30.5.16

Saint-Martin-de-Pétersbourg

La définition que donne Rozanov du nihilisme est la meilleure, affirmait le situationniste Raoul Vaneigem en 1967 dans son Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations : "La représentation est terminée. Le public se lève. Il est temps d'enfiler son manteau et de rentrer à la maison. On se retourne : plus de manteau ni de maison."


Greil Marcus, Lipstick Traces. Une histoire secrète du vingtième siècle (trad. Guillaume Godard), Allia, 1998.


10.5.16

Braquage et braconnage



On se suicide pas
On préfère le braquage

PNL, "Obligés de prendre", Que la famille, 2015.



Je ne pense, depuis quelque temps, qu'à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier.
Mon moral, d'habitude d'acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau !


Siné, dernière "mini-zone", sinemensuel.com, 4 mai 2016.


29.4.16

Long Time Coming


In a world of doubt and fear
Wake at night and reach to find you near


Bruce Springsteen, Happy (1991).

5.4.16

L'Artillerie de l'amour


Il y avait deux lettres de petit format avec des en-têtes et des tampons officiels, couvertes de quelques lignes d'une fine écriture, comme officielle elle aussi, laconique, comme des ordres ou des communiqués militaires, et trois ou quatre de ces cartes postales que les amoureux ou les maris des domestiques ont coutume d'envoyer. Une fois elle laissa tomber l'une d'elle que le garçon ramassa. Elle représentait en sépia sur fond marron un canon de 75 en position de tir auprès duquel se trouvait un soldat coiffé d'un képi, une bande rouge courant le long de sa culotte, un genou à terre, une main en visière, l'autre tendue, l'index en avant, dans la direction où le canon était lui-même pointé. Dans le coin gauche et un peu en arrière du canon, apparaissait dans un halo clair le visage souriant d'une femme blonde au-dessus d'un bouquet de roses. Calligraphiés en grandes lettres blanches dans la partie supérieure de la carte, on pouvait lire les mots ON LES AURA suivis d'un point d'exclamation.


Claude Simon, L'Acacia, Minuit, 1989.

8.3.16

One way to live cheaply and without tears?


Je me souviens, dit Austerlitz, qu'Alphonso nous fit un jour cette remarque, à son petit-neveu et moi, que sous nos yeux tout pâlissait, que les plus belles couleurs avaient déjà presque toutes disparu ou qu'on ne les trouvait plus que là où personne ne les voyait, dans les jardins aquatiques, à des dizaines de brasses sous la surface de la mer.

(...)

Quand ils sont trop à l'étroit, les morts, à l'instar des vivants, s'exilent vers des contrées moins surpeuplées où ils peuvent trouver leur repos à distance raisonnable les uns des autres.

(...)

Je ne lisais pas de journaux, de crainte, je le sais aujourd'hui, de tomber sur des révélations inopportunes, je n'allumais la radio qu'à certaines heures, j'affinais au fil du temps mes réactions de défense et me créais une sorte de système de confinement et d'immunisation qui me protégeait contre tout ce qui, de près ou de loin, se rattachait aux antécédents historiques d'une personnalité, la mienne, cantonnée dans un espace de plus en plus restreint.


W. G. Sebald, Austerlitz, Actes Sud, 2001.

21.1.16

La manteau piégeux


« Moi, je n'en ai plus pour longtemps, la mort n'oublie personne, dit-il. Tous les jours, je l'entends arriver au coin de la rue, mais, chaque fois, c'est juste la vache du voisin ou un chien ou l'ombre d'une des âmes qui rôdent par là ! »


Robert Seethaler, Une vie entière, Sabine Wespieser éd., 2015.

30.12.15

Magnolia shit


For the music was strange indeed. Cavalry charges of drums were set against spectral stabs of melody and a jaunty little string theme, rising and falling, than ran through the piece like memory: mysterious, nagging, with flashes of pagan joy and an incurable melancholy at heart, much like New Orleans itself.


Nik Cohn, Triksta. Life and Death and New Orleans Rap, Harvill Secker, 2005.

30.11.15

Mauvaise pensée rue des écoles


Lu le Journal de deuil de Barthes, notes prises après la mort de sa mère dont il ne se remit jamais, au point que certains de ses proches ont pensé qu'il s'était laissé mourir.

"Maintenant, partout, dans la rue, au café, je vois chaque individu sous l'espèce du devant mourir [...]. Et avec non moins d'évidence, je les vois comme ne le sachant pas."

Je fais le même constat mais, moi, j'ai envie de le leur faire savoir : "Pour vous aussi, ça va venir un de ses jours, et croyez-moi, ça ne va pas tarder."

