28.3.20
Runaway
Nul. Absolument lamentable. Il produisait un affreux mélange de Dave et de Macron. Un tel blocage, c'était forcément psychologique.
Luc Blanvillain, Le Répondeur, Quidam, 2020.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
19.2.20
Les flocons irresponsables
Et quand on vient vous chercher, quand on vient vraiment vous chercher, il est difficile de dire non. Parfois, la vie est un de ces vieux téléphones noirs et massifs sonnant au milieu de la nuit.
Quand la vie appelle, il faut répondre.
Pas le choix.
Joseph Incardona, La Soustraction des possibles, Finitude, 2020.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
31.1.20
Plus près du sol
Voilà mes grands-parents. Ils ne m'ont pas accompagné. C'est peut-être pour cela que j'ai toujours aimé les vieux, que je les attire aussi et qu'ils me parlent au café, dans le métro et dans la rue. Je n'ai jamais senti de paume abîmée sur mes joues d'enfant. Alors, les vieux qui passent me brisent le cœur et si par malheur j'en croise un, assis sur un banc, le regard troublé, à attendre que la journée s'envole, je peux en pleurer longuement, sans joie et sans peine, simplement parce que les tweeds râpés, les casquettes froissées et les grosses baskets qui ménagent les pieds douloureux me bouleversent et font monter en moi un plainte attendrie, idiote et attendrie.
Oscar Coop-Phane, Morceaux cassés d'une chose, Grasset, 2020.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
15.1.20
Champagne !
Une vie tient dans une phrase dont de notre vivant nous faisons une omelette de vent.
(...)
Vous me direz que la vie est juste un paquet d'années qu'on vous jette au visage à la naissance pour vous permettre de prendre le temps de vous habituer à mourir.
Régis Jauffret, Papa, Seuil, 2020.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
31.12.19
Vie sans saint
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
15.12.19
La douleur en capitale
Même si cette marche là-haut, au milieu des oliviers et des sentiers crayeux, lui semblait un adieu nécessaire, il n'avait pas eu la force la veille de monter au village, se contentant de son seul désir, et des souvenirs accumulés là-bas avec Marianne, qui n'avait pas insisté et avait installé sur la terrasse une chaise longue pour chacun.
Frédérique Clémençon, Les Méduses, Flammarion, 2020.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
21.11.19
— Elle a beaucoup de toi,
— Guy ne doit poser qu'une seule question à Geneviève : Tu es en deuil ?
— On se demande bien pourquoi il pose cette question, dit Michel Legrand, dépité de voir brusquement réduites toutes ses lignes mélodiques.
— Je ne sais pas, à cause d'un simple détail vestimentaire, dit Demy, par exemple, le serre-tête noir que porte Geneviève.
— Tous les serre-tête sont noirs, alors quel mort Guy renifle-t-il ? demande Legrand.
Mais Demy ne répond que par de vagues hochements de tête. Il annote encore son script et chantonne : Tu es en deuil ? Maman est morte au printemps...
Nathalie Azoulai, Clic-Clac, P.O.L, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
3.11.19
Avant le volcan
— Inutile de traverser le ruisseau pour aller chercher de l'eau, ajoute-t-il avant de choisir un autre recueil sur le rayonnage.
(...)
— Pour toi, l'écriture est plus importante que pour moi, une seule phrase a plus de poids que mon corps, bredouille-t-il, noyé dans les vapeurs de l'alcool.
Auður Ava Ólafsdóttir, Miss Islande, Zulma, 2019 (trad. Éric Boury).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
5.10.19
Tous les chemins
L'avenue était déserte, et pourtant je devinais à mes côtés une présence, l'air était plus vif que celui que je respirais d'habitude, le soir et l'été plus phosphorescents. Et cela, je l'eprouvais chaque fois que je m'aventurais sur des chemins de traverse afin de pouvoir ensuite écrire noir sur blanc mon itinéraire, chaque fois que je vivais une autre vie – en marge de ma vie.
