12.6.13
décret sur l'immortalité
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28.5.13
Altius
Le degré de vertu auquel un homme peut atteindre un jour est aussi inconcevable pour nous que celui auquel la force du génie peut être portée.
Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Fragment sur l'Atlantide [posthume, 1804], Paris, Garnier-Flammarion (rééd. Alain Pons), 1988.
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17.5.13
Dear Mickey Mouse...
Walt Disney ressemble irrésistiblement à son héros. Il y a en Mickey le même raffinement, une liberté du geste, de l'élégance.
(...)
La poétique épique de Chaplin - c'est le "Paradis perdu" ; la poétique de Disney - c'est le "Paradis retrouvé".
(...)
Que sont à Dingo les jeux des nuages et des nuées dans le ciel, ou la vapeur verdâtre des fantômes infiniment changeante dans la maison déserte ?
(...)
Bambi c'est un tournant vers l'extase, sérieuse, éternelle : c'est le cycle de la vie - les cycles répétitifs des vies.
Serguei Eisenstein, Walt Disney, 1941-42, texte établi par Naum Kleiman et traduit du russe par André Cabaret, Circé éd., coll. Poche, 2013.
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15.5.13
Arrière des trains courts
Iago Piret-karll n'en vint pas d'emblée au principe de l'Onirisme Horloger – ou OH. Ce fut long et, à vrai dire, tortueux. S'explique ainsi l'âpre débat épistémologique et les querelles d'historiographes qui s’en suivirent, dont l'écho parvient encore à nos oreilles. Tous les OH-séants, quoi qu'il en soit, s'accordent aujourd'hui sur un point : l'extrême prédestination biographique qu'était la sienne à devenir le théoricien que l'on sait. Sa vie, en quelque sorte, fut le terreau idéal pour fixer les connecteurs qui manquaient à nos songes. « Nous n'osions en rêver » est à cet égard le mot d'ordre le plus fréquemment cité par nos instances. PkI (nous le nommerons dorénavant selon cette acception désuète mais efficace, qui, et on peut s'en étonner, apparaît dénuée de toute portée péjorative) a mis un point d'honneur à ne jamais noter le récit de ses rêves. En retour son existence fut, chaque jour un peu plus, l'horizon projectif de songes rendus précis par l'expérience. OH (dont nous supprimons le point d'exclamation final, en vertu des minutes du troisième colloque fondamental) prit son envol dans l'atmosphère de ce que, en termes d'industrie du divertissement vingtièmiste, on nommait une saga. Est-ce un paradoxe si la joie est au final ce qui caractérise OH ? Nous devrons chercher à le savoir, quand bien même une vie de rêve n'y suffirait pas.
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4.5.13
Coquille pleine
Avant de disposer de cinq semaines de vacances, le monde du travail est passé d'une forme d'oisiveté forcée à une surcharge de travail. On travaillait moins avant la révolution industrielle, la moyenne des durées journalières de travail excédait à peine quatre heures, selon les historiens. Les fêtes religieuses, les pèlerinages et le rythmes de la vie agricole faisaient qu'on travaillait moins au Moyen Âge.
Rachid Amirou, L'Imaginaire touristique, PUF, 1995.
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26.4.13
Cité d'émeraude
« Robespierre ! Robespierre !... ah , si vous aviez vu ses yeux verts, vous l'auriez condamné comme moi. »
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19.4.13
Heureux est l’homme qui a connu la grâce
Andreï Tarkovski, "Discours sur l’Apocalypse", Londres, 1984 (paru dans Iskusstvo kino, 1989, n°2).
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3.4.13
Paysage pré-posthume
Les torts que [la race présumée raciste] subit ne sont qu'une chose : la preuve des torts qu'elle inflige.
Renaud Camus, discours prononcé le 4 novembre 2012, Le Grand Remplacement, Chez l'auteur.
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| Droits : Renaud Camus (CC BY 2.0) |
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12.3.13
Collector
Jean Baudrillard, Pour une critique de l'économie politique du signe, Gallimard, 1972.