Pas bien fier de cette "mauvaise pensée" (comme il est enjoint aux enfants d'en avouer au confessionnal), je la chasse, je marche d'un pas vif et souhaite aux femmes que je croise de rester toujours aussi attirantes.


J.-B. Pontalis, En marge des nuits, Gallimard, 2010.

23.9.15

Ghost-rapper


Désormais, alors que les Noirs de South Central ne rêvent que de cognac et de maisons victoriennes aux blanches colonnades, les Blancs du Midwest s'appellent Nigga entre eux, fantasment sur le fait d'être des Négros en prison et prétendent être atteints "d'une maladie rare de la peau qui les fait apparaître comme blancs, alors qu'en fait à l'intérieur ils sont Noirs".


Pierre Evil, Gangsta-rap, Flammarion, coll. Pop culture, 2005.

27.8.15

Clarity Bob


Avec le cinéma, Los Angeles avait donné à la culture populaire l'image ; en instituant le studio comme un instrument à part entière, Phil Spector lui donna le son.


Pierre Evil, Gangsta-rap, Flammarion, coll. Pop culture, 2005.

19.7.15

1945


Chez Bresson : "Je lutte".
Chez Faulkner : "They endured."

22.5.15

Un CV pirandellien


Je n'ai jamais réussi à me donner une réponse précise [à la question de ma carrière professionnelle], car parfois il m'arrive à moi aussi de me le demander. Parfois je trouve une réponse noble, élevée, digne d'un ténor lançant un ut de poitrine ; mais le plus souvent, des réponses plus modestes : les nécessités de la vie, le hasard, la paresse...


Leonardo Sciascia, Le Chevalier et la Mort, Fayard, 1989.

14.5.15

Fils du précédent

Le remake comme mode d'existence technique et humain : les copies et les enfants ; non plus la noblesse d'une dynastie mais le cauchemar de la reproduction politico-littéraire : fils de journalistes, de philosophes, de rockers, de chanteurs, d'humoristes, de syndicalistes, etc., tous voués à la réduplication du Système. Sortie de l'Histoire, chute infinie dans la multitude de soi...


Richard Millet, Le Corps politique de Gérard Depardieu, Pierre-Guillaume de Roux, 2014.

7.5.15

Incertitude, ô mes délices


      Vous vous appelez Werner Karl Heisenberg.
      Vous avez trente-cinq ans et, entres autres choses essentielles, vous êtes physicien.
      Ce soir, vous êtes attendu chez des amis pour interpréter la partie de piano d'un trio de Beethoven.
      Le miroir que vous tend la proximité de vos semblables, ces âmes perdues qui s'obstinent à parodier la vie, vous semble bien plus difficile à supporter que la solitude et vous préféreriez ne pas vous y rendre.
      Par loyauté, par épuisement ou par courtoisie, vous vous y rendrez quand même.


Jérôme Ferrari, Le Principe, Actes Sud, 2015.

17.4.15

Laissez-moi des cendres


J'étais bien placé pour savoir combien les livres peuvent être destructeurs, et cependant je ne connaissais pas de plus sûr moyen de garder auprès de soi ceux que nous aimons le plus.


Lionel Duroy, Le Chagrin, Julliard, 2010.

13.3.15

Un joyau comme preuve de son passage

Un jour cela cessera de ressembler à un langage, cela deviendra la façon dont les choses sont.

J.M. Coeetze, The Childhood of Jesus, Harvill Secker, 2013.

6.2.15

Sang famille


Durant les quelques mois précédents, Cupido avait été un des mentors de Griessel en matière de nouvelles technologies. Ça faisait longtemps qu'il l'asticotait pour qu'il achète un smartphone Android. "Un HTC, Benny. Ne prends pas un Samsung. Ces types sont les nouveaux Illuminati, Benny, ils sont en train d'étendre leur contrôle sur le monde, gadget après gadget. Ne jamais faire confiance à un fabricant de téléphones qui produit des frigos, pappie".


Deon Meyer, Kobra, Seuil, coll. Policiers, 2014.

16.1.15

En fait


Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière.


Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.

15.1.15

Des hirondelles légèrement inquiètes


Je me promenai pendant un quart d'heure sous les arcades de poutrelles métalliques, un peu surpris par ma propre nostalgie, sans cesser d'être conscient que l'environnement était vraiment très moche, ces bâtiments hideux avaient été construits durant la pire période du modernisme, mais la nostalgie n'a rien d'un sentiment esthétique, elle n'est même pas liée non plus au souvenir d'un bonheur, on est nostalgique d'un endroit simplement parce qu'on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau, et le futur aussi d'ailleurs, il n'y a que le présent qui fasse mal, qu'on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible.


Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015.

