahir les amours de Vénus. Le rose en serait devenue le symbole du silence. Autrefois on sculptait une rose au plafond des salles de banquets pour rappeler que les confidences échangées à la faveur des libations n'étaient pas destinées à courir les rues... Au XVIe siècle on prit également l'habitude de graver une rose sur les confessionnaux !
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22.6.12
Entre Foi & Charité
Les enfants ne peuvent pas marcher, mais ils savent très bien courir.
L'enfant ne pense pas même, ne sait pas qu'il dormira le soir.
Que le soir il tombera de sommeil. C'est pourtant ce sommeil.
Toujours prêt, toujours disponible, toujours présent,
Toujours en dessous, comme une bonne réserve,
Celui d'hier et celui de demain, comme une bonne nourriture d'être,
Comme un renforcement d'être, comme un réserve d'être,
Inépuisable. Toujours présente.
Celui de ce matin et celui de ce soir.
Qui lui met cette force dans les jarrets.
Ce sommeil d'avant, ce sommeil d'après
C'est ce même sommeil sans fond
Continu comme l'être même
Qui passe d'une nuit à une nuit, d'une nuit à l'autre, qui continue d'une nuit à l'autre
En passant par-dessus les jours
En ne laissant les jours que comme des jours, comme des ouvertures.
C'est ce même soleil où les enfants ensevelissent leur être
Qui leur maintient, qui fait tous les jours ces jarrets nouveaux,
Ces jarrets neufs.
Et ce qu'il y a dans ces jarrets neufs : ces âmes neuves.
Ces âmes nouvelles, ces âmes fraîches.
Fraîches le matin, fraîches le midi, fraîches le soir.
Fraîches comme les roses de France.
Ces âmes au col non ployé. Voilà le secret d'être infatigables.
C'est de dormir. Pourquoi les hommes n'en usent-ils pas.
J'ai donné ce secret à tout le monde, dit Dieu. Je ne l'ai pas vendu.
Ce lui qui dort bien, vit bien. Celui qui dort, prie.
Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, paru dans les Cahiers de la quinzaine le 24 septembre 1911, repris en volume dans la Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957.
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8.6.12
onques n'ot en moi part
Lués droit qu'il fut laienz entrez
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29.5.12
Enter
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20.5.12
Voix lactée
Il me plaît de croire que le lait que [Luciano Pavarotti et sa sœur de lait Mirella Freni] ont bu au même sein nourrissait leur voix ; c'était la nuit qu'ils tétaient à ce sein et dont ils rendraient en chantant la quintessence étoilée.
Richard Millet, La Voix et l'Ombre, Gallimard, collection « L'un et l'Autre » (dirigée par J.-B. Pontalis), 2012.
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17.5.12
tout passera tout cassera tout lassera
1895 : Fiat Lux Bros.
1935 : Chinatown se passe
1975 : Chinatown se casse
2015 : le jour d'aujourd'hui
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27.4.12
Ecoute,
Première écoute : tout est parfait mais justement rien ne se tient. Ce n'est absolument pas ce que j'attendais. Cela dit cette perfection est tout à fait ce que je craignais. Les morceaux s'enclenchent les uns à la suite des autres sans bonheur et plus l'écoute dure plus le dégoût se transforme en nausée. Tout ça flotte. Si la perfection existe elle n'aura duré qu'un ou deux morceaux. Et encore. Les disques de musique ont le tort eux de durer dix ou douze pistes. On parle alors d'albums. Je suis déçu comme si je m'étais moi-même trahi. Je n'étais pas prêt, ni prévenu. Je ne me parle pas assez, ce disque est trop bavard. Cette écoute numéro un : ne-sert-à-rien.
Deuxième écoute : je ne sais pas ce que je fais là ; j'y suis pourtant : j'y reste, étonnamment.
Troisième écoute : en un sens elle n'aurait jamais dû arriver. J'ai pourtant en tête une hypothèse de quatrième écoute car deux ou trois choses me mettent la puce à l'oreille.
Xième écoute : ad libitum, locutions latines et fascination pour la musique en nous.
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21.4.12
À cause du peuple
Les animateurs étudiants de Mai 68 ont tant raconté leur vie, inspiré tant de récits, qu'une certaine histoire du soulèvement a fini par s'imposer au grand public : l'épopée de ceux qui possédaient les moyens culturels d'écrire l'histoire, et qui choisirent de réduire celle de Mai aux calques superposés de leurs aventures individuelles.
(...)
[Le 22 mai 1973] le premier éditorial de Libération affirmait "notre pauvreté est la mesure de notre indépendance".
[Le 18 juin 1996] Serge July claironne "l'indépendance, c'est très simple : il faut que ça marche, il faut gagner de l'argent.".
Pierre Rimbert, Libération de Sartre à Rothschild, Raisons d'agir Editions, 2005.
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18.4.12
~~
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16.4.12
60° Latitude nord

Il faut maintenant poser sur Jérôme un regard bienveillant que les incertitudes du personnage ne voileront pas : un gosse de vingt ans empli d'une exceptionnelle gravité, née d'une conjoncture à laquelle vous comme moi aurions pu être confrontés sans pour autant en tirer les mêmes conclusions. Le moment de l'histoire où nous surgissons, les déterminants familiaux plus ou moins supportables qui nous sont impartis, les goûts et les dégoûts habiles à nous pousser dans des retranchements pas toujours très bien fortifiés, voilà le lot, la matière palpable jusqu'à l'ivresse.
Mathieu Riboulet, L'Amant des morts, Verdier, 2008.
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12.4.12
~
A human soul above and beneath classification, a soul blessedly untouched by doctrine, untouched by history, a soul stirring its wings within that stiff sarcophagus, murmuring behind that clownish mask.
J. M. Coetzee, Life and Times of Michael K, Ravan Press, 1983.
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30.3.12
They want you for their slave
L'armement massif des esclaves constitue une des clés de la conservation des colonies par la République et constitue une garantie de la liberté. D'ailleurs, Toussaint Louverture se saisissait souvent d'un fusil lors des revues de ses troupes et s'écriait : « Voilà notre liberté ! ».
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21.3.12
vox humana
Un médecin militaire m'a appris que les balles vont plus vite que le son et ainsi ceux qui meurent sur le coup n'entendent jamais le bruit de leur mort. Elle les saisit, au milieu d'une pensée, d'une parole ou d'un rire, et ils l'ignorent à jamais...
Jérôme Ferrari, Dans le secret, Actes Sud, 2007.
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6.3.12
entre dans ta resserre
Jérôme Ferrari, Dans le secret, Actes Sud, 2007.
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28.2.12
j'enjambe des grappes de gendarmes, pas les militaires, les insectes,
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22.2.12
amor matris
La vie c'est de la poussière entre les orteils. La vie c'est de la poussière entre les dents. La vie c'est mordre la poussière.
J. M. Coetzee, Age of Iron, Martin Secker & Warburg, 1990.
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14.2.12
Le passé, c'est un luxe de propriétaire.

Moi, je ne sais pas profiter de l'occasion : je vais au hasard, vide et calme, sous ce ciel inutilisé.
Jeudi
Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
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11.2.12
Kampuchéa, par Patrick Deville
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3.2.12
Vengeance of the Sons

Le père, pâle copie du fils.
J. M. Coetzee, The Master of Petersburg, Martin Secker & Warburg, 1994.
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