22.6.12

Entre Foi & Charité



Les enfants ne peuvent pas marcher, mais ils savent très bien courir.
L'enfant ne pense pas même, ne sait pas qu'il dormira le soir.
Que le soir il tombera de sommeil. C'est pourtant ce sommeil.
Toujours prêt, toujours disponible, toujours présent,

Toujours en dessous, comme une bonne réserve,
Celui d'hier et celui de demain, comme une bonne nourriture d'être,
Comme un renforcement d'être, comme un réserve d'être,
Inépuisable. Toujours présente.
Celui de ce matin et celui de ce soir.
Qui lui met cette force dans les jarrets.

Ce sommeil d'avant, ce sommeil d'après
C'est ce même sommeil sans fond
Continu comme l'être même
Qui passe d'une à une nuit, d'une nuit à l'autre, qui continue d'une nuit à l'autre
En passant par-dessus les jours
En ne laissant les jours que comme des jours, comme des ouvertures.
C'est ce même soleil où les enfants ensevelissent leur être
Qui leur maintient, qui fait tous les jours ces jarrets nouveaux,
Ces jarrets neufs.
Et ce qu'il y a dans ces jarrets neufs : ces âmes neuves.
Ces âmes nouvelles, ces âmes fraîches.
Fraîches le matin, fraîches le midi, fraîches le soir.
Fraîches comme les roses de France.
Ces âmes au col non ployé. Voilà le secret d'être infatigables.
C'est de dormir. Pourquoi les hommes n'en usent-ils pas.
J'ai donné ce secret à tout le monde, dit Dieu. Je ne l'ai pas vendu.
Ce lui qui dort bien, vit bien. Celui qui dort, prie.




Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, paru dans les Cahiers de la quinzaine le 24 septembre 1911, repris en volume dans la Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957.

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