30.12.14

La troïka emportée




Marie [Vapereau], ayant déjeuné, étant assez confortablement installée dans son périclodnoï, jouissant du beau soleil qui nous est revenu, a retrouvé sa bonne humeur. Elle se félicite maintenant de cette sécheresse qui nous a permis d'ajouter à nos souvenirs la téléga, le périclodnoï, de nouvelles punaises, la famine et enfin les villages tatars.


Charles Vapereau, Voyage en Sibérie. De Pékin à Moscou (sur la base du récit "De Pékin à Paris. La Corée, l'Amour et la Sibérie", Hachette, 1894), Éditions de l'Amateur, collection Sépia, 2008. 

24.10.14

Comme un égal parmi tous ces gens


Ce procès, cet acte délirant, et puis après, tout le monde qui part en Sibérie, les autres qui se marient, et tout ça si vite, si vite, et tout se mélange, et, finalement, il n'y a rien, tout le monde est vieux, et le pied dans la tombe.


Fédor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (trad. André Markowicz), quatrième partie, livre onzième : "Le frère Ivan Fiodorovitch" (III. Le peton malade), 1880, éd. Actes Sud, coll. Babel, vol. 2.

25.9.14

J'étais cet homme



Voir le monde dans un grain de sable
Et un ciel dans une fleur sauvage
Tenir l’infini dans le creux de la main
Et l’éternité dans une heure


William Blake

17.7.14

Conscience à vendre


Tout le comique humiliant des contradictions humaines disparaîtra comme un mirage pitoyable, comme une sale petite invention de l'esprit euclidien de l'homme, impuissant et petit comme un atome.


Fédor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (trad. André Markowicz), deuxième partie, livre cinquième : "Pro et contra" (III. Les frères font connaissance),1880, éd. Actes Sud, coll. Babel, vol. 1.

7.5.14

Frapper là où ça compte

Des cadres consommaient ; c'est leur fonction unique.
Et tu n'étais pas là. Je t'aime, Véronique.

(...)

Les jours de la vie sont pareils
À des limonades éventées
Jours de la vie sous le soleil,
Jours de la vie en plein été.

(...)

J'ai connu vers onze heures quelques minutes de bonne entente avec la nature.

(...)

Je n'ai plus d'intérieur,
De passion, de chaleur ;
Bientôt je me résume
À mon propre volume.

(...)

Il y aura la mort tu le sais mon amour
Il y aura le malheur et les tous derniers jours

(...)

Je suis toujours couché au niveau du dallage.
Il faudrait que je meure ou que j'aille à la plage ;

(...)

Je ne sais plus vraiment si nous sommes dans l'amour ou dans l'action révolutionnaire,
Après que nous en avons parlé tous les deux, tu as acheté une biographie de Maximilien Robespierre.

(...)

Tout a lieu, tout est là, et tout est phénomène,
Aucun événement ne semble justifié ;
Il faudrait parvenir à un cœur clarifié ;
Un rideau blanc retombe et recouvre la scène.


Michel Houellebecq, Non réconcilié. Anthologie personnelle 1991-2013, Poésie / Gallimard, 2014.

13.3.14

Vue du toit


Ils ont changé le temps en ennemi. Vivre c'est gagner du temps ; attendre c'est mourir. Voilà désormais l'étrange règle.


Fabrice Loi, Le Bois des hommes, éditions Yago, 2011.

15.2.14

Ce vase mais jamais de fleurs


Est-ce qu'une porte, fût-elle une merveille d'artisanat en chêne tricentenaire éminemment respectable, peut protéger un monde qui a déjà trop vécu ?

(...)

Les bavards meurent-ils en silence ?

(...)

L'homme démuni de tout se méfie des certitudes : l’expérience lui a appris qu'il en est toujours exclu.

(...)

Et personne pour faire remarquer que les chefs d'oeuvre d'enfants, ces nains à demi fous, relèvent de la psychiatrie.

(...)

Pour la petite histoire, notons que ces télégrammes figurent tous trois aujourd'hui à la place d'honneur du musée de l'Antiracisme, dans les nouveaux bâtiments de l'ONU, à Hanoi, comme les derniers témoignages d'une haine désormais punie.

(...)

Autant s'y abreuver soi-même...

(...)

La vraie Droite n'est pas sérieuse. C'est pourquoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir.

(...)

Lorsqu'on prend des attitudes, il faut saisir l'occasion de les servir. Faute de quoi l'on est pas un homme.

(...)

L'Occident, c'était cela aussi, une certaine forme de pensée précieuse, une connivence d'esthètes, une conspiration de caste, une indifférence aimable au vulgaire.

(...)

La chute de Constantinople est un malheur personnel qui nous est arrivé la semaine dernière.


Jean Raspail, Le Camp des Saints, Robert Laffont, 1973.

20.12.13

Dernier mot

Je ferai tout pour survivre aux gens que j'aime.

(...)