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17.2.13
Le bel Animal
"Si les bivouacs d'hiver étaient des bals parés où l'ombre des parfums exquis répand une atmosphère échauffée par le souffle de cent beautés, une délicieuse chaleur, je te demande quel mérite y aurait-il à faire la guerre ?"
Le général Jean-Baptiste Annibal Aubert-Dubayet, dit le "bel Annibal", au général Jean-Baptiste Kléber (vers 1792), cité par Jean-René Suratteau et Alain Bischoff dans Jean-François Reubell. L'Alsacien de la Révolution française, éditions du Rhin, 1995.
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28.1.13
les petits affairements d'un travail quotidien
La tasse est verte avec un bord épais et doré assorti à la soucoupe, il y a un cendrier jaune avec des mégots et le papier du sucre, la table imite le marbre et en face le Tivoli éteint ses lumières toujours comme dans un film. J'imagine sans difficultés la pellicule qu'on remise dans sa boîte, les petits affairements d'un travail quotidien, les histoires de clefs qu'on laisse ou qu'on échange, maintenant les ouvreuses s'en vont, l'une d'un côté et l'autre à l'opposé. " A demain. " La vie a l'air simple et triste et baigne dans la pluie, l'affaire s'égare et tourne au roman.
Jean-Christophe Bailly, Description d'Olonne, Christian Bourgois éditeur, 1992.
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14.1.13
L'archipelle à tarte
On pourrait également s'attarder sur le choix du mot "totalitaire" comme disqualificateur universel, pur produit de la pensée BHL, devenue pensée des médias, qui n'a jamais eu d'autre ressource intellectuelle sous la main que de renvoyer la critique (la vraie) au totalitarisme (variante : à l'antisémitisme) - puisqu'il est bien connu que, de la critique du capitalisme au goulag, le chemin est en droite ligne.
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11.1.13
il est temps de bifurquer
Il n'y a que le sens du devoir qui puisse réellement nous maintenir en vie. Concrètement, si l'on souhaite se doter d'un devoir pratique, on doit faire en sorte que le bonheur d'un autre dépende de votre existence ; on peut par exemple essayer d'élever un enfant jeune, ou à défaut d'acheter un caniche.
(...)
En tout cas, tant que nous resterons dans une vision mécaniste et individualiste du monde, nous mourrons. Il ne me paraît pas judicieux de demeurer plus longtemps dans la souffrance et dans le mal. Cela fait cinq siècles que l'idée du moi occupe le terrain ; il est temps de bifurquer.
Michel Houellebecq, entretien avec Christophe Duchatelet et Jean-Yves Jouannais, artpress n° 199, février 1995, Les grands entretiens d'artpress. Michel Houellebecq, IMEC éditeur, 2012.
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29.12.12
Langue au chat
Tout ce qui sort des mains de l'homme, toutes espèces de choses qu'il faut pour le nourrir, pour le vêtir, pour le loger, pour l'amuser, pour l'attraper, depuis les meules de moulins, les pièces de toile, jusqu'aux bagues de verre portant au chaton un rat, vous l'y trouviez à profusion, à monceaux, à faisceaux ou en piles, dans les grands magasins voûtés, sous les arceaux des halles, dans les navires du port, ou bien dans les baraques innombrables du pré. C'était comme nous dirions, mais avec un côté plus populaire et grouillant de vie, c'était là tous les ans, au soleil de juillet, l'exposition universelle de l'industrie du Midi.
Frédéric Mistral à propos de la foire de Beaucaire, Mémoires et récits, 1906.
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4.12.12
Joconde et Jacinthe
J'ai cherché dans mes dictionnaires tout ce qui a trait aux greffes.
Beaucoup de jolis mots : par exemple Enter : "ne se dit que d'une greffe en fente ou par scion". Cela s'applique à l'évidence aux plantes, car je ne vois rien sur ta cuisse qui s'apparente à une fente ou à quelque rameau. La suite est pleine de fantaisie : Marcotter - a-t-on marcotté tes os ? Écusson : a-t-on écussonné ta peau ? Bouture - a-t-on bouturé tes nerfs ? Couronne - a-t-on couronné ton crâne ? Approche - a-t-on approché ton âme ?