Patrick Modiano, Encre sympathique, Gallimard, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
1.10.19
Effacé au sens propre
À mesure que nous approchons des limites de Betpak-Dala, le sable ramassé près du tombeau cessait d'être simplement du sable, il devenait la matière de la mémoire.
(...)
Il y avait le vieux bibliothécaire qui cherchait à calculer, d'après les images parues dans les journaux, la superficie de la tache de vin sur la calvitie de Gorbatchev : peut-être qu'elle occupait un sixième de son crâne, à l'instar de l'URSS qui s'étendait sur un sixième des terres émergées du globe. Alors, ce serait le signe de l'Antéchrist.
Segueï Lebedev, Les Hommes d'août, Verdier, 2019 (trad. Luba Jurgenson).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
6.8.19
Stylites et anachorètes
(...)
Sur l'ordre d'Acepsime je dénouai cette corde en fibres de palmier, fine et rugueuse, profondément incrustée dans la chair de Syméon qui poursuivit son oraison sans se préoccuper de ce qui advenait dans le monde, ce monde voué à disparaître et dont faisaient partie son corps, mes mains, la brique, le puits, la souffrance, la faim, la soif, Acepsime, Ellade, moi, les paroles qui nous lui adressâmes et celle que nous renonçâmes à lui adresser.
Joël Baqué, L'Arbre d'obéissance, P.O.L., 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
26.6.19
Le chapitre interrompu la veille
Et nous tournons les pages de nos jours sans en apprécier la saveur unique. Ces petits trésors nous échapppent avant que nous ayons eu le temps de dire ouf. À peine avons-nous survolé ces pages que nous voulons connaître la suite. Insatiables, nous passons au chapitre suivant, titré « hiver » ou bien « été », « printemps », « automne » et voici déjà la partie suivante : « l'année nouvelle ». Pages, chapitres avalés au rythme de valses et de mazurkas, ou bien d'un prélude annonciateur de rebondissements... Ces mélodies nous divertissent comme l'orchestre du Titanic a distrait les passagers jusqu'au bout. Il faut bien se changer les idées en attendant la marche funèbre.
Éric Faye, La Télégraphiste de Chopin, Seuil, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
19.6.19
Le fameux Sacha
Est-ce que je t'ai raconté ce très vieux monsieur qui à peine la portière refermée m'a dit, vous êtes le deuxième autostoppeur que je pends dans ma vie, le premier c'était il y a quarante ans, et il m'a raconté le souvenir qu'il en gardait, étrange, presque irréel, le type en question ne voulait pas lui dire son métier, il était bien habillé, avait l'air sûr de lui, il se contentait de répéter qu'il était haut fonctionnaire de la République, haut fonctionnaire dans quelle branche avait plusieurs fois demandé le conducteur, jusqu'au moment où n'y tenant plus l'autre avait fini par lâcher je suis bourreau, cela du ton le plus ordinaire possible, je suis le bourreau de la République, le précédent bourreau était mon oncle et maintenant c'est moi, c'est le titre officiel, bourreau, la guillotine les têtes coupées tout ça c'est moi, cela se passait en 1977, quatre ans avant l'abolition de la peine de mort et les mois suivants deux exécutions avaient encore eu lieu, les deux dernières de l'histoire de France, l'une et l'autre largement commentées par les journaux, la dernière racontée avec une révolte froide par la juge commise d'office Monique Mabelly qui rapporte notamment cette blague sinistre du fameux bourreau au moment d'ôter les menottes du condamné à mort réveillé à quatre heures du matin, ce mot horrible et tragique, écrit-elle exactement, eh bien vous voyez vous êtes libre – cela avant de lui tendre sa dernière cigarette, son dernier verre de rhum, et de lui couper la tête.