La mort n'est que la vie ralentie.


(...)


Parler toutes les langues ne protège pas du pire.


(...)


La douleur est une langue commune. Chaque rage de dents, chaque mal aux pieds, chaque souffrance fait écho à la douleur de naître.


(...)


Shanghai est le chemin le plus court entre hier et demain.


(...)


Je vis en Chine la vie du dernier des Mohicans. La fin de l'art. L'avènement du folklore. La France me manque. La Chine me manque encore plus.


(...)


Le plus lointain des voyages est une prière pour les morts.



Philippe Rahmy, Béton armé, La Table Ronde, 2013.

6.12.13

Seul à Vigo


Cette attitude était bien typique de notre monde familier : plus on était mort, plus on vous aimait.

(...)

Quand quelqu'un est mort, on dit de lui qu'il est enfin tranquille.



Fritz Zorn, Mars, Gallimard, 1977.

18.10.13

La Croix du Sud


Aujourd'hui j'ai souvent l'impression de pourrir sur place. Je me raisonne. Au bout d'un moment cette impression se dissipe et il ne reste qu'un détachement, une sensation de calme.

(...)

Tout finit par se confondre. Les images du passé s'enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle et prend la forme d'un ballon irisé, prêt à éclater. Je me réveille en sursaut, le cœur battant. Le silence augmente mon angoisse.


Patrick Modiano, Dimanches d'août, Gallimard, 1986.

24.9.13

Un poil dans la tête


Son œil brillait devant cette humanité noire, et sa voix s'exaltait parfois, dans les accents d'une indulgence amusée et précise : "Tout de même, quelle déconcertante canaille ! Et ce commissaire, moustachu jusque dans la tête ! Ah, la symphonie des chaussures à clous !" Ses connaissances étaient étendues et bizarres.


François Sureau, Le Chemin des morts, Gallimard, 2013.

9.9.13

Un mot



On eût pu, à ce film sous-tiré du regretté Feydeau par les voies les plus naturelles, donner pour sous titre Au flanc du vase, à la manière de Samain, ou bien, parodiant Pirandello, Cinq personnages en quête d'odeur. L'odeur, pardon, l'auteur sacrifie tout de même un peu trop à la mode du marron. Il épuise son sujet, si j'ose ainsi parler. On souffrira que je ne m'étende pas sur cette matière, car ce vase, pour notre déveine, d'un coup d'éventail fut privé. Un mot, revenu de la morne plaine, résumerait cette nauséabonde petite histoire, la bienséance et mes convictions politiques m'interdisent de l'employer à un maréchal d'Empire*.


Richard-Pierre Bodin à propos d'On purge bébé de Jean Renoir, article paru dans Le Figaro du 19 juillet 1931.

(*) : Cambronne, dont Jean Yanne disait qu'il "ne mâchait pas ses mots. Heureusement pour lui.", ne fut en réalité que général d'Empire.

30.6.13

Mines dormance


(...) une floraison exceptionnelle de l'objet grand objet : d'un côté les parkings du degré zéro de l'architecture et de l'autre les prouesses du grand art au service des maîtres du monde. 

Jamais peut-être l'écart entre le réel du bâti à fonction sociale et l'architecture oeuvre d'art n'avait été si grand, tout se passant comme si deux mondes cohabitaient sans se voir, l'un regardant peut-être l'autre de temps en temps, le soir à la télévision, à l'heure de paillettes.


Jean-Christophe Bailly, "Pour une architecture réintégrée", La Phrase urbaine, Seuil, coll. Fictions & Cie, 2013.

12.6.13

décret sur l'immortalité


L'Être suprême, qui se substitue à la Raison, sans l'évincer complètement, et qui ne "prend" pas nécessairement dans les mêmes secteurs géographiques, reçoit "un accueil massif. (...) Douze-cent trente-cinq adresses en moins de quatre mois, de floréal à thermidor, sur le thème commun de l'approbation au décret du 18 floréal sur l'immortalité de l'âme et par suite de l'Être suprême."
(...)
"Vous qui pleurez sur l'existence d'un fils ou d'une épouse, êtes-vous consolés par celui qui vous dit qu'ils ne reste d'eux qu'une vile poussière ? Et si l'existence de Dieu, si l'immortalité de l'âme n'étaient que des songes, elles seraient encore la plus belle des conceptions de l'esprit humain."


Maximilien de Robespierre, cité par Georges Labica in Robespierre. Une politique de la philosophie (1990), La fabrique éd., 2013 (préf. Thierry Labica).

28.5.13

Altius


Le degré de vertu auquel un homme peut atteindre un jour est aussi inconcevable pour nous que celui auquel la force du génie peut être portée.


Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Fragment sur l'Atlantide [posthume, 1804], Paris, Garnier-Flammarion (rééd. Alain Pons), 1988.

