27.6.17

lutte de deux grandeurs d'âme


– J'ai été amoureux à la folie de madame votre mère, du temps où elle était encore fiancée, fiancée à mon ami. Le prince a remarqué, il a été frappé. Il vient me voir un matin, sur les sept heures, il me réveille. Très surpris, je m'habille ; silence de part et d'autre ; je comprends tout. Il sort de sa poche deux pistolets. Au mouchoir. Sans témoins. À quoi bon les témoins si, d'ici cinq minutes, nous nous envoyons l'un l'autre dans l'éternité ? On charge, on déplie le mouchoir, on se lève, on pose le pistolet contre le cœur de l'autre et on se regarde droit dans les yeux. Soudain, tous les deux en même temps, un torrent de larmes se répand de nos yeux, nos mains qui se mettent à trembler. Tous les deux, tous les deux, en même temps ! Bon, là, naturellement, étreintes, lutte de deux grandeurs d'âme. Le prince qui cire : Elle est à toi, et moi : Non, à toi ! Bref... bref... vous... venez vivre chez nous ?


Fédor Dostoïevski, L'Idiot, livre 1, chapitre VIII [trad. André Markowicz], 1868.

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