
La vérité est que je suis un de ces êtres faibles qui ont besoin d'une raison de vivre et dont la faiblesse est si parfaite que, ne trouvant bien sûr aucune raison, il n'en continuent pas moins à vivre.
Jérôme Ferrari, Dans le secret, Actes Sud, 2007.
6.3.12
entre dans ta resserre
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28.2.12
j'enjambe des grappes de gendarmes, pas les militaires, les insectes,
J'écoute un album d'easy listening des Beastie Boys pour essayer de me persuader que je suis un mec super cool alors qu'en fait je ne rêve que de cramer des baraques, massacrer des villages, piller, empoisonner des puits, tuer, détruire, arracher des vêtements, baiser sans enlever mes bottes. Mais bon, on ne fait pas toujours ce que bon nous semble dans la vie et donc j'écoute plutôt les Beastie Boys en buvant du café.
Le Tampographe Sardon (http://le-tampographe-sardon.blogspot.com/), « Caveau de famille », 11 avril 2011.
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22.2.12
amor matris

La vie c'est de la poussière entre les orteils. La vie c'est de la poussière entre les dents. La vie c'est mordre la poussière.
J. M. Coetzee, Age of Iron, Martin Secker & Warburg, 1990.
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14.2.12
Le passé, c'est un luxe de propriétaire.

Moi, je ne sais pas profiter de l'occasion : je vais au hasard, vide et calme, sous ce ciel inutilisé.
Jeudi
Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
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3.2.12
Vengeance of the Sons

Le père, pâle copie du fils.
J. M. Coetzee, The Master of Petersburg, Martin Secker & Warburg, 1994.
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25.1.12
Scénario pour un coup d'Etat
Pendant ce temps, sa voix préenregistrée est soumise à une analyse et à un découpage de ses empreintes vocales, certains mots de tous ses précédents discours sont montés de façon à parvenir à : "Je vous annonce ma démission, etc.". On radiodiffuse. On pourra aussi prendre un de ses anciens discours télévisés, le magnétoscoper, étudier un doublage parfaitement synchrone à l'aide de mots découpés et retéléviser sur l'antenne, en direct, un discours de démission. Isabelita dans sa résidence, même plus surveillée, entend son propre discours. Elle sort pour dire à l'armée et à la police : "Je suis Isabel Peron." Rires des policiers : "Et moi je suis Vasco de Gama !" On l'emmène dans un hôpital psychiatrique tandis que se rediffuse son discours prononcé d'une voix qui semble trafiquée comme venant d'un corps bourré de bandes magnétiques, une voix sur de mauvaises (à peine) vitesses, avec des blancs inquiétants, avec des masticages de mots. (D'après une émission TV de la série Mission impossible.)
Jean-Jacques Schuhl, Telex n°1, Gallimard, 1976
24.1.12
comme un chien qui rêve
Je ne distingue plus le présent du futur et pourtant ça dure, ça se réalise peu à peu (...). C'est ça le temps, le temps tout nu, ça vient lentement à l'existence, ça se fait attendre et quand ça vient, on est écœuré parce qu'on s'aperçoit que c'était déjà là depuis longtemps.
Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
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12.1.12
"L'envahissement du gras de la joue par l'implantation des premiers poils des favoris"
Swann avait toujours eu ce goût particulier d'aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons : ainsi, dans la matière d'un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l'obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi ; sous les couleurs d'un Ghirlandajo, le nez de M. de Palancy ; dans un portrait de Tintoret, l'envahissement du gras de la joue par l'implantation des premiers poils des favoris, la cassure du nez, la pénétration du regard, la congestion des paupières du docteur du Boulbon. Peut-être ayant toujours gardé un remords d'avoir borné sa vie aux relations mondaines, à la conversation, croyait-il trouver une sorte d'indulgent pardon à lui accordé par les grands artistes, dans ce fait qu'ils avaient eux aussi considéré avec plaisir, fait entrer dans leur œuvre, de tels visages qui donnent à celle-ci un singulier certificat de réalité et de vie, une saveur moderne ; peut-être aussi s'était-il tellement laissé gagner par la frivolité des gens du monde qu'il éprouvait le besoin de trouver dans une œuvre ancienne ces allusions anticipées et rajeunissantes à des noms propres d'aujourd'hui. Peut-être au contraire avait-il gardé suffisamment une nature d'artiste pour que ces caractéristiques individuelles lui causassent du plaisir en prenant une signification plus générale, dès qu'il les apercevait déracinées, délivrées, dans la ressemblance d'un portrait plus ancien avec un original qu'il ne représentait pas. Quoi qu'il en soit, et peut-être parce que la plénitude d'impressions qu'il avait depuis quelque temps, et bien qu'elle lui fût venue plutôt avec l'amour de la musique, avait enrichi même son goût pour la peinture, le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable qu'il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d'Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l'œuvre véritable du peintre l'idée banale et fausse qui s'en est vulgarisée.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Combray, éditions Bernard Grasset, 1913
8.1.12
la lune couleur d'électrum pur
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3.1.12
Arno Petit popo