17.5.13

Dear Mickey Mouse...



Walt Disney ressemble irrésistiblement à son héros. Il y a en Mickey le même raffinement, une liberté du geste, de l'élégance.

(...)

La poétique épique de Chaplin - c'est le "Paradis perdu" ; la poétique de Disney - c'est le "Paradis retrouvé".

(...)

Que sont à Dingo les jeux des nuages et des nuées dans le ciel, ou la vapeur verdâtre des fantômes infiniment changeante dans la maison déserte ?

(...)

Bambi c'est un tournant vers l'extase, sérieuse, éternelle : c'est le cycle de la vie - les cycles répétitifs des vies.


Serguei Eisenstein, Walt Disney, 1941-42, texte établi par Naum Kleiman et traduit du russe par André Cabaret, Circé éd., coll. Poche, 2013.

15.5.13

Arrière des trains courts


Iago Piret-karll n'en vint pas d'emblée au principe de l'Onirisme Horloger – ou OH. Ce fut long et, à vrai dire, tortueux. S'explique ainsi l'âpre débat épistémologique et les querelles d'historiographes qui s’en suivirent, dont l'écho parvient encore à nos oreilles. Tous les OH-séants, quoi qu'il en soit, s'accordent aujourd'hui sur un point : l'extrême prédestination biographique qu'était la sienne à devenir le théoricien que l'on sait. Sa vie, en quelque sorte, fut le terreau idéal pour fixer les connecteurs qui manquaient à nos songes. « Nous n'osions en rêver » est à cet égard le mot d'ordre le plus fréquemment cité par nos instances. PkI (nous le nommerons dorénavant selon cette acception désuète mais efficace, qui, et on peut s'en étonner, apparaît dénuée de toute portée péjorative) a mis un point d'honneur à ne jamais noter le récit de ses rêves. En retour son existence fut, chaque jour un peu plus, l'horizon projectif de songes rendus précis par l'expérience. OH (dont nous supprimons le point d'exclamation final, en vertu des minutes du troisième colloque fondamental) prit son envol dans l'atmosphère de ce que, en termes d'industrie du divertissement vingtièmiste, on nommait une saga. Est-ce un paradoxe si la joie est au final ce qui caractérise OH ? Nous devrons chercher à le savoir, quand bien même une vie de rêve n'y suffirait pas.