Marina Vlady, Le fol enfant, Fayard, 2009.
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12.11.12
Lys brisé
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6.11.12
Gide l'obscur
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18.10.12
Lang au chat
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29.9.12
pas une vie que de ne pas bouger
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13.9.12
Frapper juste
Il est remarquable qu'il n'existe pas de soldat perdu de l'extrême gauche, laquelle ne pouvait que conduire à l'Académie française (...), au grand patronat, au pouvoir politique, aux jurys littéraires, à la version cynique de l'insignifiance.
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7.9.12
Le Sermon sur la Chute de Rome, par Jérôme Ferrari
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1.9.12
noli me tangere
Seuls les insensés, les assassins et les amants suspendent un instant leur mouvement avant d'atteindre l'autre.
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde, Verdier, 2012.
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21.8.12
alors, on a bobo ?
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6.8.12
de noite
La dame voulut expliquer que sa vie était toujours comme cela, mais elle ne savait pas ce qu'elle entendait par "cela" ou par "sa vie", et elle ne répondit pas. Pris entre le soupçon et la discrétion l'homme insista sur sa question : que faisait-elle là ? Rien, rétorqua in petto la dame, prête maintenant à s'écrouler de fatigue. Mais elle ne répondit rien, le laissant penser qu'elle était folle. D'ailleurs elle ne donnait jamais d'explications. Elle se rendait compte que l'homme la prenait pour une cinglée - et qui pourrait affirmer qu'elle n'en était pas une ? N'était-elle pas la proie de cette chose que, pudiquement, elle appelait "cela" ?
Clarice Lispector, "A la recherche d'une dignité", in Où étais-tu pendant la nuit ?, des femmes, 1974.
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21.7.12
Auto-disprezzo
Conclusion pratique : peut-on le publier ? Oui, certainement, on peut très bien le faire paraître, voire dans une édition de luxe, avec une ou deux lithographies de quelque bon peintre et il peut obtenir, après une propagande opportune dans le milieu littéraire, ce qu'on appelle d'ordinaire un succès d'estime, susciter quelques articles allant jusqu'à l'éloge, à l'enthousiasme même selon les rapports d'intérêt et d'amitié des critiques avec l'auteur. Mais le livre n'a pas de valeur. Je soulignai cette dernière phrase dans laquelle j'avais condensé tout ce que je pensais de mon récit.
Alberto Moravia, L'Amour conjugal, 1949.
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14.7.12
Courrier conjugal
On dit hautement qu'on ne veut plus ni nobles, ni titres de seigneuries, ni châteaux, ni haut clergé, etc. On a cent fois raison, et je souscris volontiers à tous ces changements ; je suis même tout disposé à donner un bon coup d'épaule pour opérer celui qui doit renverser ma marmite ; les égoïstes me taxeront de folie, qu'importe.
Gracchus Babeuf, lettre datée du 23 juillet 1789 à sa femme Marie-Anne Langlet, citée par Jean-Marc Schiappa dans Gracchus Babeuf avec les Egaux, Les Editions Ouvrières, 1991.
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4.7.12
L'Eau à la bouche bée
La légende veut que Cupidon ait donné une rose Harpocrates, le dieu du Silence, pour lui demander de ne pas trahir les amours de Vénus. Le rose en serait devenue le symbole du silence. Autrefois on sculptait une rose au plafond des salles de banquets pour rappeler que les confidences échangées à la faveur des libations n'étaient pas destinées à courir les rues... Au XVIe siècle on prit également l'habitude de graver une rose sur les confessionnaux !
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22.6.12
Entre Foi & Charité
Les enfants ne peuvent pas marcher, mais ils savent très bien courir.
L'enfant ne pense pas même, ne sait pas qu'il dormira le soir.