Sylvain Prudhomme, Par les routes, Gallimard, coll. L'Arbalète, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
11.6.19
Jacques tout petit qui crie à travers le trou dans le ventre
C'est l'art qui est fou, jamais la guerre. Vous ne comprenez pas que les Allemands n'ont jamais voulu la guerre. Je l'ai dit au Führer en 39, je n'en voulais pas, de cette guerre, mais il a bien fallu se forcer. Nous la faisons pour le bien de l'Europe. Il faut aryaniser, c'est un fait. Cette toile de Matisse, elle aurait lynchée si elle n'avait pas croisé ma route.
Josselin Guillois, Louvre, Seuil, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
3.6.19
Du chèque
À de nombreuses occasions, nous aurions nettement préféré avoir son avis plutôt que son soutien, des mots plutôt que de l'argent, d'autant que ces chèques ressemblaient parfois à des dédommagements, sans qu'on sache bien ce qui était à racheter. La vie est une garce. Un chèque. Tu m'as supporté pendant quatre jours. Un chèque. Tu es harcèlée par une cinglée bipolaire. Un chèque. Tu t'es cassé le poignet. Un chèque. J'ai tué ta mère à force de la faire chier. Un chèque. On a passé un super week-end ensemble. Un chèque. Tu pars en vacances. Un chèque. Je vais mourir. Un chèque.
Anne Pauly, Avant que j'oublie, Verdier, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
21.5.19
Bernique !
Rimbaud, dans les Illuminations, préssentait cette réduction universelle [l'accélération à l'œuvre dans la première révolution industrielle] : « Un petit monde blême et plat, Afrique et Occidents, va s'édifier », promettait-il — « La même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera ! »
(...)
Alors qu'il prétend nous en affranchir, le projet transhumaniste n'a pas d'autre perspective que de nous séquestrer dans les limites de ce monde. Son but est simple : supprimer la mort ; et cela parce que les nababs de la Silicon Valley ne l'envisagent plus comme une porte mais comme un terme qui les prive de leurs biens. Ils ne veulent plus céder la palce, et transmette à ceux qui les suivent. Quand on est millionaire, à quoi rime d'abandonner sa position dans l'Olympe ? Tout simplement, les transhumanistes ne veulent pas partir. Ils s'accrochent à l'existence comme une bernique à son rocher. Ce qu'ils ne voient pas, en revanche, c'est que ne jamais mourir, au sens où ils l'entendent, consiste à ne jamais entrer en vie – à ne pas avancer au large dans les hautes mers de l'existence, là où s'éprouve notre engendrement continuel, celui qui nous creuse, nous renouvelle et nous accorde à chaque fois au mystère d'être là.
Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, Tout est accompli, Grasset, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
3.5.19
La petite chouette d'or
En ce point où la morale fait place à la nature, je sens toujours m'envahir une gravité d'un genre inconnu en Hollande. Elle monte en moi au rythme de la terre qui s'élève autour de moi. En moi aussi, elle sourd de couches plus profondes, plus dures, plus primaires — recouvertes à Amsterdam par cent mètres de boue.
Harry Mulisch, Deux femmes, Actes Sud, 1975 (trad. Philippe Noble).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
10.4.19
La Guérison des maladies
C'est que, vois-tu, grande âme emplie de toutes les qualités, nous ne sommes que des êtres vivants, des jouets de la colère et de la jouissance. Les forces nous manquent souvent, ici, là. Manifeste-nous ta compassion. L'attirance réciproque de l'homme et de la femme est un don de Dieu et par là une bénédiction, l'aurais-tu oublié ? L'attirance ! Pose sur nous un regard inspiré par l'empathie sublime que Dieu t'a accordée !
Vaikom Muhammad Basheer, « Les Murs » in Les Murs et autres histoires (d'amour), Zulma, coll. « Za », 1965 (trad. Dominique Vitalyos).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
27.3.19
Impuissant et petit comme un atome
Tandis que je pleurais tout haut, comme si les hurlements pouvaient soulager mon angoisse, je saisis la raison pour laquelle même les soldats les plus insolents, les ivrognes les plus vulgaires, les pires harceleurs se calmaient en voyant une femme pleurer : la logique du monde repose sur les larmes des mères.