La sobriété est une putain d'extase violente, emmerdante. On voit. L'éblouissement est fort, un pan de soleil sur un mur lépreux. Tu as comme un œil de verre, le cerveau en obturateur, on dirait, qui photographie vite, net.
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22.12.11
mille neuf cent et des poussières
Toutes les images disparaîtront.
(...)
Toutes les images crépusculaires des premières années, avec les flaques lumineuses d’un dimanche d’été, celles des rêves où les parents morts ressuscitent, où l’on marche sur des routes indéfinissables
(…)
les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeil
les images d’un moment baignées d’une lumière qui n’appartient qu’à elles
(…)
Elles s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux-aussi. Des images où l’on figurait en gamine au milieu d’autres êtres déjà disparus avant qu’on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits aux côtés de nos parents et de nos camarades d’école. Et l’on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l’histoire.
(…)
S’annuleront subitement les milliers de mots qui ont servi à nommer les choses, les visages des gens, les actes et les sentiments, ordonné le monde, fait battre le cœur et mouiller le sexe.
(…)
Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération.
Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, 2008.
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12.12.11
#lundiconfession

Il est des associations musico-littéraires qui ont l'évidence de la trace indélébile, qu'elles soient étonnantes (The RZA-Guillaume Apollinaire), confluentes (Godspeed You Black Emperor!-Lutz Bassmann) ou davantage gênantes (ABBA-JM Coetzee).
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5.12.11
écriture minsucule
Le souvenir, ajoutait-il dans un post-scriptum, m'apparaît souvent comme une forme de bêtise. On a la tête lourde, on est pris de vertige, comme si le regard ne se portait pas en arrière pour s'enfoncer dans les couloirs du temps révolu, mais plongeait vers la terre du haut d'une de ces tours qui se perdent dans le ciel.
W. G. Sebald, "Ambros Adelwarth", Les Emigrants. Quatre récits illustrés, 1992, Gallimard, coll. Folio (trad. Patrick Charbonneau pour Actes Sud, 1999).
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30.11.11
en blanc sur fond bleu (ou inversement)

Sans doute y a-t-il, lové dans les langues, une sorte d'inconscient typographique, et quand bien même elle ne serait pas aussi évidente que le changement complet qui a lieu lorsque l'on passe d'un système d'écriture à un autre, la modification qui intervient en passant simplement d'une langue à une autre au cours d'un voyage en train prend la valeur d'une infime rupture de charge.
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23.11.11
Dans la mémoire de mon téléphone - vingtième
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15.11.11
Comme on dit

C'est pourquoi on dit : "Une personne accomplie dédaigne le moi, une personne inspirée dédaigne l'action, une personne avisée dédaigne le renom".
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9.11.11
je ne crois pas bis

C'est pourquoi je m'imagine parfois comme un grand explorateur ayant fait la découverte d'un pays extraordinaire dont il ne pourra jamais revenir apporter la nouvelle au monde : ce pays c'est l'enfer.
Il n'est pas au Mexique bien sûr, mais dans le cœur.
(...)
Je crois en connaître un bout sur la souffrance physique. Mais pire que tout est de sentir mourir son âme. Je me demande si ce n'est pas parce que mon âme est réellement morte que ce soir je sens comme un grand calme.
Ou bien est-ce parce qu'il existe au beau milieu de l'enfer un sentier, que connaissait Blake, que je ne prendrai peut-être pas mais que j'ai pu voir récemment en rêve ?
Malcolm Lowry, Sous le volcan, Grasset, coll. "Les Cahiers Rouges", 1947 (trad. Jacques Darras, 1987).
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1.11.11
Haut de casse
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28.10.11
W.G. Sebald, Austerlitz (trad : P. Charbonneau)
Actes Sud, 2002
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27.10.11
je ne crois pas