Que le soir il tombera de sommeil. C'est pourtant ce sommeil.
Toujours prêt, toujours disponible, toujours présent,
Toujours en dessous, comme une bonne réserve,
Celui d'hier et celui de demain, comme une bonne nourriture d'être,
Comme un renforcement d'être, comme un réserve d'être,
Inépuisable. Toujours présente.
Celui de ce matin et celui de ce soir.
Qui lui met cette force dans les jarrets.
Ce sommeil d'avant, ce sommeil d'après
C'est ce même sommeil sans fond
Continu comme l'être même
Qui passe d'une à une nuit, d'une nuit à l'autre, qui continue d'une nuit à l'autre
En passant par-dessus les jours
En ne laissant les jours que comme des jours, comme des ouvertures.
C'est ce même soleil où les enfants ensevelissent leur être
Qui leur maintient, qui fait tous les jours ces jarrets nouveaux,
Ces jarrets neufs.
Et ce qu'il y a dans ces jarrets neufs : ces âmes neuves.
Ces âmes nouvelles, ces âmes fraîches.
Fraîches le matin, fraîches le midi, fraîches le soir.
Fraîches comme les roses de France.
Ces âmes au col non ployé. Voilà le secret d'être infatigables.
C'est de dormir. Pourquoi les hommes n'en usent-ils pas.
J'ai donné ce secret à tout le monde, dit Dieu. Je ne l'ai pas vendu.
Ce lui qui dort bien, vit bien. Celui qui dort, prie.
Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, paru dans les Cahiers de la quinzaine le 24 septembre 1911, repris en volume dans la Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957.
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8.6.12
onques n'ot en moi part
Lués droit qu'il fut laienz entrez
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29.5.12
Enter
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20.5.12
Voix lactée
Il me plaît de croire que le lait que [Luciano Pavarotti et sa sœur de lait Mirella Freni] ont bu au même sein nourrissait leur voix ; c'était la nuit qu'ils tétaient à ce sein et dont ils rendraient en chantant la quintessence étoilée.
Richard Millet, La Voix et l'Ombre, Gallimard, collection « L'un et l'Autre » (dirigée par J.-B. Pontalis), 2012.
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17.5.12
tout passera tout cassera tout lassera
1895 : Fiat Lux Bros.
1935 : Chinatown se passe
1975 : Chinatown se casse
2015 : le jour d'aujourd'hui
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27.4.12
Ecoute,
Première écoute : tout est parfait mais justement rien ne se tient. Ce n'est absolument pas ce que j'attendais. Cela dit cette perfection est tout à fait ce que je craignais. Les morceaux s'enclenchent les uns à la suite des autres sans bonheur et plus l'écoute dure plus le dégoût se transforme en nausée. Tout ça flotte. Si la perfection existe elle n'aura duré qu'un ou deux morceaux. Et encore. Les disques de musique ont le tort eux de durer dix ou douze pistes. On parle alors d'albums. Je suis déçu comme si je m'étais moi-même trahi. Je n'étais pas prêt, ni prévenu. Je ne me parle pas assez, ce disque est trop bavard. Cette écoute numéro un : ne-sert-à-rien.
Deuxième écoute : je ne sais pas ce que je fais là ; j'y suis pourtant : j'y reste, étonnamment.
Troisième écoute : en un sens elle n'aurait jamais dû arriver. J'ai pourtant en tête une hypothèse de quatrième écoute car deux ou trois choses me mettent la puce à l'oreille.
Xième écoute : ad libitum, locutions latines et fascination pour la musique en nous.
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21.4.12
À cause du peuple
Les animateurs étudiants de Mai 68 ont tant raconté leur vie, inspiré tant de récits, qu'une certaine histoire du soulèvement a fini par s'imposer au grand public : l'épopée de ceux qui possédaient les moyens culturels d'écrire l'histoire, et qui choisirent de réduire celle de Mai aux calques superposés de leurs aventures individuelles.
(...)
[Le 22 mai 1973] le premier éditorial de Libération affirmait "notre pauvreté est la mesure de notre indépendance".