Orhan Pamuk, La Femme aux Cheveux roux, Gallimard, 2019 (trad. Valérie Gay-Aksoy).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
15.3.19
Il tâta du braquage
Il sut qu'il allait mourir car il avait compris que ses veines charriaient des larmes.
Pierre Goldman, L'Ordinaire Mésaventure d'Archibald Rapoport, Paris, Julliard, 1977.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
20.2.19
Dov'è il bagno ?
Tu te vois chercher un hôtel à Brest ? Te faire choper le soir même parce que tu sentiras le gel douche caramel beurre salé ? Et même. Tu te vois trois semaines à faire l'amour dont deux mal, et après quoi ?
Maria Pourchet, Les Impatients, Gallimard, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
24.1.19
Une liasse noircie de frustrations et de torpeur
Il se fout du rituel ; baptême enfant ou adulte peu lui importe. Le seul baptême est spirituel. C'est la petite âme qu'on asperge d'eau, c'est elle qui est dans l'Arche pendant le Déluge, c'est encore elle qui sort de Gomorrhe à la nuit tombante.
Éric Vuillard, La Guerre des pauvres, Actes Sud, coll. « Un endroit où aller », 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
3.1.19
Dont acte
La vie professionnelle n'est qu'un lent et progressif enlisement, c'est même sans doute pour cette raison que les amitiés de jeunesse, celles qu'on noue pendant ses années d'étudiant et qui sont au fond les seules amitiés véritables, ne survivent jamais à l'entrée dans la vie adulte, on évite de revoir ses amis de jeunesse pour éviter d'être confronté aux témoins de ses espérances déçues, à l'évidence de son propre écrasement.
Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
28.12.18
Iris noir et blanc
Les vivants évoluent dans le monde visible, et les morts appartiennent à la sphère invisible qui s'enchevêtre en tout moment, en différents lieux, avec la réalité ordinaire.
Philippe Beyvin, Les Photos d'un père, Grasset, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
29.11.18
Le petrus sur lequel je bâtirai mon église
Coetzer déglutit et laisse une rétro-olfaction envahir sa cloison nasale, son palais et sa gorge.
— C'est une très belle cuvée. Il est possible que ce soit mon dernier verre, mais je le trouve magnifique. On devrait toujours boire comme ça.
— Comment ? demande la Bombe.
— Je ne sais pas. Conscient. Nu. Dévalisé.
Céline Minard, Bacchantes, Rivages, 2019.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
28.10.18
R.I.P.
En featuring dans le premier album studio de Joji, être apatride au sein du son et de l'image, Trippie Redd entonne trois mots — "die for you" — avec un timbre qui singe en hommage celui du rappeur disparu au mois de juin à l'âge de vingt ans, XXXTentacion. Ces mots et leur écho vibrant renvoient soudain un reflet inversé des paroles que répétait plus tôt dans l'année la talentueuse 070 Shake dans son single "Glitter" : "before I even existed".
Loin du folklore morbide d'un Biggie ("Ready To Die"), de la désinvolture bravache d'un Mickey Avalon ("Waiting To Die") ou encore de la pose chromée d'une Lana Del Rey ("Born To Die"), la démarche de Joji et son compère sonne comme une mise à terre de la mort, la volonté de lui parler à hauteur d'homme (« Ne crois pas que si je veux mourir pour toi, cela signifie que tu as plus de valeur que moi. »). Ce genre d'énoncé délicieusement oiseux était présent dans le court album "Ye" commis par celui qui se fait désormais appeler ainsi : « Aujourd'hui j'ai pensé à me suicider et je m'aime bien plus que je t'aime, alors... ».
Quel que soit le nom qu'on donne ici-bas au trépas, quelle que soit la forme qu'il prend avant d'être — maladie, abandon, solitude, déchéance, disgrâce, chagrin, vanité —, sa venue gagne toujours à descendre d'un piédestal vermoulu. C'est ce qu'on peut appeler une saine méfiance. Joji aura 27 ans l'année prochaine, alors s'il faut lui dire une seule chose, la voici : « Pas bienvenue au club ! ».