*

J’ai peine à croire que tant de beauté puisse résulter de cet endroit, pensa PkI. Il poursuivit cependant son chemin, découvrant des merveilles plus grandes encore. Derrière le vaste espace, évoquant une clairière entourée de bâtiments dessinés avec soin, il étudia les contours de devantures superbes. Il ne put garder fermée sa mâchoire. L’air est éclatant, le ciel s’irise ; quelle erreur, se dit-il, quelle dramatique erreur ! Comment n’ai-je pas abordé cette jeune femme, dans la ruelle là-bas derrière ? Une crinière comme la sienne, ce roux si délicieux. J’ai cru que c’était impossible. La pureté du visage. Croiser pareille créature, côtoyer tant de douceur suggérée, dans le désespoir ambiant, à quelques encablures à peine de cette place de triste mémoire, ce lieu qui, dans mon souvenir, suffisait à lui seul à rendre toute la cité nauséabonde. Un prodigieux changement est advenu, je n’en doute pas. Mais elle s’en est allée, de son côté. On aurait dit un ange. J’aimerais tant lui montrer la majesté que j’observe, ces dorures, cette délicatesse, le millier de détails qui ravissent mon esprit. Mes yeux se mouillent de larmes. PkI resta en arrêt, seul entre deux places d’inégale superficie. Il récita une chaîne textuelle connue,  Je vis dans la gloire, je vis, je vis dans le Bleu. Immole-moi demain, si je te fais défaut, laisse-moi le jour d’aujour. Et ne t’en reviens pas. Et ne t’en reviens pas, trois fois, puis neuf, serrant contre un pan de sa veste la communication qu’il devait faire ce jour-là dans les sous-sols  des Officiels. Il activa l’enregistreur et se plaça instantanément dans la configuration théorique qui n’allait plus tarder à l’accueillir pour sa contribution. Je vous propose désormais de renoncer aux leçons, démarra-t-il, je dis bien d’y renoncer et non seulement d’oublier ce que j’ai pu vous dire jusqu’à présent sur les rêves. Leur ennui, pensez que c’était là une hypothèse, poursuit-il. Une hypothèse non avérée. Les rêves sont passionnants. L’existence réelle, en tout point, est accablée par la comparaison. Si je déroule un fil, entre les survenances des songes, le trajet de ce fil, à lui seul, est valable plus que la vie de peuples entiers. S’il vous arrive de ne plus trouver la force, et de nos jours quoi de plus banal, si la confiance vous fait défaut, arrêtez alors n’importe qui venant à votre rencontre. Le récit qu’il vous fera, à votre demande, du dernier rêve dont il a le souvenir, ce récit vous sauvera. Bien plus que du désarroi, ou de la détresse. Il vous sauvera pour de bon, vous n’aurez plus d’ennuis, singuliers et pluriels. PkI hocha deux fois de la tête, de manière brève et rapprochée, puis reprit. Il vous sauvera pour de bon, vos ennuis s’en iront. Je vous remercie, termina-t-il, c’est un immense honneur, etc. Les compléments ont été placés dans vos systèmes, aux emplacements indiqués.
Le buste relevé, PkI prit soudain une grande inspiration et bloqua quelque temps l’air dans sa cage thoracique. De l’index replié, il appuya fortement sur ses narines et se plongea dans le noir avec emphase. Quand il rouvrit les yeux, la jeune femme aux cheveux roux lui faisait face, sans qu’il puisse, bien entendu, toucher son corps.  Il confondait son image avec celles d’idées à caractère régressif.  Il produisit le son de paroles automatiques, liées à ses songes précédents ; essentiellement des obsessions renvoyant à des impératifs académiques ou à des recommandations d’usage. Je n’ai pas eu le temps. Il ne me reste plus. Je préfèrerais ne pas. Pourvu qu’il ne soit. La beauté de la jeune femme était si grande que PkI ne put s’empêcher de laisser s’installer l’impression qu’il flirtait avec elle. Les paramètres oniriques, même infimes, même imprécis, ne laissaient pourtant rien espérer quant à l’éventualité d’une aventure entre eux – il avait un fardeau bien trop lourd à porter, tout concourrait à décrire les atours d’un amour impossible. C’est alors que survinrent les flashes. D’une grande intensité, ils mélangèrent la suavité du contexte avec l’ineptie des visées : chiens à visage humain, rubans dorés tâchés de sang, coïts abrasifs, bandits-manchots inarrêtables, mandolines par millions, haches débitant des bûches, applaudissements, cris, bols débordant de porridge.  Les poses que prenait la jolie rousse, une fois terminé le flot de ces irruptions, furent toutes plus ravissantes les unes que les autres. Puis un masque aux proportions géantes surgit devant elle, visage difforme la cachant en entier et souriant dans une évidente effronterie. Elle fit une tentative soudaine visant à pousser ce masque. Malgré tous les obstacles il n’y eut plus pour PkI aucun doute : c’était là une éclatante allégeance, l’intense éclat d’une flamme déclarée. Néanmoins le masque se referma, ni plus ni moins, sur la jeune femme aux cheveux rouges. PkI tendit les mains, mais il sentit qu’elles étaient occupées par un être – un nourrisson. Dans un geste d’une tendresse infinie, il offrit le nouveau né à la jeune femme. Mais elle avait laissé place à une sorte d’œuf monstrueux, surmonté d’une touffe de poils orange. PkI poussa un hurlement de douleur. Ses yeux étaient ouverts. Les deux esplanades étaient revenues, il se tenait toujours entre elles. Mais il constata avec horreur qu’elles avaient repris leur aspect antérieur. D’une saleté confinant à l’écœurement. Noires de suie, brillantes de crasse. Il distingua au loin une jeune femme, presque encore une fillette. Il s’approcha. Ses cheveux avaient dû être roux, mais il ne put en juger. Elle semblait sortir des égouts. Elle boitait, et traînait derrière elle une béquille trop petite. Son visage fit à PkI la même impression qu’une vilaine plaie.

*

Nous avons tous appris à comprendre combien OH n’est pas une entreprise descriptive. Il n’y a pas de coercition, nulle emprise exercée par le pouvoir qu’ont sur nous les rêves. Et même si ce pouvoir s’est installé, même si son progrès fut maintes fois prouvé, au cours des décennies passées, nous ne sommes pas là pour insister sur l’aspect prophétique des OH-séants. Ces instances ne sont pas le réceptacle d’un hommage mais une machine de pensée vivante, dans l’état du songe ou du non-songe. Si PkI a payé de sa vie l’abrogation d’une paroi entre la vie et les songes, paroi qui résidait en premier lieu dans nos façons de penser, c’est bien qu’il possédait une vision de la tâche qu’aujourd’hui nous avons  à cœur d’accomplir. Nous devons réaffirmer la nécessité du laisser-venir de la vie onirique, sans coup de griffe, sans embardée ni jalousie de part et d’autre. Nous avons tout entre nos mains, dans nos corps et dans nos esprits. Mais les affrontements anciens nous empêchent. Nous sommes à la croisée des chemins. La frise du temps et le songe qui la nargue. Nous devons apprendre à ne pas choisir entre l’un et l’autre. L’avenir onirique est la plus belle création de nos défunts. Ils sont, de manière véritable, nos continuateurs.
Décidément, il n’était pas prévu pour nous de parler aussi longtemps, aussi longtemps après, dans ces termes, de la figure d’Iago Piret-karll.