[Le 18 juin 1996] Serge July claironne "l'indépendance, c'est très simple : il faut que ça marche, il faut gagner de l'argent.".
Pierre Rimbert, Libération de Sartre à Rothschild, Raisons d'agir Editions, 2005.
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18.4.12
~~
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16.4.12
60° Latitude nord

Il faut maintenant poser sur Jérôme un regard bienveillant que les incertitudes du personnage ne voileront pas : un gosse de vingt ans empli d'une exceptionnelle gravité, née d'une conjoncture à laquelle vous comme moi aurions pu être confrontés sans pour autant en tirer les mêmes conclusions. Le moment de l'histoire où nous surgissons, les déterminants familiaux plus ou moins supportables qui nous sont impartis, les goûts et les dégoûts habiles à nous pousser dans des retranchements pas toujours très bien fortifiés, voilà le lot, la matière palpable jusqu'à l'ivresse.
Mathieu Riboulet, L'Amant des morts, Verdier, 2008.
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12.4.12
~
A human soul above and beneath classification, a soul blessedly untouched by doctrine, untouched by history, a soul stirring its wings within that stiff sarcophagus, murmuring behind that clownish mask.
J. M. Coetzee, Life and Times of Michael K, Ravan Press, 1983.
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30.3.12
They want you for their slave
L'armement massif des esclaves constitue une des clés de la conservation des colonies par la République et constitue une garantie de la liberté. D'ailleurs, Toussaint Louverture se saisissait souvent d'un fusil lors des revues de ses troupes et s'écriait : « Voilà notre liberté ! ».
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21.3.12
vox humana

Un médecin militaire m'a appris que les balles vont plus vite que le son et ainsi ceux qui meurent sur le coup n'entendent jamais le bruit de leur mort. Elle les saisit, au milieu d'une pensée, d'une parole ou d'un rire, et ils l'ignorent à jamais...
Jérôme Ferrari, Dans le secret, Actes Sud, 2007.
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6.3.12
entre dans ta resserre
Jérôme Ferrari, Dans le secret, Actes Sud, 2007.
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28.2.12
j'enjambe des grappes de gendarmes, pas les militaires, les insectes,
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22.2.12
amor matris

La vie c'est de la poussière entre les orteils. La vie c'est de la poussière entre les dents. La vie c'est mordre la poussière.
J. M. Coetzee, Age of Iron, Martin Secker & Warburg, 1990.
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14.2.12
Le passé, c'est un luxe de propriétaire.

Moi, je ne sais pas profiter de l'occasion : je vais au hasard, vide et calme, sous ce ciel inutilisé.
Jeudi
Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
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11.2.12
Kampuchéa, par Patrick Deville
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3.2.12
Vengeance of the Sons

Le père, pâle copie du fils.
J. M. Coetzee, The Master of Petersburg, Martin Secker & Warburg, 1994.
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25.1.12
Scénario pour un coup d'Etat
Pendant ce temps, sa voix préenregistrée est soumise à une analyse et à un découpage de ses empreintes vocales, certains mots de tous ses précédents discours sont montés de façon à parvenir à : "Je vous annonce ma démission, etc.". On radiodiffuse. On pourra aussi prendre un de ses anciens discours télévisés, le magnétoscoper, étudier un doublage parfaitement synchrone à l'aide de mots découpés et retéléviser sur l'antenne, en direct, un discours de démission. Isabelita dans sa résidence, même plus surveillée, entend son propre discours. Elle sort pour dire à l'armée et à la police : "Je suis Isabel Peron." Rires des policiers : "Et moi je suis Vasco de Gama !" On l'emmène dans un hôpital psychiatrique tandis que se rediffuse son discours prononcé d'une voix qui semble trafiquée comme venant d'un corps bourré de bandes magnétiques, une voix sur de mauvaises (à peine) vitesses, avec des blancs inquiétants, avec des masticages de mots. (D'après une émission TV de la série Mission impossible.)