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
3.10.18
Elle sentait comme les arbres
« Frôle le gouffre si ça te fait du bien. Jettes-y un pied, mais un pied seulement. Accroche-toi aux mûriers sauvages. Souviens-toi des lumières. Entends cet oiseau qui chante. Ne renonce pas. »
(...)
7. PLIE TES VÊTEMENTS SEULE dès trois ans. Bois à ton propre sein. Sache chasser à quatre ans. Mange seule ou ne mange pas.
8. PLEURE ET PRIE, petite. Puis piétine tes larmes.
9. LA COLÈRE NE RÈGLE RIEN. Chaque seconde compte.
(...)
Voilà, je me disais : être séparé, c'est être séparé des tas de fois, pendant des mois et des années, jusqu'à ce que le manque en ait assez et vous laisse peu à peu en paix, si c'est possible.
Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, Verdier, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
27.9.18
Minute obscure
Tu t'es vêtue de blanc
et puisque ton âme m'écoute
je voudrais te dire que la mort
n'a pas le visage de la violence
mais qu'elle est le soupir d'une mère
qui viendrait te chercher au berceau
d'une main légère.
Alda Merini
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
24.9.18
Le Démon caché
Emil Ferris, Moi ce que j'aime, c'est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018 (trad. Jean-Charles Khalifa).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
27.8.18
Ma mémoire éclatera partout
Je n'ai pas honte : le désert autour de lui était irrémédiable. Ce désert, c'était le sien, sa véritable île natale, de laquelle rien ne l'avait jamais dépris ; il l'avait fait croître, en secret, au milieu de la foule, et la Ville elle-même s'était laissé tromper. Nous mourions de faim et lui, il donnait sa part au désert.
Anton Beraber, La Grande Idée, Gallimard, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
22.7.18
Ayeka
Bien sûr, ce sont tous les deux des artistes, mes enfants. Après tout, la population mondiale d'artistes a explosé, personne, ou presque, n'est autre chose qu'un artiste de nos jours. En dirigeant notre attention vers notre for intérieur, nous en avons fait de même avec nos espoirs, convaincus de pouvoir y découvrir ou y fabriquer du sens. Nous étant coupés de tout ce qui est inconnaissable et qui risquerait réellement de nous remplir d'étonnement et de crainte, nous ne trouvons d'émerveillement que dans nos propres facultés créatrices.
Nicole Krauss, Forêt obscure, L'Olivier, 2018 (trad. Paule Guivarch).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
2.7.18
A girl and a gun
Ils n'ont d'autre but que le regard qu'ils portent sur eux-mêmes, d'autre plaisir que la satisfaction mondaine de ce regard, les yeux grands ouverts sur ça, sur rien d'autre que des porte-cigarettes en argent et des relations qui s'étendent et le vertige de la mythomanie qui est une sorte de rêve éveillé.
Bertrand Schefer, Série noire, P. O.L, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
19.6.18
10 ans en septembre
Puisque la lumière prend sur nous une avance infinie, et que peut-être les enfants projettent leurs contours dans l'avenir come des rayons de cinéma, je me dis qu'enfin, aujourd'hui, je pourrais peut-être rencontrer le jeune homme qui se dessinait.
Cloé Korman, Midi, Seuil, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
10.6.18
Le tapis sur l'image.
De ton côté ? Quelle absurdité. Les enfants sont contre leurs parents, pas avec eux. Mais il s'agit d'une soirée particulière au sein d'une semaine particulière. Il est très peu probable qu'ils se retrouvent tous les trois ensemble, pas au cours de cette vie. Pour une fois peut-être, ils devraient se transcender. Peut-être les mots de sa fille viennent-ils du cœur, du fond de son vrai cœur, pas du faux. Nous sommes de ton côté.
J. M. Coetzee, L'Abattoir de verre, Seuil, 2018 (trad. Georges Lory).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
30.5.18
Three Grands
Pete se rendit au Beverly Hills Hotel. Avec, devant les yeux, un GRAND TABLEAU DÉGUEULASSE : Quelqu'un avait cafté sur le numéro Kennedy.