4.5.13

Coquille pleine


Avant de disposer de cinq semaines de vacances, le monde du travail est passé d'une forme d'oisiveté forcée à une surcharge de travail. On travaillait moins avant la révolution industrielle, la moyenne des durées journalières de travail excédait à peine quatre heures, selon les historiens. Les fêtes religieuses, les pèlerinages et le rythmes de la vie agricole faisaient qu'on travaillait moins au Moyen Âge.


Rachid Amirou, L'Imaginaire touristique, PUF, 1995.

26.4.13

Cité d'émeraude


« Robespierre ! Robespierre !... ah , si vous aviez vu ses yeux verts, vous l'auriez condamné comme moi. »


Merlin (de Thionville) à « un jeune homme », cité par Jules Michelet dans Histoire de la Révolution française (1847-53), volume V, « La Convention », livre IX, chapitre IV, « Suite de l'histoire intérieure des Jacobins Robespierre », p. 83, note 1, Paris, Nelson-Calmann Lévy, 1931.

 

19.4.13

Heureux est l’homme qui a connu la grâce



Toute la technologie, le soi-disant progrès technique, qui accompagne l’histoire, crée en réalité des prothèses – il allonge nos mains, aiguise notre vue, nous permet de nos déplacer très rapidement. Et cela a une signification fondamentale. Nous nous déplaçons aujourd’hui bien plus vite qu’au siècle précédent. Mais nous n’en sommes pas devenus plus heureux.
(...)
En vérité, je n’ai jamais compris qu’un artiste puisse être heureux dans son processus de création. À moins que le mot ne soit pas adéquat. Heureux ? Non, jamais. L’homme ne vit pas pour être heureux. Il y a des choses bien plus importantes que le bonheur.


Andreï Tarkovski, "Discours sur l’Apocalypse", Londres, 1984 (paru dans Iskusstvo kino, 1989, n°2).

3.4.13

Paysage pré-posthume


Les torts que [la race présumée raciste] subit ne sont qu'une chose : la preuve des torts qu'elle inflige.

Renaud Camus, discours prononcé le 4 novembre 2012, Le Grand Remplacement, Chez l'auteur.

  Droits : Renaud Camus (CC BY 2.0)

12.3.13

Collector

Dans l'acte de collectionner, ce n'est ni la valeur des objets, ni même la valeur symbolique qui importe, mais quelque chose qui est précisément fait pour nier tout cela... le passage continuel d'un terme à un autre aide le sujet à tisser un monde clos et invulnérable, sans obstacle à l'accomplissement du désir.

Jean Baudrillard, Pour une critique de l'économie politique du signe, Gallimard, 1972.

17.2.13

Le bel Animal


"Si les bivouacs d'hiver étaient des bals parés où l'ombre des parfums exquis répand une atmosphère échauffée par le souffle de cent beautés, une délicieuse chaleur, je te demande quel mérite y aurait-il à faire la guerre ?"


Le général Jean-Baptiste Annibal Aubert-Dubayet, dit le "bel Annibal", au général Jean-Baptiste Kléber (vers 1792), cité par Jean-René Suratteau et Alain Bischoff dans Jean-François Reubell. L'Alsacien de la Révolution française, éditions du Rhin, 1995.

28.1.13

les petits affairements d'un travail quotidien

La tasse est verte avec un bord épais et doré assorti à la soucoupe, il y a un cendrier jaune avec des mégots et le papier du sucre, la table imite le marbre et en face le Tivoli éteint ses lumières toujours comme dans un film. J'imagine sans difficultés la pellicule qu'on remise dans sa boîte, les petits affairements d'un travail quotidien, les histoires de clefs qu'on laisse ou qu'on échange, maintenant les ouvreuses s'en vont, l'une d'un côté et l'autre à l'opposé. " A demain. " La vie a l'air simple et triste et baigne dans la pluie, l'affaire s'égare et tourne au roman.


Jean-Christophe Bailly, Description d'Olonne, Christian Bourgois éditeur, 1992.

14.1.13

L'archipelle à tarte


On pourrait également s'attarder sur le choix du mot "totalitaire" comme disqualificateur universel, pur produit de la pensée BHL, devenue pensée des médias, qui n'a jamais eu d'autre ressource intellectuelle sous la main que de renvoyer la critique (la vraie) au totalitarisme (variante : à l'antisémitisme) - puisqu'il est bien connu que, de la critique du capitalisme au goulag, le chemin est en droite ligne.