Jean-Jacques Schuhl, Telex n°1, Gallimard, 1976
24.1.12
comme un chien qui rêve
Je ne distingue plus le présent du futur et pourtant ça dure, ça se réalise peu à peu (...). C'est ça le temps, le temps tout nu, ça vient lentement à l'existence, ça se fait attendre et quand ça vient, on est écœuré parce qu'on s'aperçoit que c'était déjà là depuis longtemps.
Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
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12.1.12
"L'envahissement du gras de la joue par l'implantation des premiers poils des favoris"
Swann avait toujours eu ce goût particulier d'aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons : ainsi, dans la matière d'un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l'obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi ; sous les couleurs d'un Ghirlandajo, le nez de M. de Palancy ; dans un portrait de Tintoret, l'envahissement du gras de la joue par l'implantation des premiers poils des favoris, la cassure du nez, la pénétration du regard, la congestion des paupières du docteur du Boulbon. Peut-être ayant toujours gardé un remords d'avoir borné sa vie aux relations mondaines, à la conversation, croyait-il trouver une sorte d'indulgent pardon à lui accordé par les grands artistes, dans ce fait qu'ils avaient eux aussi considéré avec plaisir, fait entrer dans leur œuvre, de tels visages qui donnent à celle-ci un singulier certificat de réalité et de vie, une saveur moderne ; peut-être aussi s'était-il tellement laissé gagner par la frivolité des gens du monde qu'il éprouvait le besoin de trouver dans une œuvre ancienne ces allusions anticipées et rajeunissantes à des noms propres d'aujourd'hui. Peut-être au contraire avait-il gardé suffisamment une nature d'artiste pour que ces caractéristiques individuelles lui causassent du plaisir en prenant une signification plus générale, dès qu'il les apercevait déracinées, délivrées, dans la ressemblance d'un portrait plus ancien avec un original qu'il ne représentait pas. Quoi qu'il en soit, et peut-être parce que la plénitude d'impressions qu'il avait depuis quelque temps, et bien qu'elle lui fût venue plutôt avec l'amour de la musique, avait enrichi même son goût pour la peinture, le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable qu'il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d'Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l'œuvre véritable du peintre l'idée banale et fausse qui s'en est vulgarisée.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Combray, éditions Bernard Grasset, 1913
8.1.12
la lune couleur d'électrum pur
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3.1.12
Arno Petit popo

La sobriété est une putain d'extase violente, emmerdante. On voit. L'éblouissement est fort, un pan de soleil sur un mur lépreux. Tu as comme un œil de verre, le cerveau en obturateur, on dirait, qui photographie vite, net.
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22.12.11
mille neuf cent et des poussières
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12.12.11
#lundiconfession

Il est des associations musico-littéraires qui ont l'évidence de la trace indélébile, qu'elles soient étonnantes (The RZA-Guillaume Apollinaire), confluentes (Godspeed You Black Emperor!-Lutz Bassmann) ou davantage gênantes (ABBA-JM Coetzee).
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5.12.11
écriture minsucule
Le souvenir, ajoutait-il dans un post-scriptum, m'apparaît souvent comme une forme de bêtise. On a la tête lourde, on est pris de vertige, comme si le regard ne se portait pas en arrière pour s'enfoncer dans les couloirs du temps révolu, mais plongeait vers la terre du haut d'une de ces tours qui se perdent dans le ciel.
W. G. Sebald, "Ambros Adelwarth", Les Emigrants. Quatre récits illustrés, 1992, Gallimard, coll. Folio (trad. Patrick Charbonneau pour Actes Sud, 1999).
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30.11.11
en blanc sur fond bleu (ou inversement)

Sans doute y a-t-il, lové dans les langues, une sorte d'inconscient typographique, et quand bien même elle ne serait pas aussi évidente que le changement complet qui a lieu lorsque l'on passe d'un système d'écriture à un autre, la modification qui intervient en passant simplement d'une langue à une autre au cours d'un voyage en train prend la valeur d'une infime rupture de charge.
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