Il se gara et courut près de la piscine. Il vit une foule importante devant le bungalow Hughes.
Ils reluquaient tous par la fenêtre de la chambre du Grand Howard.
On aurait dit des putains de vampires sur les lieux d'un accident.
Il courut jusque-là et se fraya un chemin au premier rang.
Billy Eckstine lui fila un coup de coude :
— Hé, vise-moi un peu ça.
La fenêtre était ouverte. Deux hommes faisaient sa fête à M. Hughes, lui offrant en duo le GRAND BARATIN VACHARD.
Robert Kennedy et Joseph P. Kennedy Sr.
James Ellroy, American Tabloid, Rivages, 1995 (trad. Freddy Michalski).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
27.5.18
Les disgrâces de l'homme
Le contraire d'un peuple chrétien, c'est un peuple triste, un peuple de vieux.
(...)
Un maître peut toujours se confier à son supérieur, tandis qu'ici...
« Souffrir par les âmes », je me suis répété toute la nuit cette phrase consolante. Mais l'Ange n'est pas revenu.
Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne, Plon, 1936.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
4.5.18
des Étreintes
Joris-Karl Huysmans, À Rebours, 1884.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
18.4.18
it may not always be so

Puis je détournerai mon visage, et entendrai un oiseau chanter terriblement loin dans les terres perdues.
E.E. Cummings, Poèmes choisis, José Corti, 2004 (trad. Robert Davreux).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
10.4.18
Dans le texte ou en dehors
comment faire sentir dans une langue écrite une autre langue, une autre intonation dont l'existence détermine le sens, brouille les pistes quand le narrateur même ne détient qu'une parcelle de la vérité du livre qu'il raconte
André Markowicz, L'Appartement, Inculte, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
29.3.18
·
Ainsi des mobilisations féminines contemporaines : d'un côté, les luttes s'articulent dans les termes d'une "libération de la parole", s'égrènent sur les réseaux sociaux en des milliers de témoignages formulés à la première personne, font redescendre l'abstraction de la domination masculine dans le cru d'instants humiliants ou intenables, violences redoublées d'être restées silencieuses ; de l'autre côté, ces mêmes combats soulignent combien le français est une langue genrée, exigent de l'écriture qu'elle soit inclusive, que l'on apprenne à composer au clavier et d'une main preste le point médian typographique pour ne plus mettre le féminin entre parenthèses. L'auriculaire sur Maj et le pouce sur Alt, l'index sur F, cela vous fait une main bénisseuse d'icône byzantine ou de rappeur signant son gang ; on prend vite le coup, ce n'est pas compliqué.
Mathieu Potte-Bonneville, Recommencer, Verdier, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
23.3.18
Bal ! Bal ! Gaité !

Tel était Nozdriov. Peut-être prétendra-t-on que de semblables caractères n'existent pour ainsi dire plus, mais ce serait, hélas ! une grave erreur...
Nozdriov hantera longtemps encore ce monde ; tout au plus changera-t-il de caftan, ce qui, évidemment, suffira à tromper les esprits superficiels.
Nicolas Gogol, Les Aventures de Tchitchikov ou Les Âmes mortes. Poème, 1842 [trad. Arthur Adamov, 1956].
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
9.3.18
Les alexandrins ça se vend par douzaine
Le père qui a usé ta photo à force de l'embrasser dans la tempête du désert, celui-là n'est pas ton père.