Frédéric Lordon, "Les prodiges de l'amnésie", in Serge Halimi, Renaud Lambert, Frédéric Lordon, Économistes à gages, Le Monde diplomatique-Les Liens qui Libèrent, 2012.


11.1.13

il est temps de bifurquer



Il n'y a que le sens du devoir qui puisse réellement nous maintenir en vie. Concrètement, si l'on souhaite se doter d'un devoir pratique, on doit faire en sorte que le bonheur d'un autre dépende de votre existence ; on peut par exemple essayer d'élever un enfant jeune, ou à défaut d'acheter un caniche.

(...)

En tout cas, tant que nous resterons dans une vision mécaniste et individualiste du monde, nous mourrons.  Il ne me paraît pas judicieux de demeurer plus longtemps dans la souffrance et dans le mal. Cela fait cinq siècles que l'idée du moi occupe le terrain ; il est temps de bifurquer.


Michel Houellebecq, entretien avec Christophe Duchatelet et Jean-Yves Jouannais, artpress n° 199, février 1995, Les grands entretiens d'artpress. Michel Houellebecq, IMEC éditeur, 2012.

29.12.12

Langue au chat


Tout ce qui sort des mains de l'homme, toutes espèces de choses qu'il faut pour le nourrir, pour le vêtir, pour le loger, pour l'amuser, pour l'attraper, depuis les meules de moulins, les pièces de toile, jusqu'aux bagues de verre portant au chaton un rat, vous l'y trouviez à profusion, à monceaux, à faisceaux ou en piles, dans les grands magasins voûtés, sous les arceaux des halles, dans les navires du port, ou bien dans les baraques innombrables du pré. C'était comme nous dirions, mais avec un côté plus populaire et grouillant de vie, c'était là tous les ans, au soleil de juillet, l'exposition universelle de l'industrie du Midi.

Frédéric Mistral à propos de la foire de Beaucaire, Mémoires et récits, 1906.

4.12.12

Joconde et Jacinthe


J'ai cherché dans mes dictionnaires tout ce qui a trait aux greffes.

Beaucoup de jolis mots : par exemple Enter : "ne se dit que d'une greffe en fente ou par scion". Cela s'applique à l'évidence aux plantes, car je ne vois rien sur ta cuisse qui s'apparente à une fente ou à quelque rameau. La suite est pleine de fantaisie : Marcotter - a-t-on marcotté tes os ? Écusson : a-t-on écussonné ta peau ? Bouture - a-t-on bouturé tes nerfs ? Couronne - a-t-on couronné ton crâne ? Approche - a-t-on approché ton âme ?


Marina Vlady, Le fol enfant, Fayard, 2009.

12.11.12

Lys brisé


Mon âme avait à ce point quitté mon corps - il me semblait que le moindre caillou sur la route nous eût fait tous deux rouler à terre.


André Gide, La Symphonie pastorale, Gallimard, 1919.

6.11.12

Gide l'obscur


1894

Neuchâtel, en septembre. 

Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit.


André Gide, Journal. Une anthologie (1889-1949), Choix et présentation de Peter Schnyder avec la collaboration de Juliette Solvès, Paris, Gallimard, 2012.

18.10.12

Lang au chat



Sous leur forme initiale, les Cahiers étaient foncièrement anti-establishment. Cette posture se doublait d'une hostilité réelle vis-à-vis de l'université - la première génération des cinéphiles avait fait son éducation dans les salles obscures, non à l'école. "J'ai raté mon bac à cause de Fritz Lang", raconte Jean-Claude Biette, l'une des plumes importantes de la revue.


Émilie Bickerton, Brève histoire des Cahiers du cinéma (trad. Marie-Mathilde Burdeau), éd. Les prairies ordinaires, coll. "Penser / Croiser", 2012.


29.9.12

pas une vie que de ne pas bouger


Les dernières phrases dans le délire, la grande scansion des dents d'éléphant comme tambour de brousse. Avant l'amputation, [Rimbaud] avait écrit à sa  sœur Isabelle : « Pourquoi au collège n'apprend-on pas de la médecine le peu qu'il faudrait pour ne pas faire de pareilles bêtises ? »

Patrick Deville, Peste & CholéraÉd. du Seuil, coll. Fiction & Cie, 2012.

13.9.12

Frapper juste


Il est remarquable qu'il n'existe pas de soldat perdu de l'extrême gauche, laquelle ne pouvait que conduire à l'Académie française (...), au grand patronat, au pouvoir politique, aux jurys littéraires, à la version cynique de l'insignifiance.


Richard Millet, Langue fantôme. Essai sur la paupérisation de la littérature, suivi d'Éloge littéraire d'Anders Breivik, Ed. Pierre-Guillaume de Roux, 2012.