Comme l'amour, pensa-t-il, l'amour qui vient trop tard et auquel nul calme serein ne succède à l'instar des parfums du soir et des lents et doux rayons du soleil retournant à la terre stupéfaite.
(...)
Sans doute pouvait-on y reconnaître une de ces coïncidences gratuites qui portent l'étiquette "passe-temps favori des dieux".
Malcolm Lowry, Sous le volcan, Grasset, coll. "Les Cahiers Rouges", 1947 (trad. Jacques Darras, 1987).
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24.10.11
contempler une primevère
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20.10.11
Stockefiche

A Philadelphie, je me rappelle avoir travaillé un vendredi soir dans un restaurant où un sans-abri mendiait dehors auprès de nos clients. A la fin de la soirée, j'avais gagné soixante-cinq dollars et lui, soixante-dix. Combien on peut se faire en mendiant ? Je n'ai jamais essayé, je devrais peut-être. Vous choisissez vos horaires, vous êtes votre propre patron. N'est-ce pas cela, le rêve américain ? Je devrais peut-être devenir spécialiste de l'obtention indépendante de capitaux.
(...)
Billy aime Guns n' Roses, Hale aime le rap, Jeff aime le heavy metal, et derrière mes rideaux je les entends discuter des vertus respectives de chaque genre. Il m'arrive d'avoir l'impression que nous pourrions tous nous entendre, comme le suggèrent Jésus et Rodney King.
Iain Levison, Tribulations d'un précaire, Liana Levi, coll. "Piccolo" (trad. Gonzales Batlle), 2002.
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15.10.11
Dans la mémoire de mon téléphone - dix-neuvième








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11.10.11
aux mains d'argent
W.G. Sebald, Les Emigrants (trad. Patrick Charbonneau), Actes Sud, 1999
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Une ribambelle à la becquée de mâles rots

Souvent les écrivains, à l'inverse, voudraient agir, peser sur l'Histoire, la marche du monde, ou brasser des millions, quitter le labeur du papier. Vendre des armes en Abyssinie. Souvent les écrivains pourtant ne savent qu'écrire. Bons qu'à ça.
(...)
Mayrena fut de ces coyotes qui reniflent dans les pas des premiers conquérants. Autre chose tout de même que de doucement se suicider au vermouth-cassis aux terrasses de la rue Catinat.
Patrick Deville, Kampuchéa, Seuil, coll. "Fiction & Cie", 2011.
ATTENTION RENDEZ-VOUS : Patrick Deville sera à la librairie La Cédille le jeudi 13 octobre 2011 à 19 heures pour présenter Kampuchéa, son dernier livre. Cette rencontre sera également l'occasion de revenir sur les précédents ouvrages et les voyages de l'auteur.
Librairie La Cédille
33, rue des Volontaires
75015 Paris
Tel/fax : 01 45 67 67 40
la-cedille@orange.fr
Horaires d'ouverture :
- du mardi au vendredi de 11h à 14h45 et de 15h30 à 19h30
- le samedi de 10h à 19h sans interruption.
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2.10.11
Dans la mémoire de mon téléphone - dix-huitième








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26.9.11
Un peuple en petit
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23.9.11
Des faux

Tu mens trop. Oublie la violence et l'imaginaire. Et tâche à l'avenir d'avoir le mensonge en horreur.
Régis Jauffret, Lacrimosa, Gallimard, 2008.
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19.9.11
Hop.
Soudain, il se dit que ses proches vont probablement culpabiliser.
Il leur écrit une longue lettre dans laquelle il leur explique qu'ils n'ont pas à se sentir responsables.
Actuellement, Francis est toujours en vie et poursuit la rédaction de cette lettre.
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12.9.11
Cids errants
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