Noémi Lefebvre, Poétique de l'emploi, Verticales, 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
12.2.18
Le tigre à travers un cercle de papier
Jean-Christophe Bailly, Un arbre en mai, Seuil, coll. "Fiction et Cie", 2018.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
6.2.18
Brooklyn-sur-Seine
C'était le genre d'échange, même si échange n'est pas le terme approprié, qui m'était devenu familier, un nouveau vocabulaire biopolitique pour exprimer le malaise de classe et de race : au lieu d'affirmer que les Noirs et les Hispaniques étaient inférieurs biologiquement, on prétendait que – pour des raisons qui suscitaient la compassion, qui n'étaient pas vraiment leur faute – leur nourriture et leurs boissons les contaminaient ; tous ces colorants artificiels les avaient assombris de l'intérieur. Votre enfant à vous, qui n'avait jamais ne serait-ce que trempé les lèvres dans un soda gazéifié riche en fructose, en acide phosphorique et en E150d, était un organisme plus sensible : plus pur, plus intelligent, sans aucune violence. Cette façon de voir les choses permettait de redéployer les champs lexicaux du militantisme des années 1960 – conscience écologique, activisme anticorporatiste, etc. – pour justifier la reproduction des inégalités sociales. Cela permettait de faire passer le soin que vous apportiez à votre propre patrimoine génétique – donner à Lucas le fin du fin des laits de soja coagulé – pour de l'altruisme : non seulement c'est bon pour Lucas, mais c'est aussi positif pour la planète.
Quant à ceux qui, par ignorance ou par désespoir, ont permis que les systèmes digestifs de leurs rejetons connaissent la friture de poulet industriel, ceux qui se trouvent être en immense majorité, à Brooklyn, Noirs et Latinos – de ceux-là, Lucas devait être protégé par tous les moyens.
Ben Lerner, 10 : 04, Éditions de l'Olivier, 2016 (trad. Jakuta Alikavazovic).
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
15.1.18
Room trois-cent-treize
Plus tard, elle trouva compromettantes ces photographies d'elle, à onze ans, en justaucorps de danse, aussi les détruisit-elle. Sur un coup de tête, sans conscience de contribuer à l'épuisement de ses ressources biographiques. Elle n'avait pas une seule fois pensé que celles-ci puissent être limitées, avait agi comme tout système œuvrant sans le savoir à sa propre disparition. Pourtant jamais de photos d'elle enfant ne seraient prises. Cette extinction, elle y avait en personne contribué. Si le règne de l'image se maintenait, et elle ne voyait pas de signes ni de raisons du contraire, il serait bientôt difficile de convaincre quiconque de son existence.
Jakuta Alikavazovic, L'Avancée de la nuit, Éditions de l'Olivier, 2017.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
6.12.17
Famous Famas
Je ne crois pas qu'on s'habitue à se faire tirer dessus, ou plus exactement, je ne crois pas que ce soit une bonne habitude à prendre.
Jean Michelin, Jonquille. Afghanistan 2012, Gallimard, 2017.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
22.11.17
Ombre au Pablo
Il cendre trois fois sans avoir tiré sur sa clope. Je réfléchis un instant, je rallume mon joint. Et c'est quoi son livre le plus connu je demande, il me répond que ça s'appelle Voyage au bout de la nuit, et je répète le titre à voix basse.
Derrière, j'entends Ixe crier les gars, Pablo.
David Lopez, Fief, Seuil, 2017
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
27.10.17
La touche étoile
Anne Bert, Le tout dernier été, Fayard, 2017.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
26.9.17
Curtino mio
Ces morts, je les haïssais. Ces morts et tous les morts. ils étaient les étrangers, les seuls, les vrais étrangers dans la patrie commune de tous les êtres vivants, dans notre patrie commune, la vie.
Curzio Malaparte
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
6.9.17
Mantra Zéro
(...) Natacha (...) grelottait d'angoisse et de solitude.
C'était une gamine très fière de sentir en elle les métamorphoses se produire, mais le brusque contact avec la violence d'adultes l'avait ramenée à la case départ, à l'enfance, à la prison ambiguë de l'enfance, toute en bruits terribles et en chuchotements qu'on doit proférer soi-même si on les veut consolateurs.
Lutz Bassmann, Black Village, Verdier, 2017.
Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur XPartager sur FacebookPartager sur Pinterest















































